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Santé : quand l’UE reproche à la France de mieux payer les soignants

ARTICLE. Bruxelles tance la France et pointe du doigt sa politique budgétaire. Son tort ? Avoir massivement investi dans la santé, en augmentant notamment les salaires des soignants.

Santé : quand l’UE reproche à la France de mieux payer les soignants
Publié le 20 novembre 2020

Sur la santé, après avoir délaissé l’appareil hospitalier pendant des décennies, tant et si bien que même après le premier confinement, les suppressions de lits sont toujours effectives dans certains centres hospitaliers, l’Etat a changé son fusil d’épaule en 2020 : un plan d'investissement de 19 milliards d’euros (dont 13 de reprise de dettes) sur plusieurs années. De plus, il a également conclu un accord prévoyant une enveloppe de 7,5 milliards d’euros d’augmentations de salaires pour un personnel soignant durement affecté par la crise et négligé pendant de nombreuses années.


La commission européenne apprécie certains investissements. Mais rarement quand la “rentabilité” n’est pas de rigueur. C’est le sens de l’une des conclusions de son analyse trimestrielle (autrement nommée : “paquet d’automne”) des politiques économiques menées au sein de l’Union européenne. Bruxelles y pointe du doigt les hausses de salaires du personnel de santé prévues dans le cadre du Ségur de la santé, ainsi que certaines exonérations fiscales visant à soulager l'économie française. Des mesures ni temporaires, ni compensées, pour les analystes de la politique budgétaire de la France.

Des investissements sans gains financiers attendus en retour, ce qui fait tiquer l’Union européenne. La France n’est pas la seule « mauvaise élève » du « paquet saisonnier » : l'Italie, la Lituanie et la Slovaquie sont également citées comme des pays où : ”certaines mesures présentées dans les projets de plan budgétaire (...) ne semblent pas temporaires ni accompagnées de mesures de compensation”. Pour la France, déjà ciblée par une alerte en début d’année visant 12 pays de l’UE dont le budget dériverait, la vigilance des commissaires est à l’ordre du jour : ” Compte tenu du niveau de la dette publique de la France avant l'épidémie du COVID-19, il est important que la France veille à ce que la viabilité budgétaire à moyen terme soit préservée.”

Pour le moment, Bruxelles est magnanime. Pour Paolo Gentiloni, commissaire européen chargé de l'économie, les investissements de la France dans la santé sont “justifiés dans une certaine mesure“. Pour autant, la plupart des actions prévues dans les budgets des pays de la zone euro pour 2021 soutiennent avant tout l'activité économique. Le commissaire italien, ainsi que le vice-président exécutif de la Commission chargé d'une économie au service des personnes, Valdis Dombrovskis appellent : “tous les gouvernants de l'UE à faire preuve d'un haut sens des responsabilités envers leurs concitoyens et envers tous les Européens en ce moment crucial”.

Dans leur conclusion, les deux cosignataires du rapport appellent la France et les trois autres « mauvais élèves » qui l'accompagnent à “ se tenir prêts à «réorienter ces politiques fiscales (...) quand les conditions épidémiologiques et économiques le permettront”. En France, un porte-parole du ministère français des Finances, interrogé par l'AFP, a répondu à ces inquiétudes européennes que la dette publique générée serait compensée entre autres par “une meilleure maîtrise des dépenses publiques et d'autres réformes structurelles”.

Un refrain connu. Celui qui a amené l’Etat à sacrifier l'hôpital public sur l’autel de rentabilité. Un refrain qui s’est d’ailleurs conclu par le Ségur de la Santé pour en réparer les dégâts. Lequel Ségur est désormais attaqué par l’Union européenne, à laquelle on peut au moins reconnaître de la constance dans ses obsessions. Pour la France et les Français : rien de neuf sous le pâle soleil maastrichtien.

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