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Covid et vaccin : de l’utilité de savoir déchiffrer Abonnés

TEMOIGNAGE. Retour attendu du docteur Z.L. dans nos colonnes. Nouvelle immersion privilégiée au cœur d’un service public hospitalier en tension. Sans langue de bois comme à son habitude, il nous livre ses interrogations quant au rapport qu’entretiennent les autorités sanitaires avec les chiffres. De l’utilité de savoir poser une règle de trois.

Covid et vaccin : de l’utilité de savoir déchiffrer

« -Docteur, dois-je me faire vacciner contre le Covid ?

-Et bien, vous avez 76 ans, vous êtes atteint d’une maladie neurologique inflammatoire chronique et vous êtes diabétique. Alors, oui, faites-vous vacciner. »

Malgré les encouragements de la plupart de mes confrères, et le réconfort que procure à mon patient une réponse si tranchée, cette affirmation stéréotypée de bon élève ne me convient pas.

Toutes ces interrogations récurrentes à longueur de journée : « Docteur, ce vaccin est-il dangereux ? », « Est-ce qu’il marche à 100% ? »

Avant de s’interroger sur les indications, l’innocuité et l’efficacité du vaccin antiCovid, la première question je pense qui devrait être posée est : « Est-ce que cette vaccination a du sens ? »

Pour cela, il faudrait pouvoir estimer la « dangerosité » du Covid. Quelle est la mortalité du Covid ? Quelle est la proportion de formes graves dans la population française ?

Ces deux questions me taraudent.

Entre deux patients, j’envoie un mail au groupe EXPERT COVID de mon hôpital afin de connaitre le nombre de morts du Covid et le nombre de patients Covid hospitalisés depuis le début de la crise dans mon établissement. Ce sera peine perdue... pas de retour... Finalement, en insistant, je reçois un mail réponse d’une de mes collègues : au vu des données communiquées par notre direction hospitalière, il n’est pas possible d’en faire le calcul... Etrange...

Je suis médecin hospitalier et bien incapable de vous dire ce qu’il se passe au sein de mon propre établissement. Incroyable ! En y regardant de plus près, effectivement, les données quotidiennes transmises par ma direction sont opaques. Les chiffres Covid ne « collent » pas. D’un jour sur l’autre, certains comptabilisés dans le cumulatif n’apparaissent ni dans les patients testés Covid + (et juste de passage aux urgences), ni dans les patients hospitalisés (formes sévères) ni en réanimation ?

Etrange ? Ou sont-ils passés ? Ah, mais bien sûr ! Que suis-je bête, ils sont passés dans les morts ! Et bien, même pas ! Ils ne sont pas non plus dans les morts ! Alors où sont-ils ? Je ne connais pas d’autre état que celui de vivants, « en cours de réanimation » (morts-vivants ?) ou de morts. Et vous ? Pourtant il s’agit de simples soustraction/addition qu’un docteur sérieux comme moi semble en capacité de réaliser ! Chut ! Les données de mon centre hospitalier restent la propriété de l’ARS (Agence régionale de santé) quant à leur analyse et leur diffusion puisque j’ai en tant que médecin l’interdiction d’en parler (de réfléchir ?) et même de répondre aux sollicitations téléphoniques de journalistes si tant est qu’ils aient envie de me contacter... moi petit médecin de province qui peine avec de simples additions, soustractions...

Après une période (heureusement courte) d’abattement intracérébral, 3 cafés et deux flacons d’antidépresseurs, je me ressaisi. J’ai trouvé LA solution. Je reprends confiance en moi et je retrouve mon impertinence : puisque je n’arrive pas à obtenir les données de la mortalité et morbidité du Covid au sein de mon établissement, je vais à partir des données nationales faire le calcul moi- même en passant au niveau supérieur : les multiplications-divisions !

Quel est le pourcentage de patients atteints de formes symptomatiques de Covid en France ?

Et bien c’est très simple, il suffit de prendre le nombre de patients symptomatiques que l’on divise par le nombre d’individus testés Covid positifs x100 ?

Quel est le pourcentage de morts du Covid en France?

Et bien c’est très simple, il suffit là encore de prendre le nombre de décès Covid divisé par le nombre de patients Covid positifs x100.

Fastoche ! Mes 12 années d’études médicales devraient me permettre de faire habilement le calcul de cette vulgaire règle de trois !

Je me jette alors sur mon ordinateur : en tant que médecin très sérieux (un docteur étant sélectionné par concours non pas pour son intelligence mais pour sa rigueur et son sérieux), je me penche un site rigoureux et très sérieux : santepublique.fr.

