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Non ! L’élection présidentielle n’est pas un concours de beauté

OPINION. La France a failli disparaitre deux fois : avec le Traité de Troyes en 1420 qui la donnait aux Anglais et en 1940. Par deux fois ce fut une femme, puis un homme, providentiels. Ce fut aussi Gambetta, jeune immigré italien fraichement naturalisé, qui refusa la défaite de 1870. Que firent-ils ? En un mot, ils se comportèrent comme un chef.

Non ! L’élection présidentielle n’est pas un concours de beauté

En 1975, la Trilatérale publie un rapport sur la crise de la démocratie concluant qu’elle n’est possible qu’en période de forte croissance économique, car en récession les sociétés deviennent ingouvernables face à la complexité du monde et la croissance des demandes des citoyens. Elle renouvelle cela en 2008, en pleine crise de Lehman Brothers, lors d’un sommet à Paris où elle proclame « Sauvez l’Europe de la tyrannie des référendums » et en appelle au despotisme éclairé. Pour autant, bien sûr, que ce soit elle qui fournisse l’éclairage. Cela donne naissance à ce que le professeur Alasdair Roberts a appelé « la logique de discipline »(1) : les marchés doivent réguler le développement et le fonctionnement des sociétés pour éviter la perturbation par la démocratie, brouillonne et irresponsable par nature. Aux marchés les choses sérieuses, donc, et à la démocratie les choses futiles pour amuser les citoyens, ce que qu’Alasdair Roberts appelle les « concours de beauté ».

L’élection présidentielle de 2022 est-elle destinée à n’être qu’un concours de beauté ? Les premières velléités de candidature laissent à penser que oui. Des candidats annoncent des programmes qui ont pour vocation à ne pouvoir être appliqués face aux refus de l’Etat profond et de l’Union européenne.

La situation du pays requiert d’autres projets et d’autres pratiques : effondrement de l’Etat, corruption de la justice, champ libre à la terreur des bandes par un gouvernement qui agresse sa propre police, attentats continuels contre les libertés publiques, école publique en ruine, universités sous la coupe des idéologues, complaisance face au terrorisme islamique qui a juré notre perte, sabotage de notre modèle social par la submersion migratoire, un pouvoir médical discrédité par la corruption de ses mandarins… la liste est longue.

Cet effondrement général n’est pas nouveau. Il a été décrit par Marc Bloch dans « L’étrange défaite », rédigé à l’automne 1940 : les causes de la défaite y sont la suffisance des élites, la trahison de la gauche qui passera du pacifisme au vichysme, le tout fruit d’un déclin moral, intellectuel et civique et d’une trahison des élites étudiée par le menu dans les récents ouvrages d’Eric Anceau(2) et Guillaume Bigot(3).

Le remède est aussi connu. Dès 1945, les livres de l’ancien communiste André Ferrat « La République à refaire » et de Michel Debré « Refaire la France » traçaient la voie : Refaire la République, c'est refaire foncièrement la structure de nos institutions, remettre son administration au service du peuple et non l’inverse et, notamment, de la haute administration qui a montré son incompétence face à la crise de la COVID par son scientisme ridicule qui lui a fait perdre tout sens pratique.

Refaire la République et la France, c’est rebâtir l’Etat, rétablir son autorité et les libertés publiques. Cela ne se fera pas avec des partis et des promesses qui n‘engageront que ceux qui y croiront.

La République romaine avait inventé un principe efficace : la dictature (au sens romain du terme) pour six mois afin de remettre de l’ordre dans la République. Ce fut Cincinnatus, modèle de vertu civique, qui sauva par deux fois la cité de ses périls et, mission accomplie, démissionna pour retourner cultiver son champ. Avec l’article 16 de la Constitution de 1958, le Général de Gaulle avait introduit une disposition semblable qu’il utilisa pour rétablir l’ordre après le putsch des généraux.

La France a failli disparaitre par deux fois : avec le Traité de Troyes en 1420 qui la donnait aux Anglais et en 1940 où les élites d’alors la livraient aux Allemands. Par deux fois ce fut une femme, puis un homme, providentiels. Ce fut aussi Gambetta, jeune immigré italien fraichement naturalisé, qui refusa la défaite de 1870. Que firent-ils ? Ils dirent non à la capitulation, prirent la tête de la résistance et de la reconquête, en un mot se comportèrent comme un chef.

