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Récidive : après le coup des masques, celui de l’uranium Abonnés

OPINION. Au palmarès des dégâts économiques et sociaux, les Français pourraient ne pas trop attendre pour mesurer combien l’impéritie de l’absence de stock stratégique de masques aura joué petits bras devant celle menaçant de sacrifier un stock électroénergétique en uranium appauvri apte à assurer au pays 1000 ans de confort électrique bon marché.

Récidive : après le coup des masques, celui de l’uranium

Au palmarès des dégâts économiques et sociaux, les Français pourraient ne pas attendre longtemps pour mesurer combien l’impéritie de l’absence de stock stratégique de masques aura joué petits bras devant celle menaçant de sacrifier un stock électroénergétique en uranium appauvri (Uappauvri) apte à assurer au pays 1000 ans de confort électrique bon marché. La menace émane du ministère de la Transition énergétique et solidaire (MTES), lui-même, se proposant aujourd’hui d’être à la fois le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage du saccage d’une inestimable richesse nationale (1) ; le vocable « impéritie » ne suffisant plus à qualifier ce qu’il faut bien appeler forfaiture d’État.

Comment un organe gouvernemental aussi essentiel à l’élaboration pérenne de la prospérité nationale peut-il à ce point bafouer l’exigence d’expertise qu’il est censé incarner au service de la collectivité, faire autant injure à une déontologie professionnelle que la Constitution lui fait obligation de montrer exemplaire en toute circonstance ? Aux plus hauts niveaux décisionnels de notre État, qu’y a-t-il, en effet, d’expert et de déontologique à se décharger sur le peuple de sa compétence et de sa responsabilité à décider ou non de transformer en déchets le stock national d’Uappauvri ? Le suffrage universel a-t-il placé là où ils sont les décideurs concernés pour les voir confier aux plus humbles de leurs administrés la résolution d’un problème d’une extraordinaire complexité, leur en falsifiant de surcroît l’énoncé pour spécialistes et leur donnant l’illusion d’une habilitation à décider au plus haut niveau, à l’aide de la plus grande imposture démocratique de l’ère moderne : les Commission nationale du débat public et autre Convention citoyenne pour le climat ?

Avec la meilleure volonté et la plus irréprochable indépendance d’esprit, combien de ces compatriotes de bonne foi peuvent-ils ainsi se considérer aptes à mesurer exhaustivement ce qui, dans cette affaire, se joue pour le pays, en termes de sécurité d’approvisionnement sur la durée d’une énergie électrique devenue partout vitale et en termes d’irréversibilité des conséquences de la possible prise de décisions gravement préjudiciables à la condition des Français ? Par exemple, combien de ces derniers ont aujourd’hui conscience que, en enterrant définitivement son Uappauvri , leur pays enterrerait définitivement l’idée de recourir un jour à une surgénération nucléaire dont la technologie française fit naguère l’admiration universelle ?

On rappelle que cette surgénération est produite par les réacteurs dits à neutrons rapides (RNR) dont le prototype alors le plus avancé au monde, Superphénix, fut sabordé en 1997 par la trinité Lepage-Jospin-Voynet; ces réacteurs brûlant du plutonium 239, directement, tiré de l’uranium 238 présent dans l’uranium naturel… ou tiré de son résidu appauvri en uranium 235, issu de l’enrichissement produisant le combustible actuel.
Ainsi, quelque 2000 tonnes de plutonium 239 dorment-elles dans les 200 000 tonnes de combustibles usés, entreposées et non retraitées, à travers la planète, auxquelles, chaque année, se rajoute une bonne centaine de tonnes. Rien qu’avec ce stock de plutonium, il serait possible de démarrer au moins 100 RNR (15 à 20 tonnes par RNR, au départ).
Par ailleurs, non seulement la planète recèle largement assez d’uranium naturel pour des milliers d’années de fonctionnement RNR, mais, avec les seuls stocks mondiaux d’uranium appauvri, soit environ 1,5 million de tonnes augmentant chaque année de 40 000 à 50 000 tonnes – la France en disposant déjà de 300000 –, on aurait pour un bon millier d’années d’alimentation de 1000 surgénérateurs, leur combustible étant alors pratiquement gratuit !
Plus que partout ailleurs au monde, ce millier d’années d’autonomie électrique à peu de frais serait encore à la portée d’une France que l’héritier spirituel de ladite trinité vient pourtant de poignarder, en décidant l’arrêt du projet ASTRID (https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/astrid-un-fantome-vient-detre-tue/)

Aussi, peut-on prendre dès aujourd’hui le pari que, si notre politique énergétique n’est pas rapidement réorientée vers l’atome, nos enfants achèteront des RNR aux Russes, aux Chinois et peut-être même aux Indiens, car, d’une part, ces réacteurs sont sans conteste l’avenir du nucléaire et, d’autre part, trois d’entre eux alimentent déjà un réseau électrique, les BN600 et 800 russes et le CEFR chinois, le PFBR indien (inspiré de notre Superphénix !) construit à Kalpakkam approchant de son couplage au réseau, le CFR 600 chinois étant déjà en construction.

Pendant ce temps, notre vertueux RTE ( Réseau de transport d’électricité ) redémarre en catastrophe nos centrales à charbon, tandis que le Comité social et économique (CSE Central) d’EDF alerte les décideurs de la non sécurisation de l’approvisionnement électrique du pays, de décembre 2020 à février 2021 ; ceci résultant d’une fermeture de la centrale de Fessenheim, pour laquelle EDF vient de se voir royalement indemnisée à hauteur de 377 millions d’euros, quand la preuve a été apportée que la forfaiture coûtera de l’ordre de 10 milliards d’euros au pays !
En 2020, la gabegie plus ou moins stérile de milliards à laquelle, sous couvert de pandémie, la macronie accoutume l’indifférence générale fait froid dans le dos.

Bref, je réalise, pour terminer, que la question de la récidive aurait déjà dû se poser entre la destruction de Fessenheim et celle de 600 millions de masques COVID…

(1) http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/pngmdr-gestion-des-matieres-radioactives-a2202.html

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