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LVMH rachète le nom de la ville de Vendôme Abonnés

ARTICLE. Le conseil municipal de la ville du Loir-et-Cher a voté la privatisation de la marque « Vendôme » par le géant mondial du luxe. Cette cession a été accordée par la municipalité en échange de 10.000 euros et 500 emplois.

LVMH rachète le nom de la ville de Vendôme
Publié le 10 février 2021

La France, son patrimoine et ses régions...vendus à la découpe ? Ce n’est pas un scoop certes, mais la sidération enfle davantage à chaque privatisation. D’autant plus que c’est là une grande première. Il s’agit d’un nom de ville. En effet, le maire UDI Laurent Brillard a annoncé le vendredi 5 février dernier « la cession de la marque Vendôme entre la Ville et la société Louis Vuitton Malletier SA ». Le groupe LVMH, qui utilisait déjà « Vendôme » pour ses articles de maroquinerie (un des secteurs clés de la marque) ne pourra pas exploiter le nom de la ville « dans sa globalité mais bien pour ses seules créations de bijoux ». En fait, le contrat implique aussi l’horlogerie, les objets d’arts, les coffrets à bijoux, les figurines… C’est déjà pas mal non ?

Dans un communiqué posté sur Facebook, le maire s’est félicité des futures retombées économiques du contrat – et notamment la création de 500 emplois, en plus des 500 déjà créés dans le cadre de l’installation d’ateliers dans la commune en 2019. Mais cette cession définitive paraît relever du chantage à l’emploi à bas prix puisque le montant du contrat s’élève à… 10.000 €. C’est à peu près ce que Bernard Arnault – qui a réalisé 4,7 milliards d’euros de bénéfice en 2020 – gagne en 4 minutes. Vous avez dit honteux ?

Le maire a tenu à expliquer que « le nom "Vendôme" est utilisé partout dans le monde, sans qu'aucune autorisation ne soit nécessaire, pour bien d'autres catégories de produits et de services comme pour les cosmétiques, l'hôtellerie, l'immobilier... ». Cela justifie-t-il pour autant la cession à vie du nom d’une commune, administration publique, censée être protégée par le principe d’inaliénabilité du domaine public ?

Peu importe pour le géant du luxe, la cité, symbole absolu de la démocratie, n’est plus la propriété des citoyens, mais des richissimes oligarques, qui peuvent se permettre ce qu’ils veulent, quand ils veulent.

Dans le sillage du « naming », pratique de plus en plus répandue consistant à attribuer le nom d’une entreprise à un stade, un évènement ou une ligne de métro, les grandes entreprises partent désormais à la poursuite des villes. Mais où s’arrêteront-elles ? À l’heure où l’État recule partout, où la souveraineté nationale se dilue chaque jour un peu plus dans le secteur privé, voilà que les villes françaises, pour survivre, se vendent aux toutes-puissantes multinationales pour cueillir quelques emplois. Doit-on tout céder aux multinationales pour l’emploi ? La réindustrialisation des territoires doit-elle forcément passer par la soumission aux intérêts privés ? 

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