Soulignant le risque de guerre civile en la France, le général Pierre de Villiers sembler adopter cette posture, laissant augurer une candidature. Mais son programme désappointe et d’aucuns ont parlé d’eau tiède. En guise de chef, nous n’aurions qu’un Gamelin mâtiné d’un Bayrou. Mais de Villiers a-t-il tort ? Gageons qu’en bon militaire il sait qu’il ne faut pas dévoiler ses plans trop tôt. Le général se base sur l’analyse de Jérôme Fourquet, qui établit, chiffres à l’appui, la division du pays en îlots qui ne communiquent plus: le bloc élitaire, très soudé, possède tous les médias écrits et audio-visuels. Il partage la même idéologie: mondialisation, européisme, culte des technologies numériques  qui nous annonceraient le paradis sur terre… Il se compose de « cadres supérieurs », de hauts fonctionnaires, de journalistes et d’apparatchiks syndicaux. Il contrôle l’Etat profond qui se moque des résultats des concours de beauté et est bien décidé à garder la pouvoir. Face à lui, le bloc populaire n’a plus d’unité. Il y a la France du vieux peuple attaché à son histoire et ses traditions, celle des Gilets jaunes, haïe par les « élites », mais qui n’a plus de liens avec le peuple des prénoms de feuilletons américains(4). Et ne parlons pas des banlieues islamisées dont le séparatisme est cultivé par l’extrême gauche de M. Mélenchon.

Créer une dynamique de reconstruction nécessite un discours de haut niveau qui parle aux entrailles de la Nation pour éviter la dispersion dans les points secondaires. Quand le Général de Gaulle est revenu au pouvoir, il ne l’a pas fait avec un programme électoral. Michel Onfray fait une belle analyse de son fameux discours d’Alger « Je vous ai compris ». Le Général savait très bien ce qu’il voulait faire, mais il avait compris qu’il n’était pas le moment de le dire face à une foule chauffée par des agitateurs d’extrême-droite, des vrais ceux-là.  Il s’est centré sur l’essentiel : la rénovation et la fraternité, en proclamant qu’il n’y avait en Algérie qu’une seule catégorie d’habitants. De ce principe découlait le reste. La bourgeoisie a adhéré par peur des putschistes et les politiciens se sont retrouvés paralysés. Cela lui donna quatre ans pour reconstruire la France avant que ne reviennent les vieux démons.

Les messages de l’heure sont le retour de la sécurité, la lutte contre l’islamisme et le rétablissement des institutions. De là découlera le reste : l’ordre, la souveraineté, la réindustrialisation du pays, la reconstruction de l’école, la reconstitution de nouvelles élites…

Le Général de Villiers est-il l’homme de la situation ? On ne sait. Ce qu’on sait c’est qu’il n’y a rien à attendre des politiciens qui jouent au concours de beauté. Que ce soit lui ou un -une- autre, favoriser cette émergence passe par nourrir une vie politique et civique intense qui restitue au peuple son pouvoir délibérant. Face au système, des talents affirment leur leadership, des jeunes émergent réduisant la défense du pouvoir à ânonner ses pitoyables accusations de quelque machinphobie, de complotisme, de racisme et autres niaiseries… qui n’ont plus l’oreille que de ceux qui se les bouchent et ferment les yeux.  Ce sont ces débats qui redonnent foi en un avenir et qui peuvent permettre l’émergence du « chef » populaire dont nous avons besoin.

1 - Claude Rochet « Pour une logique de l’indiscipline » In Revue française d’administration publique Volume 140, Issue 4, 2011, pages 723 to 737

2 - Eric Anceau « Des lumières au grand confinement, » Passés composés, 2020

3 - Guillaume Bigot « La populophobie, pourquoi il faut remplacer les élites françaises » Plon 2000 »

4 - Jérôme Fourquet, « l’Archipel français, naissance d’une France multiple et divisée », Plon 2019


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