Menu
region
Ecologie
60 tonnes de pavés livrés en vélo au centre-ville de Strasbourg

ARTICLE. Strasbourg fait appel aux vélos électriques pour livrer 60 tonnes de pavés du Port du Rhin jusqu’au centre-ville. Une initiative saluée ce week-end, par le maire adjoint écologiste de Paris.

60 tonnes de pavés livrés en vélo au centre-ville de Strasbourg

C’est un tweet du maire adjoint de Paris, David Belliard, qui a dirigé les projecteurs sur un étrange chantier à Strasbourg, où plutôt sur la logistique qui l’entoure. Plein d’enthousiasme, l’élu d’EELV a écrit : “Génial ! Pour la 1ère fois en France, six tonnes de pavés ont été livrées en péniche, depuis le port du Rhin à Strasbourg, puis à vélo cargo pour les derniers mètres. Comme quoi, le vélo, c'est aussi pour le transport de marchandises !” Un élan d’emballement qui a reçu un accueil mitigé au-delà de sa famille politique, certains internautes allant jusqu’à évoquer un “retour à l’esclavagisme.”

L’opération en question concerne l’acheminement de plusieurs tonnes de pavés (six pour la journée du 12 novembre), du port de Rhin à Strasbourg, vers la manufacture des tabacs, située à environ trois kilomètres au cœur de la ville. Les sacs de 180 kilos sont chargés et déchargés par machines sur des palettes en bois, que tractent ensuite les livreurs de la société Urban logistic solutions, sur des vélos à assistance électrique. Un livreur peut effectuer 33 allers-retours effectués en deux heures et huit minutes. 60 tonnes de pavés seront apportées au chantier, pendant les dix jours que devraient durer le pavage de la cour du bâtiment.

Strasbourg est une ville qui se veut à la pointe du combat écologique dans les transports. Depuis septembre 2018, les camions de plus de 7,5 tonnes sont interdits de circulation dans le centre-ville. D’ici 2021, la capitale alsacienne devrait élargir cette interdiction aux véhicules de livraison carburant au diesel, et en 2022, atteindre le 100 % “véhicules non polluants” au cœur de la cité. Dans ce contexte, la ville a lancé un appel d’offre en 2019, pour privatiser une plateforme du quai des Pêcheurs, au centre-ville. Appel d’offre remporté par Urban Logistic Solutions

En optant pour cette entreprise, Strasbourg a fait un choix éminemment politique. Des livraisons via des véhicules plus propres, roulant à l'électricité ou au gaz naturel, sont aussi possibles et la ville est bien placée pour le savoir : pour faire face aux contraintes écologiques qu’elle s’était fixées, la ville avait déjà entamé sa mue et le renouvellement de son parc utilitaire. En 2018, avec une laveuse électrique silencieuse et peu consommatrice, mais aussi en 2017, avec le test d’une camionnette de livraison 100% électrique. Elle possédait également, cette même année, seize véhicules de marque Goupil, de petite taille et capable d’effectuer les mêmes opérations logistiques, au besoin.

L’Eurométropole de Strasbourg a choisi de favoriser l’usage du vélo au détriment d’une solution alternative motorisée. Mais ce faisant, elle a multiplié les facteurs de risques humains : si l’usage du vélo de livraison, bien encadré, peut proposer une véritable alternative écologique aux camion et camionnettes diesel, bruyantes et polluantes, en centre-ville, est-ce bien raisonnable de confier un chantier de plusieurs dizaines de tonnes de pavés à acheminer, à des vélos ? 33 allers-retours en deux heures et huit minutes par livreur, multiplieront les gestes de manutentions et les risques de santé et de sécurité inhérents à la bonne tenue de la cadence. D’autre part, si l’assistance du vélo est électrique, le moteur ne compensera pas par lui-même l’intégralité des efforts demandés pour mouvoir le véhicule, surtout sur le long terme, entraînant un surcroit de fatigue et de risques. Est-ce finalement si “génial” ?

0 commentaireCommenter