Que lire ce 28 janvier 2021 :

100 départements en situation de vulnérabilité élevée (source ARS). C’est donc 100 sur 101 départements français (1 seul Outre-mer échappe au vilain qualificatif). C’est bouleversant, tellement bouleversant que j’en oublie de me demander « Que signifie : vulnérabilité élevée ? ». C’est tellement évident que l’ARS n’a pas jugé utile de le préciser.

3 130 629 cas confirmés COVID+ en France dont 23 770 de plus en 24h ! Effrayant !

74 800 décès (dont 52 562 à l’hôpital), +348 décès en 24h à l’hôpital. Quelle horreur !

11 219 nouveaux patients hospitalisés en 7 jours.

1800 en réanimation en 7 jours.

Bref, je suis anesthésiée ! Et non anesthésiste.

Des données sur 7 jours, sur 24h, depuis le 1er mars 2020... Comment s’y retrouver ? Je n’y comprends rien ? Serai-je stupide ?

Cette opération mathématique qui me paraissait du niveau d’un médecin hautement sélectionné ou au moins de celui d’un collégien tentant d’avoir son brevet me semble tout à coup inatteignable !

Là, mon cerveau est en mode « coma profond ».... Mais je tente le déchocage et quelques neurones encore en état m’obligent à reprendre mes calculs : les pourcentages ! de personnes symptomatiques et de décès ! Comment faire ?

Alors, je cherche... Après 3 clics, est mentionnée MORTALITE : enfin ! Que lire ?

Mortalité : Mortalité liée à la Covid-19 toujours élevée. Prévention : vaccination.

Quoi ? Aucune valeur chiffrée ! Plus flou, on ne peut pas faire.

Finalement, tout en bas d’une page, on trouve : Pièce jointe. Je télécharge. Miracle, un rapport de 61 pages sur le « Point épidémiologique au 21/01/2021 ».

Et là, déception ! Plein de chiffres hebdomadaires et de beaux graphiques mais aucun pourcentage de morbidité/mortalité. Je trouve quand même avec courage les 3 données qu’il me faut pour arriver à faire mes calculs.

Soit, page 6 : 2 965 117 cas confirmés Covid positifs donc testés positifs au 20/01/2021. Page 29 : Entre le 1er mars 2020 et le 19 janvier 2021 : 287 310 patients hospitalisés pour Covid

(formes graves symptomatiques) et page 37 : 71 342 décès. Là, enfin, je peux faire ma règle de 3 ! Donc, si je résume tous ces chiffres effrayants :

-Le nombre de personnes testées Covid positif (symptomatique ou non) représente 4,4% de la population française (estimée à 66 733 000 habitants au 1e janvier 2021).

- Sur ces 4,4% de Covid positifs, 9,7% ont une forme grave justifiant une hospitalisation soit 0,4% de la population, avec un âge médian de 73 ans (page 29).

- La mortalité est de 2,4% parmi les sujets testés Covid positifs soit 0,1% de la population française est décédée du Covid, en sachant que l’âge médian de décès est de 85 ans (page 38) et que le nombre de décès directement imputable au Covid vu les procédés de déclaration est probablement plus faible : seuls 54% des certificats de décès contenaient la mention : infection au SARS-CoV-2 confirmée et 65% des patients décédés avaient une comorbidité (le plus souvent cardiaque).

Je ne minimise pas les décès ni la souffrance des familles. Il s’agit des mêmes chiffres que les données officielles mais présentés autrement...

Je suis soulagé !

Soulagé d’avoir réussi une table de 3 donc le médecin que je suis à au moins le niveau collège, celui de ma fille...

Ah oui, et j’oubliais la question initiale, faut-il se faire vacciner ? Le Covid touche 4,4% de la population française dont 92,3% sont des formes bénignes ou asymptomatiques. Il reste 95,6% de la population qui n’est toujours pas immunisée depuis le 1er mars 2020 (grâce aux confinements !). Vite, il faut faire vite avant qu’on s’immunise tous spontanément et qu’on nous annonce que le vaccin n’est pas efficace sur le nouveau variant (141 cas recensés en France) ! Vite, l’Etat français a commandé 200 millions de doses pour environ 66 millions de Français. En sachant qu’il y a deux doses de vaccin/personne, c’est très simple : 66 x 2= 200 millions, bien-sûr ! Cette année, c’est certain, j’aurai le niveau brevet ! Enfin, s’il n’est pas annulé...

Publié le 30 janvier 2021
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