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Élites : le grand sabordage Abonnés

LETTRE OUVERTE. Dans une tribune récente, Sophie de Menthon propose tout simplement de sauver nos élites, à tout prix ! Encore faudrait-il qu’il y ait quelqu’un à sauver. Peut-on dire que nos élites ont fait réussir la France et l’ensemble des Français ? Non. Ont-elles construit leur réussite personnelle en dehors de tout bien commun ? Assurément.

Élites : le grand sabordage

Dans une tribune récente, publiée sur Causeur.fr, Sophie de Menthon propose tout simplement de sauver nos élites, à tout prix ! Encore faudrait-il qu’il y ait quelqu’un à sauver. Depuis quarante ans, nos soit disant élites, en sabordant le bateau France se sont elles-mêmes sabordées quand elles n’ont pas quitté le navire.

Notre chef d’entreprise invoque d’abord la perversité de l’égalitarisme à la française. Elle insinue que critiquer les élites conduit à refuser toute distinction et couper les têtes qui dépassent.

Sophie de Menthon nous explique ensuite que les différences de talent et d’intelligence existeront toujours et qu’il faut bien confier aux élites actuelles les places qu’elles méritent compte-tenu de leurs efforts et de leur intelligence supérieure.

Enfin, elle replace la critique radicale de nos élites dans le cadre de la mondialisation et y exprime sa crainte d’un déclassement de la France à ne pas vouloir laisser les plus « intelligents » prendre les « bonnes décisions » dans un monde complexe.

Chaque société, chaque pays, a besoin d’une classe dirigeante. La prise de décision est incessante et c’est par des analyses éclairées que nous pouvons agir et assurer la prospérité. La question n’est donc pas de savoir s’il nous faut des élites, mais de savoir de quels types d’élites nous avons besoin.

Or, la France n’a aujourd’hui plus les moyens de ses ambitions, celle du classement dans la mondialisation qui semble être votre horizon, lâchée précisément par une élite méritocratique détachée du bien commun, détachée de sa communauté de destin, qui pourtant l’avait fait naître et grandir.

Si depuis quarante ans, la classe dirigeante issue des grandes écoles et bardée de diplômes s’est coupée de ses racines, c’est qu’elle a pu facilement le faire. Le succès dans les études, le mérite dans le travail et les efforts scolaires consentis lui a donné le droit de se croire « meilleure », intellectuellement supérieure, méritant sa place. Bien décrit par Michael Young et son livre, The Rise of Meritocracy, et par la relecture récente de Michael Sandel, The Tyranny of Merit, cet état d’esprit, alimenté par la mondialisation et l’effacement des nations, permet une sécession de ces « élites de masse » pour laisser les « non-méritants » dans le déclassement et l’appauvrissement généralisés.

Après quarante années de travail de sape des sociétés, les inégalités et les insécurités sont installées, le ressentiment des floués exacerbé. Peut-on dire que nos élites ont fait réussir la France et l’ensemble des Français ? Non. Ont-elles construit leur réussite personnelle en dehors de tout bien commun ? Assurément.

Cette tyrannie d’un mérite qui me dispenserait de toute responsabilité collective, sous le prétexte que je « mérite » ma situation confortable, n’est pas morale. Accepter cela c’est accepter une conception d’un être humain désengagé des conditions de sa réussite, un être individualiste, neutre, froid.

Le philosophe de Harvard, Michael Sandel, nous pose les questions suivantes : « Est-ce que je mérite moralement les talents qui m’assurent le succès ? Est-ce de mon fait, si je vis dans une société qui valorise les talents qu’il se trouve que je possède ? Ou est-ce dû à ma chance ? »

Reconsidérer le rôle de la chance et l’influence d’une communauté d’existence dans nos parcours de vie conduit à une forme d’humilité dont nos surdiplômés manquent cruellement. Rappelons la valeur toute relative des diplômes qui formalisent, dans un contexte donné, une certaine aptitude à se conformer à une forme de pensée et une forme d’agir, ce qui devrait inciter a plus de modestie.

Les mouvements dits « populistes » demandent en réalité à la nouvelle classe dirigeante d’agir pleinement pour leur communauté de destin, leur nation, car pour l’heure, les élites "méritantes" se sont émancipées de toute responsabilité collective et prennent des décisions qui affaiblissent profondément la vitalité de notre pays sans en payer le prix.

Le souci du classement de la France dans le concert de la mondialisation apparaît bien dérisoire face au déclassement toujours plus grand des Français, relégués à n’être qu’une variable d’ajustement dans leur propre pays. S’il fallait choisir entre la France dans le monde et les Français, la nouvelle classe dirigeante se sauverait elle-même en faisant le bon choix.

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