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« One planet summit » : la rustine bocagère de Macron Abonnés

ARTICLE. Le gouvernement a annoncé vouloir planter 7000 kilomètres de haies, dans le but d’enrayer le rythme de leur disparition. Une paille eu égard au million de kilomètres de bordures végétales effacées du territoire en 70 ans.

« One planet summit » : la rustine bocagère de Macron
Publié le 13 janvier 2021

Le 11 janvier 2021 s’est tenue la quatrième édition du « One planet summit », organisé à Paris. Dans ce lieu où se sont réunis onze chefs d’État, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies ou bien encore la présidente de la Commission européenne, il a notamment été décidé de “promouvoir l’agro-écologie “. Dans le lot des mesures annoncées, qui concernent essentiellement l’Afrique (14 milliards d’euros y seront investis d’ici 2025), la France a annoncé un soutien à la plantation de 7 000 km de haies agricoles, une mesure inscrite dans le cadre du plan de relance.

Voilà donc qu’après plus 70 ans de destructions massives des haies, des voix s’élèvent enfin et se font entendre sur le désastre écologique que représente la disparition progressive de ce patrimoine biologique. Ces clôtures végétales naturelles abritent en leur sein tout un écosystème complexe et multiple. Elles servent notamment de garde-manger pour les oiseaux et les animaux non fouisseurs. Leur impact sur le climat, en ces temps de chasse au CO2 n’est pas non plus négligeable : l’association “Mission bocage” estime, dans une étude publiée en 2012, qu’un kilomètre de haies bocagères peut stocker plus de 770 tonnes équivalents CO2 sur 100 ans. Enfin, ces barrières naturelles assurent la rétention de l’eau et favorisent le maintien des sols.

Malgré tous ces avantages, les haies n’ont cessé de décroître de manière drastique. 70% des haies ont disparu des bocages français, soit plus de deux millions de kilomètres effacés du paysage en moins d’un siècle. Conséquence directe de la politique de remembrement agricole des années 50, qui a favorisé le développement de la céréaliculture intensive ainsi que l’urbanisation d’une partie du territoire. Au rythme d’une suppression de 45 000 km par an, entre 1960 et 1980, a succédé celui d’une diminution de 6 % par an depuis 2006, d’après une étude Agreste publiée en 2014.

Une suppression continue, années après années, qui n’est fatalement pas sans conséquences : les oiseaux des champs ont également vu leur population décroître abondamment ces dernières décennies. Le STOC (Suivi temporel des oiseaux communs) a relevé la diminution de plus d’un tiers des oiseaux dans les campagnes françaises, ces 15 dernières années. Un phénomène partagé en Europe : 80 % des invertébrés ailés ont disparu du territoire européen en moins de 30 ans. Bien qu’il ne faille pas imputer la baisse qu’à la seule diminution du nombre de haies, elle porte tout de même une lourde responsabilité. Au-delà de la faune, les centaines de milliers de kilomètres de clôtures végétales naturelles sont l'une des barrières les plus efficaces contre les crues. Leur absence fait parfois cruellement défaut quand les eaux débordent.

Face à un tel carnage écologique, on pourrait être tenté de féliciter le gouvernement de vouloir enfin inverser la tendance. Mais ce serait oublier que le chiffre annoncé est absolument dérisoire : 7 000 kilomètres, cela représente moins de 0,35% des haies existantes en 1950. D’autant que, tout aussi vertueux soit-il, ce chiffre masque une autre réalité : Si les haies continuent à être arrachées à un rythme régulier, les 7 000 kilomètres annoncés ne seront guère plus qu’une rustine, de la poudre aux yeux qui compensera à peine les arrachages à venir. D’autant que si d’autres pays comme le Royaume-Uni, la Suisse ou quelques régions d’Espagne ont légiféré sur ce sujet, pour stopper l’hémorragie végétale, la France ne semble pas envisager de le faire.

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