Menu
analyses
Esprit guerrier : le nécessaire maintien

OPINION. Si celui qui veut la paix doit préparer la guerre, il semble évident, comme on le ferait dans le cadre d’une préparation sportive, que celui qui veut affronter la haute intensité doit aussi préparer la petite

Esprit guerrier : le nécessaire maintien
Publié le 19 novembre 2020

L’actuel chef d’état-major de l’armée de terre, lorsqu’il prit ses fonctions, avertissait quant à l’éventualité du probable retour de la haute intensité en matière d’affrontements armés. A cela et comme celui qui l’avait précédé, il ajoutait que « l’esprit guerrier » devait être entretenu « sans relâche ».

Cette perspective est vraisemblablement probable, comme elle le fut d’ailleurs de tout temps dans la mesure où l’histoire n’est pas finie, peut-être plus prégnante aujourd’hui encore ; la parole est donc laissée aux professionnels sur ce point.

Par contre, si celui qui veut la paix doit préparer la guerre, il semble évident, comme on le ferait dans le cadre d’une préparation sportive, que celui qui veut affronter la haute intensité doit aussi préparer la petite.

La France est aujourd’hui confrontée à un combat de petite intensité, elle est d’ailleurs en guerre nous dit le président. Qu’est-ce que cela peut signifier sur le plan militaire, pour un pays dont l’ambition serait de rester maître de son destin, c’est-à-dire avant toute chose de demeurer libre en toute indépendance sans avoir à quémander le renfort d’alliés extérieurs nécessaires sans lesquels une situation deviendrait irrattrapable ?

De quelle guerre de petite intensité la France est-elle aujourd’hui la cible désignée et avec quels moyens celle-ci peut-elle être menée ?

Le militaire, dans la cité, ne peut pas s’exclure de facto de la situation actuelle où des gens décident, ni plus ni moins, que de couper la tête à ceux qui leur déplaisent. Ces gens-là nous désignent, comme ennemis, et en tant que tel ils nous déclarent une guerre. Sur le plan des effectifs engagés physiquement dans le combat et sur le territoire et à condition que l’on se réfère à ce critère pour définir ainsi ladite guerre, nous constatons que le volume des combattants ennemis (effectifs) engagés est minime - même si l’on sait que l’ampleur des actions perpétrées ont des effets psychologiques incomparables au vu de la réalité des effectifs ennemis engagés.

Plus insidieusement, si l’on devait retenir le critère de l’idéologie ou du soutien offert par certains états étrangers à des combattants idéologiques, peut-être pourrions-nous alors évaluer la possibilité de reconsidérer ces actes qualifiés de terroristes en un combat de plus haute intensité car il opposerait alors des entités bien plus conséquentes, en nombre, à savoir des États voire des régions, en guerre contre d’autres États : l’occident. On comprend alors que l’adoption de la terminologie « haute intensité » vs « petite intensité » dépendrait au moins autant de critères numériques et matériels que d’une dimension politique ou diplomatique. La parole est laissée aux théoriciens.

Mais une fois que l’on a dit cela pour mieux mesurer finalement le caractère mouvant de cette qualification, revenons-en à cette petite intensité, inscrite dans le cadre de la préparation des forces, porte d’entrée nécessaire à une projection de plus grande envergure.

L’ennemi nous choisit et le combat auquel nous devons faire face, depuis plusieurs mois, prend quasiment systématiquement la forme d’une attaque armée individuelle où l’armement de l’assaillant devient constant à savoir la plupart du temps un couteau ou objet contondant.

Premièrement, sur le plan individuel et surtout psychologique, tout individu pourrait-il tracer une ligne claire entre une agression de ce type pour la qualifier de basse intensité et ce que devrait être en comparaison une agression de haute intensité au plan du simple citoyen ? Non. Parce que les dégâts physiques engendrés sont vitaux et parce que les séquelles psychologiques peuvent aussi être considérables sur un individu. A titre individuel, à l’aune des critères que sont les défis personnels que posent une attaque de ce genre, il ne peut être question de ne pas la qualifier d’attaque de très haute intensité.

Si l’on devait préciser cette fois le profil de la victime en supposant qu’elle soit militaire, comment pourrait-on transformer ainsi l’impact d’une telle agression pour qu’elle devienne une forme de combat de petite intensité qui unifierait ainsi, tant sur le plan psychologique que sur le plan des enjeux (un seul soldat engagé conte un seul ennemi) les cadres que nous avons proposés supra ?

Simple : en faisant en sorte que le soldat attaqué par hasard dans la rue soit prêt à réagir en combattant, avec les moyens du combattant, atténuant ainsi l’effet de surprise que cela provoquerait chez n’importe qui et donc en amoindrissant considérablement l’impact potentiel, tant psychologique que physique chez la victime. Cela n’assurerait pas, bien évidemment, un résultat imparable, mais en tout cas il est permis d’affirmer que sans cela il n’y a pas de possibilité d’atteindre cet objectif.

Ainsi, il faudrait que chaque militaire, quel que soit son rang, sa fonction, son âge, soit soumis dès à présent à un entraînement physique régulier et à la pratique des techniques de combat à main nues (ou armé individuellement car nul ne sait ce que pourrait être la prochaine étape) que nécessite ainsi la capacité à combattre face à un tueur. Ceci devrait faire l’objet d’un véritable plan, contraignant, et ne laissant aucun militaire s’y soustraire sous peine de conséquences.

L’on pourrait objecter que ce type d’entraînement est pris en compte par un certain nombre de militaires qui y pourvoient à titre personnel ou par d’autres grâce à leur positionnement professionnel. Une telle réponse ne serait pas la bonne car nous disons bien tous, sans exception. Un militaire entre dans les armées ; il n’a pas vocation, dans le cadre de l’acquisition des compétences qui doivent être les siennes, à savoir celles du combattant, à aller dans la salle de sport du village d’à côté ni d’ailleurs au stand de tir, sportif. Une telle préparation doit à présent, il est plus que temps, être sanctuarisée telle une donnée inhérente à sa compétence. Les armées ont su montrer à quel point la réforme leur était consubstantielle. Celle-ci est nécessaire.

L’on pourrait ajouter que la présence d’une armée de 200 000 hommes et femmes, prêts, se promenant dans les supermarchés de leurs régions et provinces, donnerait à ceux qui ont décidé notre perte, et à ceux qui les manipulent, une vision tactique du rapport de forces qui constituerait un signal non négligeable. Sans compter les résultats concrets attendus.

Dès demain, cette réforme doit être mise en œuvre. Avant que, par malheur, l’on n’arme cette fois réellement, rapidement et confusément, un nombre bien plus important de militaires et sans que l’on ne soit passé par l’étape intermédiaire. Cette étape ferait d’ailleurs une excellente préparation pour les forces et pour le coup une très bonne préparation au profit de cet esprit guerrier tant invoqué ces derniers temps.

Être militaire c’est être armé, mentalement d’abord, puis physiquement et enfin matériellement ; n’en déplaise, quelle que soit la manière. C’est un état, avec les nécessités que cela implique. A défaut, l’esprit guerrier restera une incantation.

0 commentaireCommenter