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Brexit : la vie sans Erasmus

ARTICLE. Boris Johnson l’a décidé : il ne payera plus pour le programme d’échange européen Erasmus. A défaut d’en trouver d’autres dans le récent accord qui scelle le divorce du Royaume-Uni avec l’Union, les anti-Brexit voient en cette décison le signe du naufrage qu’ils avaient prédit. Savent-ils que les étudiants voyagent, même sans Erasmus ?

Brexit : la vie sans Erasmus
Publié le 31 décembre 2020

Le jour du referendum en faveur du Brexit, le 23 juin 2016, sous le choc, puis la colère devant l’expression d’une opinion qui n’était pas la leur, les européistes l’avaient prédit : le Royaume Uni allait payer ! Le sang de la perfide Albion allait se déverser à travers l’encre de la plume qui signerait la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ! Mais l’accord conclu le 24 décembre entre le Royaume-Uni et l’Union européenne leur a fait l’effet d’une douche froide. Quoi ? Le pays de Boris Johnson allait conserver le libre-échange économique ? Pas de quotas ? Ni de douanes ? Mais alors, qu’avaient-ils perdu dans l’équation ? Vite, les petites mains s’agitèrent pour dénicher dans les pages de l’accord de quoi railler le Royaume-Uni. Alors, car il n’y avait guère mieux à se mettre sous la dent, les européistes pointèrent du doigt le programme Erasmus dont Albion allait irrémédiablement perdre tous les bénéfices.

Boris Johnson avait pourtant dans un premier temps affirmé, en janvier, à la chambre des Lords, qu’il n’y aurait pas de menace planant sur l'adhésion du pays au programme Erasmus. Ce qui ne l’a pas empêché, onze mois plus tard, de mettre un terme aux négociations avec l’UE. Une décision unilatérale, explique Michel Barnier, négociateur en chef de l'UE tandis que le Premier ministre britannique évoque une “décision difficile”. En cause, les coûts du programme, jugés trop élevés par le Royaume-Uni.

Fondé le 15 juin 1987, baptisé en mémoire d’Erasme, chanoine philosophe et théologien néerlandais du XVIème siècle, Erasmus (aujourd’hui Erasmus +) est un programme qui permet aux étudiants, apprentis, enseignants ou formateurs, de 33 pays (les 28 Etats membres de l'Union européenne ainsi que l'Islande, le Liechtenstein, la République de Macédoine, la Norvège et la Turquie), de suivre une année de cursus à l’étranger. Depuis le début du programme, il y aurait eu environ 15 000 étudiants britanniques qui y auraient pris part chaque année. Erasmus + s’achevant en 2020, il était prévu une reconduction pour la période 2021 - 2027, avec un objectif fixé à trois fois plus de participants. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, défendait un triplement du budget, lequel s'élevait déjà à la rondelette somme de 16,45 milliards pour la période 2014 - 2020.

Le Royaume Uni défendait un engagement financier de plus courte durée que les sept ans prévus, ce qui était hors de question pour les négociateurs. Face à ce refus et face au risque de voir l’enveloppe s’envoler, Boris Johnson a préféré laisser tomber Erasmus+. En échange, il propose désormais de créer son propre parcours international, du nom de l’informaticien londonien Alan Turing : “Nous allons construire un programme pour que les étudiants britanniques puissent faire le tour du monde (...) nos étudiants auront l'opportunité non seulement d'aller dans les universités européennes mais aussi dans les meilleures universités du monde” a-t-il déclaré. Là où Erasmus+ coûtait environ 200 millions de livres sterling à la Couronne, Turing devrait diviser la note par deux.

Dans ce concert de cris d'orfraie, se cache la vision d’un monde autocentré. A entendre certaines critiques, quitter Erasmus, ce serait sacrifier ni plus ni moins l’avenir de nos chères têtes blondes. Sauf que cette vision omet un point qui est tout sauf un détail : l’objectif de l’UE, entre 2014 et 2020, était que 3,7% des jeunes de l'UE puissent bénéficier d’Erasmus. Soit 96,3% d’étudiants non concernés. Outre cette statistique, il est intéressant de rappeler que la part des jeunes considérés comme “défavorisés” qui bénéficient du programme ne s'élève qu’à 11,5% du nombre total des participants. Erasmus reste pour le moment un programme qui s’adresse aux masters, types école de commerce, avant tout.

A-t-on si peu de mémoire pour oublier le “monde d’avant” ? Les universités et les grandes écoles ont-elles attendu Erasmus avant de conclure des partenariats d’échanges à travers le monde ? Les étudiants étrangers ne vont-ils pas également en Amérique du Sud, en Asie, au Canada, régions, qui, jusqu’à preuve du contraire, n’ont pas encore adhéré à l’Union européenne ? Si Erasmus possède des vertus indéniables, réduire la mobilité internationale à ce seul programme et considérer que les étudiants du Royaume-Uni seront désormais privés de cet enrichissement culturel est tout simplement, naïvement, faux.

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