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Mélenchon et le nucléaire ou les limites de l’idéologie

ARTICLE. Mardi dernier, Jean-Luc Mélenchon s’est fendu d’un billet d’analyse écologiste sur son blog L’Ère du peuple, intitulé « Tu as froid ? Mange du nucléaire ! ». Le militantisme anti-nucléaire de LFI n’est pas nouveau, mais les arguments développés dans ce billet valent leur pesant de CO2.

Mélenchon et le nucléaire ou les limites de l’idéologie

Mardi, le Sénat a interpellé le gouvernement sur les difficultés d’approvisionnement électrique et la stratégie énergétique, alors que le réseau de transport d’électricité (RTE) a appelé les Français à réduire leur consommation d’électricité pour éviter les coupures. C’est pour réagir à cette situation que Jean-Luc Mélenchon a écrit un billet sur blog. Parmi un certain nombre de constatations intéressantes, notamment sur la performance énergétique des logements, le leader de la France Insoumise se livre à une charge sans nuance du nucléaire, attaquant les « mystificateurs du nucléaire » prêts à tout pour sauvegarder leur « dogme ».

N’ayant pas peur de se contredire ouvertement à quelques lignes d’intervalle, Mélenchon considère qu’il « faut saluer le génie français planificateur responsable du déploiement du nucléaire civil » mais également qu’« il s’agit d’un choix intellectuellement fainéant » car « c’est le degré proche de zéro en matière de trouvaille technique et d’ingéniosité. » A la suite de quoi, il tente de démontrer que « le nucléaire est une technologie rustique. Il s’agit de provoquer entre des barres radioactives une réaction automatique qui provoque de la chaleur pour chauffer de l’eau avec une double circulation de liquide l’une passant sa chaleur à l’autre. De tels systèmes existent aussi dans la nature. »

Le sophisme est un peu gros. Que la réaction nucléaire soit un phénomène naturel est une évidence pour n’importe quel collégien du monde à qui on apprend que le premier mécanisme de fusion nucléaire s’appelle le Soleil. Mais de l’existence d’un phénomène naturel à sa maîtrise technique par l’homme pour garantir un système optimal d’approvisionnement énergétique, il y a un écart gigantesque qui s’appelle la civilisation. Et d’ailleurs Jean-Luc Mélenchon le sait bien puisqu’il salue lui-même « le génie planificateur français responsable du déploiement du nucléaire civil ». En quoi faudrait-il être génial pour déployer une technologie « rustique »qui « existe déjà dans la nature » ?

Jean-Luc Mélenchon entend du reste en remontrer aux « écologistes pragmatiques » pro-nucléaire en leur démontrant qu’il est dans le camp du vrai progrès et pas dans celui du « dogme ». Et pour ce faire, il utilise des arguments de haut niveau, comme celui des « déchets multi-millénaires » et du « risque d’anéantissement en cas d’accident ». La France Insoumise ne semble pas savoir que les accidents les plus meurtriers liés à la production d’électricité ne sont pas dus au nucléaire, mais viennent de l’hydroélectricité, une énergie parfaitement renouvelable. Les déchets nucléaires (0 morts par an) font plus peur que les accidents de la route (environ 3000 morts par an) et les accidents domestiques (environ 20 000 morts par an) et aussi peur que le tabagisme (environ 80 000 morts par an). Le problème du nucléaire n’est pas un problème de risque ou de danger objectif, mais un problème de « risque perçu », sur lequel Jean-Luc Mélenchon et LFI jouent allègrement.

Du reste, les rapports du GIEC – sur lesquels s’appuient tous les partisans de la transition écologique – démontrent qu’une part de nucléaire est absolument indispensable, quel que soit le scénario, pour amortir l’impact de la décarbonation de l’économie. Décarboner l’économie, c’est tout simplement faire baisser les émissions année après année, et pour cela les moyens d’action peuvent certes être les économies d’énergie, plus marginalement, la capture et séquestration du C02, ou le remplacement temporaire du charbon par du gaz dans la production électrique. Mais le nucléaire est une arme d’appoint indispensable.

Jean-Luc Mélenchon a beaucoup évolué sur la question du nucléaire, ce qui est du reste son droit le plus strict. En 2017, dans une interview au Parisien, il revenait sur cette transition idéologique : « J’ai fait partie de ces générations progressistes pour qui le progrès se confondait avec le progrès des forces productives. Plus on mettait de choses en mouvement, mieux c’était. Le béton, l’électricité, c’était parfait (…) C’est nous qui nous trompions. » Et effectivement, l’idéologie marxiste triomphante des années 1960 était incompatible avec l’écologie, rattachée – à juste titre – à un conservatisme.

L’amorce de son évolution idéologique date du début des années 2010. Dans le cadre de la campagne présidentielle de 2012, le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon propose la fermeture immédiate de la centrale de Fessenheim, considérée comme un premier pas vers une nouvelle politique énergétique pour le pays. Depuis lors, la position de Mélenchon n’a cessé de se radicaliser. LFI est désormais pour une sortie totale du nucléaire, considérée comme une « énergie du passé » qui par ailleurs, selon la député insoumise Mathilde Panot, en charge de cette question à LFI, « met en danger des millions de français et de françaises » (1). C’est à se demander qui sont les « mystificateurs du nucléaire ».

(1) https://lafranceinsoumise.fr/nos-campagnes/campagne-sortie-nucleaire/

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