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Nord Stream 2
Nord Stream 2 : quand l’Amérique veut décider du futur énergétique de l’Europe  Abonnés

OPINION. Le gazoduc Nord Stream 2 doit relier la Russie à l’Allemagne via la mer baltique. Il est censé acheminer 55 milliards de m3 de gaz par an à l’Europe occidentale. Le projet est arrivé à une centaine de km des côtes allemandes mais les Etats-Unis font tout pour tenter de faire avorter le chantier dans sa dernière ligne droite.

Nord Stream 2 : quand l’Amérique veut décider du futur énergétique de l’Europe 

Rarement aura-t-on vu autant de bâtons plantés dans les roues de ce projet énergétique européen gigantesque censé acheminer 55 milliards de m3 de gaz par an à l’Europe occidentale. Lancé en 2015 ce gazoduc doit relier la Russie à l’Allemagne via la mer baltique. 100% des sociétés derrière le consortium Nord Stream 2, dont le français Engie, sont européennes. Le projet est arrivé à une centaine de km des côtes allemandes mais les Etats-Unis font tout pour tenter de faire avorter le chantier dans sa dernière ligne droite.

Le projet est dans la ligne de mire de Washington depuis le début et a dû être mis à l’arrêt pendant quasiment un an à cause de sanctions américaines. Les administrations d’Obama puis Trump ont mis une pression diplomatique terrible suivie de sanctions contre toute entreprise participant au projet. Washington a même voté une loi spécifique pour imposer des sanctions, la loi PEES dont le but est de « protéger la sécurité de l’énergie en Europe. » Rappelons-nous que Zbigniew Brzezinski écrivait dans Le Grand Echiquier que l’Europe occidentale est un « protectorat américain ». Malgré l’intimidation, les promoteurs ont décidé de reprendre la construction en décembre dernier ce qui a provoqué l’ire de Washington. Les US se sont alors empressés de voter une nouvelle série de sanctions. 120 entreprises de plus de 12 pays européens sont visées et ces menaces sont prises très au sérieux. Il y a quelques jours la société de conseil danoise Ramboll s’est retirée du projet par crainte des représailles américaines. Quelques jours auparavant la société norvégienne DNV GL en avait fait de même.

Il faut se pincer pour le croire. Des entreprises européennes, en Europe, qui agissent en toute légalité conformément au droit européen et de leurs pays respectifs, sont menacées de sanctions par un pays étranger qui ne fait même pas partie de notre continent. Officiellement Washington veut pénaliser la Russie pour la réunification avec la Crimée et la situation au Donbass. En réalité cela n’a rien à voir avec la crise ukrainienne mais tout à voir avec la volonté de Washington de devenir le premier fournisseur européen d’hydrocarbures. Les US en effet, premier producteur mondial de gaz, tentent d’anéantir Nord Stream 2 afin d’obliger les Européens à importer leur gaz de schiste qui est plus cher que le gaz russe et dont l’extraction est extrêmement nocive pour l’environnement.

La politique globale de sanctions américaines contre la Russie défavorise toujours les pays européens. Une étude de 2019 des chercheurs M. Crozet et J. Hinz, pour la prestigieuse revue Economic Policy, a démontré que l’Europe est lourdement pénalisée par les sanctions américaines. La perte pour les pays européens se compte en dizaines de milliards d’euros. Les universitaires emploient même le terme de friendly fire, le terme militaire américain pour désigner le tir sur ses propres alliés.

Les nations européennes doivent avoir le courage de hausser le ton face aux Etats-Unis. N’oublions pas que ces dernières années Washington a empêché la France de vendre ses navires Mistral à la Russie et qu’elle a infligé une amende de 9 milliards de dollars à la BNP et de 700 millions de dollars au Crédit agricole alors que ces sociétés françaises n’avaient enfreint aucune loi internationale. En ce moment même, les Américains appliquent une taxe exceptionnelle de 25% sur le vin français, tranquilles, ce qui, d’après la filière viticole française, fera perdre un milliard d’euros à nos viticulteurs. Washington veut empêcher les Européens d’importer du gaz russe uniquement pour nous exporter son gaz de schiste plus cher et d’origine polluante. Les Allemands, principaux bénéficiaires de Nord Stream 2, semblent vouloir tenir tête à l’Oncle Sam et Biden, il est vrai, aura comme priorité de panser les plaies de la relation Trump - Merkel. Il est temps de rappeler que l’Amérique n’est pas un pays européen et que les nations européennes doivent avoir le droit d’acheter leurs hydrocarbures à qui elles veulent.

Aucune nation étrangère ne doit nous imposer son gaz ni ses sanctions. C’est une question de respect de notre souveraineté nationale, de notre stratégie énergétique et du droit international.

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