Menu
Nation
Décoloniaux
A-M Le Pourhiet : « L’idéologie décoloniale est un charlatanisme rémunéré par le contribuable » Abonnés

ENTRETIEN. Juriste et professeur de droit public à l’université Rennes-I, Anne-Marie Le Pourhiet est spécialiste en droit constitutionnel. Elle a récemment co-signé une tribune de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, parue dans Le Point. Nous l’avons interrogée sur cette initiative.

A-M Le Pourhiet : « L’idéologie décoloniale est un charlatanisme rémunéré par le contribuable »

Front Populaire : Comment s’est organisée la rédaction de cette tribune et pourquoi avoir décidé de la signer ?

Anne-Marie Le Pourhiet : Je ne sais pas exactement comment s’est organisée la rédaction de cette tribune qui m’a été adressée par des collègues amis mais que j’ai aussitôt signée à deux mains, tout simplement parce qu’il était devenu indispensable d’avoir un espace d’expression de la dissidence intellectuelle à l’égard de ces idéologies déguisées en « théories scientifiques » fumeuses qui se répandent dans nos Universités et prennent des tournures totalitaires et sectaires excluant la contradiction sous la menace, l’injure et l’excommunication. Cet observatoire me rappelle l’Observatoire du communautarisme, qu’avait initié un groupe de jeunes républicains au début des années 2000 et où nous décrivions en les moquant, sans aucun tabou ni exception, absolument tous les communautarismes, ce qui faisait évidemment grimper aux rideaux toutes les communautés militantes. Ici aussi nous avons de quoi rire et n’allons pas nous en priver.

FP : Comment l’extrême-gauche identitaire a-t-elle pris pied dans le monde universitaire français ?

AMLP : Oh-la-la ! Vous m’en demandez trop, d’autant que ma discipline n’est pas la plus envahie, loin s’en faut. Je vois bien les cerveaux commencer à se lobotomiser dans les disciplines juridiques mais nous n’en sommes pas encore chez nous au stade avancé de la sociologie, des arts, de l’anthropologie, de l’histoire et de la géographie (notamment le secteur dit de la « géographie sociale »). Je ne sais même pas s’il faut appeler cela « extrême gauche » car je ne comprends plus rien à ces catégories, disons que c’est ce que l’on appelle aux USA les « libéraux » c’est-à-dire, à l’inverse du sens français du terme, la gauche (multi-) culturelle dite « progressiste ». Le vecteur est, bien sûr, la circulation transatlantique (d’autant que le virus a sa souche initiale dans la French Theory) mais elle n’est pas seulement universitaire, elle se déplace en réseaux par les fondations et les ONG américaines qui influencent directement les pouvoirs, les institutions et les universités européennes et nationales à coups de millions de dollars. Ce n’est évidemment pas un seul vecteur mais une multiplicité d’influences complexes qui ont abouti à ce résultat.

FP : Quel est, à terme, le danger de cet activisme militant au sein de l’université française ?

AMLP : Personnellement, je n’isole pas l’Université du reste de l’appareil administratif et le danger me paraît bien plus grand dans l’infiltration de l’appareil décisionnel d’État par ces idéologies. L’Université est l’éprouvette, le laboratoire dans lequel se développe le bouillon de culture. Mais ce « jus » alimente et se nourrit à la fois dans la « société civile » et le pouvoir politique. Avez-vous déjà lu un rapport du HCE (Haut-conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes), organisme gouvernemental aux couleurs de la République française ? C’est pire que n’importe quelle thèse bidon rédigée dans un laboratoire universitaire d’études de genre mais l’influence entre les deux est réciproque et l’Etat (et les collectivités locales) fait appel à ces « chercheurs » pour meubler ses comites Théodule. Et tout ce charlatanisme est rémunéré par le contribuable.

FP : L’idéologie décoloniale infuse principalement dans les sciences sociales. Le droit, qui est votre domaine, est-il touché par cette vague ?

AMLP : Pas de la même façon. Le droit est une science plus ferme, située entre les sciences molles et dures. Il est moins perméable que la sociologie politique, par exemple, aux délires militants totalitaires. C’est traditionnellement une discipline exigeante et cartésienne reposant sur des raisonnements syllogistiques qui exige de la rigueur et de la démonstration. De même que le marxisme n’a jamais eu un franc succès dans les Facultés de droit, le décolonialisme, le racialisme, le genrisme et l’intersectionnalité proprement dits restent encore assez marginaux. Ce qui est certain, c’est que le droit ramollit sous l’influence anglo-saxonne véhiculée par le mondialisme et l’Europe et que le modèle républicain français est directement attaqué. De nombreux juristes universitaires français se sont convertis à l’idéologie mondialiste statophobe et ne raisonnent plus qu’en termes de « droits » des minorités, intégrant donc au moins implicitement l’idéologie de la domination.

FP : Les décoloniaux voient dans l’universalisme républicain un mensonge au service d’une domination masquée. En tant que républicaine, comment recevez-vous cette critique ?

AMLP : J’ai commencé mes études de droit en 1971 et j’ai eu immédiatement le coup de foudre pour le droit public. Cela fait cinquante ans que j’enseigne inlassablement la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers, la défense de la chose publique contre les féodalités, l’unité contre la division, l’autorité de l’Etat contre les factions, mais durant tout ce temps, la République et la démocratie se sont pourtant complètement détricotées sous mes yeux, avec la complaisance de ses dirigeants successifs inféodés au système américain qui ne nous aura finalement apporté que son potentiel de guerre civile. Le décolonialisme est une idéologie négative, une passion triste du ressentiment et du complexe. Eriger cela en science subventionnée est une imposture.

FP : Dans son dernier ouvrage, L’imposture décoloniale, P-A Taguieff, autre signataire de la tribune, considère en substance que les antiracistes décoloniaux ont déshonoré l’antiracisme. Partagez-vous cette constatation ?

AMLP : Je n’ai jamais eu la moindre estime ni pour l’antiracisme ni pour le féminisme ni pour aucun –isme. Ce qui est certain, c’est que soutenir et publier une thèse dite de « géographie sociale », grassement rémunérée par le contribuable et portant sur « La territorialisation des lesbiennes sur le littoral breton » n’est pas sérieux. Je me réjouis donc de la création d’un Observatoire où nous allons pouvoir recenser tous ces joyaux de la science française.

commentaireCommenter

international

international
Arménie
A Marseille, Michel Onfray et Stéphane Simon s’engagent à nouveau pour l'Arménie Gratuit
La rédaction
A Marseille, Michel Onfray et Stéphane Simon s’engagent à nouveau pour l'Arménie

Michel Onfray et Stéphane Simon ont tenu à marquer à leur manière le triste anniversaire de la défaite des Arméniens de l’Artsakh (Haut-Karabakh). En répondant à l’invitation de SOS Chrétiens d’Orient, pour une table ronde consacrée au conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ils ont pu converser avec Guy Teissier, député LR des Bouches du Rhône à l’origine de la reconnaissance du Haut-Karabakh par la France et François-Xavier Gicquel. L’occasion pour les fondateurs de Front Populaire de réitérer leur plein soutien à l’Arménie, engagée selon eux dans une « véritable guerre de civilisation ».