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Quand la violence gagne la France des campagnes Abonnés

ARTICLE. La France rurale serait-elle de moins en moins paisible ? Les crimes et délits déclarés aux autorités, en particulier dans les zones rurales et périurbaines confiées à la gendarmerie, ont augmenté de 8 % en 2020.

Quand la violence gagne la France des campagnes
Publié le 11 janvier 2021

Agressions, viols, vols, tentatives d'homicides : en 2019, la délinquance avait explosé en France. « Le pire bilan qu’on ait vu depuis des années », analysait le criminologue Alain Bauer. Mais, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, l’année 2020 n’a pas apporté de bonnes nouvelles, en particulier pour les zones rurales et périurbaines : en 2020, on a assisté à une augmentation d’au moins de 8% des violences toutes catégories confondues dans la France des campagnes, alors que dans le même temps, les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont enregistré une baisse de plus de 5% dans les zones urbaines de la police nationale.

Dans les départements ruraux, la hausse des violences qui relèvent de la gendarmerie a de quoi inquiéter : + de 20% d’augmentation en Îlle-et-Vilaine, presque autant dans le Finistère et les Côtes-d’Armor. La Gironde est aussi particulièrement touchée (+ 15%), tout comme la Marne, le Calvados, la Seine-et-Marne, la Vendée, l’Essonne et le Rhône. Selon un préfet du sud de la France qui a parlé au Figaro, les confinements répétés ne sont pas étrangers à cette hausse des infractions : « l’essentiel des faits de violence, dans mon département, vient des violences intrafamiliales, qui ont connu une hausse de 30%, mais aussi des outrages, rébellions et refus d’obtempérer. Est-ce la conséquence du confinement sur l’humeur de certains de nos concitoyens ? ». De nombreux préfets sur tout le territoire ont fait remonter la même information à la Place Beauvau, sans avoir obtenu de véritable réponse de Gérald Darmanin.

Si les coups et blessures volontaires ont stagné en zone police en 2020, ils ont augmenté (+ 10%) dans les régions sectorisées gendarmerie. Les séquestrations ont également grimpé en zone gendarmerie de près de 15%, alors que dans le même temps elles baissaient en zone police (-3 %). Quant aux règlements de comptes, homicides et tentatives d’homicide, on assiste à une augmentation de 3% en zone police et une explosion en zone gendarmerie (+ 15%) par rapport à l’année 2019. Les escroqueries, elles, ont stagné dans les grandes villes mais ont augmenté l’an dernier de plus de 15% en zone gendarmerie.

En 2020, la France a vécu une situation inédite : les confinements imposés à la population. Et ces restrictions de déplacement ont permis d’enregistrer des baisses significatives concernant certains délits : ainsi, les vols ont chuté de plus de 15% côté police, mais aussi côté gendarmerie. Les résidences principales ont été moins visitées : - 71% en avril, une baisse très importante qui intervient juste après la mise en place du premier confinement fin mars, avant de remonter progressivement (+2%) en septembre, puis de replonger fortement de - 51% en novembre, lors du second plan de restriction décidé par le gouvernement. Les cambriolages (toutes catégories confondues) ont baissé de 15% en zone gendarmerie. Les vols de véhicules et à l’intérieur des véhicules ont aussi chuté de 17% en un an, tout comme les destructions et dégradations et les vols sans violences contre les personnes (- 24%).

Mais un indicateur inquiète les analystes : l’augmentation de 7 % des violences contre les dépositaires de l’autorité dans les zones gendarmerie alors qu’elles ont baissé en zone police de l’ordre de 15%. Enfin, les viols ont augmenté de près de 18% en zone gendarmerie, avec plus de 12 000 faits rapportés, soit une trentaine par jour. Beauvau analyse ces chiffres en précisant que «dans un contexte de libération de la parole et d’amélioration de l’accueil des victimes par les services de police et de gendarmerie, le nombre de violences sexuelles augmentait depuis 2017» et que «la tendance à la hausse était marquée sur la période précédant la crise sanitaire ».

Comment expliquer un tel décalage entre les zones urbaines et les zones rurales ? Tout d’abord, les effectifs ne sont pas les mêmes : la police emploie 150 000 personnes, tandis que la gendarmerie environ 100 000. Le directeur général de la gendarmerie nationale, Christian Rodriguez, explique ensuite que la répartition des forces gendarmes/policiers est aujourd’hui inégale, affirmant qu’«entre 60% et 70% des gendarmes travaillent en zone urbaine». Les gendarmes sont donc moins nombreux que les policiers (environ 30 %), et pourtant ils ont pour responsabilité d’intervenir pour protéger la moitié de la population. La France rurale à l’origine est devenue de plus en plus périurbaine,  le nombre d’habitants qui dépendent de la gendarmerie ne cesse donc de croître : «Les agglomérations se sont étendues. Il faut sans tabou aller vers une organisation plus efficace», se défend Gérald Darmanin, avant de préciser qu’il existe des «bassin de délinquance, comme ceux autour des transports en commun ou des axes autoroutiers».

Pour se faire, novembre dernier, le ministère avait annoncé une réforme importante pour les services de police : la création d’une «direction départementale unique dans chaque département» qui aura sous ses ordres «la sécurité publique, la police aux frontières et la police judiciaire». Cette nouvelle organisation sera mise en place dès le début de l’année prochaine dans trois départements métropolitains : le Pas-de-Calais, la Savoie et les Pyrénées-Orientales.

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