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Affaire Josep Borrell : la diplomatie européenne se ridiculise à Moscou Abonnés

ARTICLE. Quatre-vingt-un députés européens exigent la démission de Josep Borrell, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères. Lors de sa visite à Moscou, trois diplomates, accusés d’avoir participé à des manifestations pro-Navalny, ont été expulsés. Une véritable « humiliation » pour l’Union Européenne.

Affaire Josep Borrell : la diplomatie européenne se ridiculise à Moscou
Publié le 9 février 2021

« Humiliation », « très compliquée »… c’est ainsi qu’a été qualifiée la visite du vice-président de la Commission européenne et Haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères Josep Borrell en Russie. Au beau milieu de sa visite, trois ambassadeurs européens (allemand, polonais et suédois) ont été expulsés pour avoir participé à une manifestation illégale de soutien à Alexeï Navalny. Le message était clair, l’UE n’a pas à s’occuper des affaires internes russes.

Le député européen et général d’armée estonien Riho Terras a envoyé une pétition à la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, signée par quatre-vingt-un députés, pour demander le congédiement de Josep Borrell en cas de non-démission de sa part. Il a notamment critiqué l’attitude bienveillante de l’Espagnol à l’égard de Moscou, à rebours de la posture agressive de certains Européens sur le dossier Navalny, alors même que l’accueil russe s’est avéré glacial. « Si l’un joue au hockey sur glace, l’autre ne peut pas faire du patinage artistique » a ainsi déclaré Riho Terras à Euronews et a ajouté « Le ministre russe des affaires étrangères a manipulé M. Borrell, l’a humilié, il a attaqué nos alliés, les USA, l’UE…  J’aurais espéré et attendu de Josep Borrell qu’il comprenne à quel point c’était humiliant et qu’il démissionne de lui-même ».

L’Union paraît désorganisée, affaiblie et incroyablement désunie. Le voyage de Borrell était le premier d’un officiel de l’UE en Russie depuis 2017. Pour ne pas perdre la face, l’Europe prépare donc la contre-attaque. Hier, Varsovie, Berlin et Stockholm ont annoncé qu’ils vont expulser chacun un diplomate russe. L’Ambassadeur de Pologne auprès de l’UE, quant à lui, demande à l’UE d’arrêter les investissements à Nord Stream 2, ce projet de gazoduc contesté, quand d’autres veulent des sanctions économiques à l’encontre des proches de Poutine.

Pas sûr que cela participe à réchauffer les relations, au « plus bas », entre Bruxelles et Moscou. Serguei Lavrov a rappelé durant la visite que la Russie travaillait à renforcer leur coopération avec l’Europe. Dans un communiqué officiel, il précise avoir « évoqué précisément l’importance de renforcer les relations entre la Russie et l’UE de manière systématique ». Mais les déclarations européennes sont perçues comme des ingérences et les sanctions jugées « de type colonial ».

Déjà, en janvier dernier, le Royaume-Uni, fraîchement sorti de l’Union Européenne, refusait d’accorder un véritable statut diplomatique à João Vale de Almeida, Ambassadeur de l’UE, au motif que l’Europe n’est pas un État nation. L’UE souffre donc d’un gigantesque déficit de légitimité diplomatique en plus d’une grande fragilité en raison de sa désunion sur la politique à adopter à l’international.

Alors que Josep Borrell devrait affronter un « interrogatoire musclé » ce mardi après-midi au Parlement Européen, il faudrait, plutôt que de le licencier de son poste, supprimer le poste en lui-même. Le Haut représentant a en effet un statut particulier (intergouvernemental par sa participation au Conseil Européen et supranational par son appartenance à la Commission). Or, la diplomatie est un domaine régalien essentiel et ne devrait être délégué d’aucune manière (même partiellement) à une entité alternationale. Face à la zizanie et aux errements maastrichtiens, il est nécessaire de rétablir une politique internationale française assurée et de dialoguer de chef d’État à chef d’État avec Vladimir Poutine.

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