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Lettre à Sophie Marceau et à Carla Bruni qui ont osé douter … Abonnés

OPINION. Si je m’adresse à vous avec autant de liberté, ce n’est pas parce que l’une fut la fille de D’Artagnan et l’autre l’épouse d’un président, mais tout simplement car vous avez osé douter ! Posture qui, en ces temps de certitudes politico scientifiques, relève quasi-systématiquement du complot, de la conspiration, du blasphème, du parjure.

Lettre à Sophie Marceau et à Carla Bruni qui ont osé douter …
Publié le 16 novembre 2020

Mesdames,

Autant vous l’avouer d’emblée, je n’ai pas visionné le documentaire intitulé « Hold up » que vous semblez soutenir, Sophie Marceau en postant l’affiche du film sur Instagram avec ce commentaire « Ils nous appellent inutiles » et Carla Bruni en likant cette publication. Je ne l’ai pas visionné pour des raisons techniques car internet se transporte difficilement dans ce petit village des Pyrénées où je gite et où le virus menace certainement moins que l’isolement. Ici, voyez-vous, nous n’avons plus le droit de ramasser des champignons, mais nous pouvons mourir dans l’indifférence sans que cela suscite du côté de Lutèce, à l’Elysée comme à Matignon, la moindre émotion.

Je ne l’ai pas visionné car, lassé par l’abondance d’avis qui font et défont l’actualité, je ne veux plus essayer de démêler l’écheveau de ce qui serait mensonge ou vérité.

Si je m’adresse à vous avec autant de liberté, ce n’est pas parce que l’une fut la fille de D’Artagnan et l’autre l’épouse d’un président, mais tout simplement car vous avez osé douter ! Posture qui, en ces temps de certitudes politico scientifiques, relève quasi-systématiquement du complot, de la conspiration, du blasphème, du parjure. Vous voilà donc passées du côté où l’on se méfie, où l’on subodore, où l’on conteste la censure, où l’on se hasarde à braver l’interdit.

D’aucuns diront que vous avez franchi la limite de certaines conventions et que les ménestrelles ne sont pas là pour exprimer leurs opinions. Je l’ai écrit moi-même ailleurs, à tort ou à raison, en d’autres occurences, pour d’autres trouvères et d’autres convictions.

En approuvant discrètement ce documentaire vous nous avez surtout rappelé que nous avons encore le droit de nous méfier. Et ce, même si ladite fiction fut blâmée dans les heures qui suivirent son éphémère diffusion par à peu près tout ce que la galaxie médiatique compte comme publications et autres cathodiques instruments de persuasion. Comme si l’exotisme des pensées devait s’en tenir au jugement de Delfraissy, aux commandements de Veran, aux prescriptions de Salomon. Sachant que la fulgurance avec laquelle ce film fut houspillé a eu pour effet d’exacerber la défiance envers ceux qui pensent que les Français vont, ad vitam aeternam, obéir aux imprécations d’un Conseil de défense dont la fonction semble totalement échapper au pouvoir des institutions.

Vous qui avez eu l’honneur, Sophie, de refuser la Légion d'honneur, vous venez donc de nous réconcilier avec le refus des évidences. Celui qui sourd des consciences et ne saurait souffrir d’aucune résistance, d’aucune oraison.

Ce pays, celui où l’on ne sait plus qui du virus ou du chagrin est venu chercher nos anciens, celui où les chiffres jouent à saute-moutons avec l’angoisse des citoyens, celui où l’économie et la culture sont en train de basculer dans l’oubli, celui où la démocratie est menacée par l’incurie, a besoin de s’exprimer autrement que par procuration derrière des certitudes préalablement calibrées. Ce pays où, comme vous, nous sommes désormais des millions à oser douter quand le bricolage des pouvoirs l’emporte sur la lucidité, quand la valse des savoirs dicte son dogme aux autorités.

Quand, peut être finalement comme dans un hold-up, quelques échevins mal inspirés ont décidé de jouer avec l’expression de nos libertés.

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