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Pourquoi obéissons-nous à la loi ? Abonnés

ARTICLE. Pourquoi obéissons-nous à la loi ? Question appropriée de nos jours. Par conviction ou coercition ? Y a-t-il un sens inné de la justice ? Ou s'agit-il de conventions humaines que nous ne respectons que par peur du châtiment ? Dans le dialogue La République de Platon, la deuxième thèse est soutenue par Glaucon, utilisant le mythe de Gygès.

Pourquoi obéissons-nous à la loi ?
Publié le 13 janvier 2021

Pourquoi obéissons-nous à la loi ? Une question très appropriée de nos jours. Y a-t-il un sens inné de la justice ou un bien sur lequel ces lois sont fondées ? Ou s'agit-il de conventions humaines que nous ne respectons que par peur du châtiment ?

Dans le dialogue La République de Platon, la deuxième thèse est soutenue par Glaucon, en utilisant le mythe de Gygès. C'était un homme ordinaire, un berger qui obéit aux lois comme tout le monde. Mais lorsqu'il a reçu le pouvoir de les violer, sans aucune crainte de punition, il n'a pas hésité à le faire. Le pouvoir provenait d'un anneau, trouvé par hasard, qui le rendait invisible. Il en a profité pour tuer son roi et prendre sa place. Et la reine.

La thèse de Glaucon est que telle était la vraie nature du berger, maintenue caché jusque-là uniquement sous la contrainte des lois humaines. Si la peur du châtiment était supprimée, personne n'obéirait aux lois simplement parce qu'il est un homme juste. Parce qu'ils sont conformes à ses valeurs morales intérieures.

La question reste d'actualité. Si les lois se transformaient en recommandations, les suivrions-nous encore ?

Ce mythe a été répété dans la trilogie de J.R. Tolkien, et plus tard dans les films, Le Seigneur des Anneaux. Qui résisterait à un tel pouvoir ? Qui pourrait résister à la bague ? Celui qui a une âme pure, le hobbit qui est le personnage le plus fragile physiquement, mais le plus résistant à la force corruptrice du pouvoir. Les autres savent qu'il n'est pas bon de céder, mais ils n'y parviennent pas.

Une autre bague est proposée par Saint Augustin. Pour lui, la justice dans l'âme humaine est basée sur la loi de Dieu. Il la transmet à l'homme, tout comme un sceau posé sur un papier transmet le dessin sur un anneau, sans qu'il quitte l'anneau.

Dans cette variante, la justice a un fondement extérieur, immuable, qui n'est pas lié aux conventions humaines. Nous pratiquons le Bien parce que c'est dans notre nature. Et quand nous ne le faisons pas, nous savons que nous avons tort. C'est cette conscience de l'erreur, du péché, qui prouve que nous ne pouvons pas effacer la loi divine de notre âme.

Pour Kant, la réponse est en nous-même. La morale fait partie de l'identité du sujet et nous est clairement présentée par la raison, tout comme nous voyons le ciel étoilé au-dessus de nous. Nous pouvons choisir de ne pas faire notre devoir, mais nous avons la conscience nette de l'erreur morale que nous commettons.

Même si nous avions la bague de Gygès, cela ne nous aiderait toujours pas face à notre propre conscience. Juste face aux lois humaines. En fait, nous devrions les respecter aussi, si elles étaient en accord avec les lois morales. Les valeurs personnelles et sociales seraient en harmonie.

Obéirais-tu toujours aux lois si tu avais la bague de Gygès ?

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