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Produits d’entretien toxiques : l’Europe accusée de laxisme

ARTICLE. Dans une enquête parue ce mardi, l’association UFC-Que Choisir alerte les pouvoirs publics sur la toxicité des produits d’entretien ménagers industriels, dont près de la moitié présentent des risques pour la santé humaine et l’environnement.

Produits d’entretien toxiques : l’Europe accusée de laxisme

On ne finit pas de compter les effets collatéraux de la crise sanitaire. En voici un nouveau : l’explosion des ventes de produits d’entretien ménagers industriels. L’UFC-Que Choisir a analysé 244 références (lessives, adoucissants, nettoyants vitres, meubles, cuisine et WC…) et les résultats sont pour le moins inquiétants : 44% des produits proposés dans les grandes enseignes contiennent des produits toxiques.

Selon Olivier Andrault, chargé de mission pour l’association, les pouvoirs publics ne font pas leur travail élémentaire de prévention : « On a un cadre réglementaire européen qui est très laxiste. Il y a plein de composés qui peuvent rentrer dans la fabrication d'une lessive, jusqu'à une cinquantaine de composants dont certains sont suspectés d'être des perturbateurs endocriniens, des allergisants, ou cancérigènes. Ce sont des parfums, des conservateurs et d'autres agents de surface ».

En effet, les produits d'entretien ne font pas l'objet d'une réglementation spécifique comme c'est le cas, par exemple, pour les cosmétiques. Ils sont soumis à une réglementation générale qui s'applique à toute substance chimique : le Règlement Européen 1907/2006 concernant l'enregistrement, l'évaluation, l'autorisation et les restrictions des substances chimiques plus communément appelé REACH (registration, evaluation and authorisation of chemicals). Adopté par le Parlement européen en 2006, ce règlement institue officiellement l’Agence européenne des produits chimiques.

Le règlement Détergent (ndlr : règlement (CE) n°648/2004 relatif aux détergents) impose par ailleurs que l’information sur les ingrédients soient accessibles de façon exhaustives. Comme cela n’est pas possible sur les étiquettes des produits, les fabricants sont tenus d’en faire intégralement mention ailleurs, en général sur leur site internet. Mais tout cela est évidemment très abstrait, comme le relève Olivier Andrault : « Le fabricant doit mettre quelque part, par exemple sur internet, la composition précise de ses produits, mais c'est incompréhensible pour le commun des mortels. » Toujours ce vieux mythe libéral originel du consommateur comme « agent rationnel » à même de maximiser son intérêt sur tous les types de marché. Agent rationnel qui n’existe pas dans le réel.

C'est la raison pour laquelle les experts en chimie de l’association sont allés sur les bases de données de l'Agence européenne des produits chimiques. « Ils ont comparé la formulation de ces produits avec les dangers répertoriés pour chacune de ces molécules. On a 44% des produits que nous avons examinés qui contiennent au moins une ou plusieurs molécules susceptibles d'être dangereuses », rapporte le chargé de mission.

Pour Olivier Andrault, le problème ne vient pas tant des entreprises que des pouvoirs publics. Les fabricants jouent leur partition pour tenter de faire passer la pilule en restant le plus possible dans les limites de la législation dont ils connaissent les failles. « Pour mieux persuader les consommateurs de l'innocuité de leurs produits, les fabricants multiplient les mentions du type "sensitive" ou "écologique", les images évocatrices de la nature ou encore la mise en avant d'ingrédients traditionnels tels que le savon noir ou le savon de Marseille. Mais la réalité est tout autre. »

L’association alerte donc les instances européennes en leur demandant de renforcer la préservation de la santé et de l’environnement des consommateurs. Pour cela deux mesures d’urgence : d’abord, interdire dans les formulations les composés cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction et les pertubateurs endocriniens. Ensuite, faire figurer sur les emballages la liste de tous les ingrédients présents dans la formule comme pour les produits cosmétiques. Et évidemment, elle appelle les consommateurs à renforcer leur vigilance, pour pallier les manquements des pouvoirs publics. Bref, le plus grand marché du monde – aussi appelée Union européenne - ne vous protègera pas ; faites-le vous-même !

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