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Expertise mainstream et omniscience Abonnés

OPINION. La qualité mainstream de tout avis d’expert lui vaut label d’omniscience. L’observation critique de la civilisation, occupe les activités à rattacher aux sciences médicales, sociales et sociétales : communauté de penseurs plus ou moins disposée à respecter les lois fondamentales ou à s’en affranchir, comprenant nombre d’économistes.

Expertise mainstream et omniscience
Publié le 31 décembre 2020

De tout temps, la marche socioéconomique de la civilisation a progressé dans les sillages plus ou moins convergents des prospections intellectuelles cherchant à dévoiler ce que cette dernière peut et ne peut pas être physiquement, à considérer lucidement ce qu’elle est et à dessiner en permanence ce qu’elle devrait être.

Le premier de ces trois domaines d’investigation perpétuelle est clairement le domaine réservé des recherches fondamentales et appliquées, habilité à décrire le réel physique et les lois réputées en avoir régi la matérialité, jusqu’à un moment donné. Ce domaine mobilise la communauté des chercheurs et des techniciens en sciences dites dures ou exactes, de laquelle, qu’on le veuille ou non, émerge le parlement édictant des lois fondamentales souveraines sur toute loi temporelle ou religieuse de l’humanité, dont la nature se charge de sanctionner implacablement toute atteinte à l’intangibilité.

L’observation critique de la civilisation telle qu’elle est, les censures et amendements de ses dysfonctionnements sociaux, sous toutes leurs formes, occupent, quant à eux, les activités à rattacher directement ou indirectement aux sciences médicales, sociales et sociétales : une vaste communauté de penseurs professionnels plus ou moins disposée, selon les spécialités, à respecter lesdites lois fondamentales ou à s’en affranchir, comprenant un contingent non négligeable d’économistes.

En se contentant de pratiquer leur métier, à l’aide des seules compétences qu’il est réputé leur conférer, certains économistes rendent heureusement un inestimable service à l’optimisation de la socio économie du pays. Jacques Percebois et Boris Solier me paraissent être de ceux-là qui, dans l’intelligent article au lien https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/edf-au-coeur-de-3-grandes-interrogations-en-suspens, posent sur la réalité un regard professionnel d’autant plus pénétrant qu’il recourt à une science suffisamment bornée par les autres sciences pour légitimer d’interroger sans complaisance les états de faits et de censurer sans complexe ceux qui en décident, à l’aune de connaissances contenues dans un périmètre expert forcément restreint, mais dont ils sont fondés à se prévaloir.

Que pensent implicitement ces messieurs du couteau que Bruxelles plante dans le dos d’un gouvernement français contraint à la réforme Hercule ? Tout bonnement que, en plus de préparer une explosion sociale, donner un surréaliste statut à trois têtes à l’opérateur historique n’est guère viable économiquement ; que la réforme envisagée du rançonnement ARENH ( Accès régulé à l’électricité nucléaire historique ) ne peut qu’en renforcer le caractère turpide ; que l’aggravation de la falsification du marché UE de l’électricité, au moyen de la confusion public/privé de capitaux aux rendements fumeux, met en péril la carrière de notre nucléaire et ourdit le dessaisissement de la communauté française des fruits et de l’entretien de son patrimoine électro hydraulique.

Hélas, tous nos économistes ne sont pas des Jacques Percebois ou des Boris Solier, beaucoup s’en faut ; surtout lorsqu’on en vient au troisième volet de la prospection intellectuelle dont il est question au début, sur ce que devrait ou devra être la civilisation au moins française. Force est de constater que, sur ce terrain, s’affrontent les démagogies, les ignorances et même les obscurantismes injuriant le plus les robustes vérités établies par les acteurs des deux domaines d’investigation dont on vient de parler. Or, cette foire d’empoigne quasi quotidienne est précisément ce que nos médias choisissent de rendre de plus visible du débat public.

