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Donald Trump
Trump est battu, pas le trumpisme

OPINION. Même battu, le président américain sortant aura réussi à imposer un style et un courant de pensée qui resteront.

Trump est battu, pas le trumpisme

Candidature gadget

Quand le 16 juin 2015, Donald Trump descend l’escalator de sa Trump Tower pour y annoncer sa candidature à la présidentielle américaine de 2016, beaucoup n’y voient qu’une candidature gadget destinée à gonfler encore un peu plus l’ego d’une personnalité fantasque déjà bien connue des américains depuis 30 ans. Et surtout, absolument personne ne croit en les chances d’un homme sans vrai réseau politique, totalement marginal au sein de l’establishment Républicain qui se prépare à mettre sur orbite face à Hillary Clinton un candidat « classique» issu de son sérail.

La suite est connue de tous. En se mettant dans la peau de l’américain moyen, blanc et déclassé (tout du moins l’idée qu’il s’en fait), à force d’outrances et de provocations très calculées, Trump écrase ses concurrents au sein du parti Républicain, et remporte la présidentielle de 2016 face à une Hillary Clinton habilement rebaptisée par ses soins comme la candidate d’un système à bout de souffle auquel il serait l’antidote.

Présidence décomplexée

Menant sa présidence comme sa campagne de façon totalement décomplexée, Trump, en surfant très habilement sur la vague de défiance généralisée à l’égard des médias, de l’État et des pouvoirs publics en général (la Hongrie, le Brésil, la Grande Bretagne actuellement, l’Italie de Salvini ne disent pas autre chose) et en jouant à fond la carte de « l’Amérique d’abord » aura incarné jusqu’à la caricature le symbole d’un soi-disant « parler vrai » ne s’embarrassant pas de convenances et s’asseyant sur la bienséance diplomatique. Un style (patriotisme, rejet de l’immigration de masse et glorification des valeurs  traditionnelles) qui aura fait mouche auprès d’une frange considérable de la population américaine (il suffit de voir le nombre de votes se portant sur le nom de Trump en 2020, bien supérieurs comparés à 2016) carburant à la défiance envers les élites.

« Left Limousine »

S’il faut chercher une réponse dans l’émergence du trumpisme, il faut aller la chercher dans l’abandon des classes populaires par le parti Démocrate depuis les années Clinton. Converti au libre-échange et au libéralisme le plus vorace, il s’est inscrit dans la poursuite des années de dérégulation et de déréglementation des années Reagan/Bush Sr et, à l’instar du PS en France, a laissé de côté ses électeurs les plus populaires, le plus souvent blancs, ruraux et d’extraction modeste, y gagnant le surnom peu flatteur de « left limousine »  (« la gauche en limousine »),  l’équivalent local de notre « gauche caviar ». Coupable, à leurs yeux, de les avoir abandonnés pour se concentrer sur les seules minorités (raciales, sociales et sexuelles), le parti Démocrate est devenu le parti des classes moyennes aisées plus concernées par les droits LGBT et la lutte pour l’environnement que par la réindustrialisation et la politique sociale. Avec un flair et un talent incontestables, le candidat puis le Président Trump auront réussi à s’imposer en porte-voix d’une certaine Amérique.

Bilan

La vision du monde binaire et caricaturale du président Trump a donc accouché du trumpisme. Les journalistes ne vont pas dans le sens de vos idées voire lèvent des lièvres   qui pourraient s’avérer embarrassants ? Ce sont forcément des « fake news »  (l’expression est passée dans le langage courant). L’opposition publique ou gouvernementale demande des comptes quant aux violences policières ou à l’état d’avancement contre le COVID? Ce sont forcément des « gauchistes » ou « extrêmistes » qui veulent « détruire l’Amérique ». Dans un monde qui n’a jamais été aussi complexe et polarisé, le trumpisme aborde de vraies questions (le rejet du libre-échange, le repli communautariste, la montée du fondamentalisme religieux, le souci environnemental, sans parler du traitement du COVID) par des réactions simplistes voire démagogiques.

En France ?

Si on peut porter au crédit du Président Trump l’idée d’avoir remis en avant une certaine forme d’étatisme via une dose de protectionnisme économique que ne renierait pas Arnaud Montebourg ou encore d’avoir initié un bras de fer économique avec la Chine qui pourrait s’avérer payant à moyen terme, force est de constater que ce sont bien les effets néfastes du trumpisme qui se développent en France et pas seulement chez le RN comme voudraient le faire croire certains. Traversée de divers maux qui n’acceptent pas la démagogie (islamisme, communautarisme, terrorisme), la France en 2022 pourrait céder à la facilité du recours à l’homme fort et providentiel. Le documentaire complotiste « Hold Up » fait un carton sur la toile, les anti-vaccins , les démagos type Raoult ou Ménard (et la gauche victimaire, leur meilleur marche-pied) ont leur rond de serviette dans des émissions lamentables de démagogie sur C News ou Sud Radio dignes de Fox News. La classe politique traditionnelle et celle en devenir se doivent de proposer une solution alternative au trumpisme qui, s’il arrivait aux commandes en 2022 sous une forme ou une autre, pourrait finir de fracturer totalement une société déjà au bord du gouffre.

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