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L’Allemagne ferme ses frontières, l’UE voit rouge Abonnés

ARTICLE. Face à l’avancée du coronavirus et notamment de ses variants les plus contagieux, l’Allemagne a décidé ce dimanche de fermer ses frontières avec la République tchèque et le Tyrol autrichien ; décision très critiquée par l’Union Européenne.

L’Allemagne ferme ses frontières, l’UE voit rouge
Publié le 15 février 2021

C’est le genre de décisions qui ne fait pas rire Bruxelles. Selon Le Monde, Berlin a fermé une partie de ses frontières intérieures avec la Tchéquie et le Tyrol autrichien. Ces pays sont en effet particulièrement aux prises avec les variants britannique et sud-africain du coronavirus. « Un important dispositif d’un millier de policiers est mobilisé » pour assurer les contrôles aux points de passage. En outre, les liaisons ferroviaires sont suspendues entre ces zones et les arrivées aériennes soumises à des contrôles. La Moselle, département français où les variants circulent beaucoup, pourrait prochainement être sujette aux mêmes mesures.

De son côté, Bruxelles a regretté cette décision, et l’a fait savoir par l’intermédiaire de la commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides qui déclarait hier « Je peux comprendre la peur face aux mutations du coronavirus, mais il faut dire la vérité qui est que le virus ne se laissera pas arrêter par des frontières fermées ». Ce genre de déclaration rappelle étrangement la petite phrase d’Emmanuel Macron sur le virus qui « n’a pas de frontière, pas de passeport ». Ce véritable culte de la liberté de circulation est en effet bien ancré dans l’ADN de l’UE, puisqu’il fait partie des « quatre libertés » du marché unique tel qu’il fut conçu à sa création, et qu’il constitue un des attributs de la citoyenneté européenne établie par le traité de Maastricht.

Pourtant, l’Allemagne est dans son plein droit. Il existe en effet des exceptions à la liberté de circulation des personnes au sein de l’UE. L’article 45, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne, prévoit que tout État membre peut limiter l'entrée ou le séjour de certains travailleurs « pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique et de santé publique ». La pandémie de coronavirus correspond bien à ce dernier point. Le ministre allemand de l’Intérieur a donc estimé que la Commission européenne « a commis assez d’erreurs » pour pouvoir se permettre de critiquer les États sur leur gestion de la crise.

Lorsque plusieurs acteurs souhaitent avoir la mainmise sur une prérogative, il y a bien souvent des tensions ; c’est ce qui se passe sur la lutte contre le virus, et qui provoque une dispute entre États et Commission. L’Europe souhaitait amorcer une gestion commune de la pandémie, mais force est de constater que les réflexes nationaux sont plus forts. Face aux moments de grands dangers, face aux moments de crises historiques, l’échelle décisionnelle la plus pertinente semble toujours être – en dépit de tous les efforts mis en branle par la machine institutionnelle bruxelloise – celle de l’État-nation.

Ne soyons pas pour autant naïfs sur l’attitude de Berlin. Si l’on analyse de façon réaliste la politique européenne allemande, on se rend assez vite compte que, outre-Rhin, on soutient tantôt une vision supranationale de l’Europe pour gagner en puissance diplomatique – songeons au vice-chancelier allemand Olaf Scholz qui déclarait en 2018 qu’il faudrait que l’UE remplace la France en tant que membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU – tantôt, on affirme ses intérêts nationaux, comme hier en fermant ses frontières face à la pandémie, pour protéger son pays.

Mais cette attitude ambivalente, faussement contradictoire, n’est pas l’apanage de l’Allemagne. À vrai dire, presque tous les pays agissent ainsi, défendant par tous les moyens leurs intérêts supérieurs. Seule la France, et l’Union Européenne, semblent encore s’étonner qu’un État puisse contester le tout-puissant dogme de la libre-circulation et des frontières ouvertes.

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