Nombre d’économistes s’y commettant devant micros et caméras ou dans les colonnes de journaux parviennent à en tirer une éphémère réputation. Mais aucune de ces notoriétés n’a de chance de rivaliser avec celle d’un Patrick Artus, commandeur s’il en est, de l’ordre des économistes visionnaires, référence absolue devant laquelle ses pairs n’hésitent plus à se prosterner. De la minute 24 à la minute 36 de la vidéo ci-après (émission BFM « Les experts »), plus précisément de la minute 27 à la minute 36, que prédit à la France l’auguste personnalité, outre que le destin de celle-ci serait définitivement inféodé à celui des autres membres de l’UE  ?

Rien moins que, pour permettre à l’UE d’atteindre – 55 % de carbone, à l’horizon 2050, le seul moyen est d’instituer une taxe à 100 euros la tonne de CO2 et d’engager nos pays à tout miser sur le développement de l’industrie éolienne européenne, la technologie de production électrique qui aura écrasé la quasi-totalité des autres moyens de productions, lorsque, vers le milieu du siècle la transition sera partout achevée ! Et de prophétiser que, à ce moment-là, le KWh coûtera trois fois ce qu’il coûte aujourd’hui, que le profit tiré par l’UE de l’industrie éolienne rendra riches ceux qui y travaillent… et pauvres tous les autres !

Ainsi, ce professeur mainstream entre tous se targue-t-il d’omniscience avec une rare suffisance. Non seulement l’idée d’instruire sa sentence en appel, devant les gardiens des lois fondamentales mentionnées plus haut, semble relever de l’impertinence, mais, en plus d’insulter ces dernières, notre homme bafoue sans vergogne la réalité économique incontestablement établie, partout dans le monde, de la soi-disant transition énergétique vers les renouvelables.

Ce ne serait pour moi qu’une formalité de démontrer au professeur que, techniquement, un système électrique dans lequel la puissance éolienne représente plus de 30 % de la puissance totale de production est proprement incontrôlable, la technologie du vent étant inapte à assumer suivi de charge, réglage puissance-fréquence et réglage tension ; à lui démontrer par les faits que, nulle part au monde, la production éolienne n’est encore parvenue à couvrir plus de 15 % de la consommation totale annuelle d’un pays, y compris en Allemagne où la puissance éolienne installée est aujourd’hui supérieure à la puissance du parc électronucléaire français !

Non, monsieur Artus, plutôt que parler technologie, je préfère vous placer, au choix, devant votre incompétence en la matière, devant votre irresponsabilité ou devant votre malhonnêteté, en vous priant d’avoir l’obligeance d’établir publiquement les bilans technique, financier et environnemental de ce que, dans peu d’années, les Allemands auront eu pour leurs 250 milliards d’euros l’energiewendeet de ce que les Français ont déjà eu pour leurs 120 milliards d’euros une LTECV tout juste entamée (1).

Aujourd’hui, l’une des tragédies françaises se noue dans le fait que la gent professionnelle à laquelle vous appartenez opte en nette majorité pour une formule d’évolution de notre parc de production électro énergétique dont, seul, le pourcentage d’une puissance éolienne incontournable reste encore en discussion. Peu ou prou, rares sont en effet ceux de vos pairs à ne pas voir désormais notre nucléaire comme un simple supplétif des renouvelables, encore plus rares à revendiquer le renoncement quasi-total au ruineux mirage éolien et photovoltaïque.

Néanmoins, cher monsieur Artus, je veux croire que vos disciples et vous-même ne perdez rien pour attendre. Car les Français ne devraient pas tarder à redécouvrir que les ingénieurs sont plus économistes que les économistes ne sont ingénieurs ; ce que, de De Gaulle à Giscard, tous nos gouvernements avaient compris, ayant gratifié des 30 glorieuses un pays dont tous les enfants d’aujourd’hui ne les méritent pas…

(1) Cf 

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