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Informatique : les pépites françaises une fois encore pillées par des entreprises américaines Abonnés

ARTICLE. La start-up française Sqreen vient d’être rachetée par la société américaine Datadog. Un nouveau coup dur pour le cyber français après l’acquisition d’Alsid par Tenable, le 10 février dernier. Alors que l’Hexagone regorge de talents, ces derniers peinent à briser le plafond de verre par manque d’investissements.

Informatique : les pépites françaises une fois encore pillées par des entreprises américaines
Publié le 16 février 2021

C’est une nouvelle offensive américaine sur la filière cyber française. Une enquête du magazine Challenges montre en effet comment les start-up tricolores de l’informatique sont croquées une à une : « en une semaine, ce sont ainsi deux sociétés du top 10 des start-up cyber françaises (…) qui sont reprises par des acteurs américains ».

En effet, après Sentryo et Alsid, c’est désormais Sqreen, un « spécialiste de la sécurité des applications », qui passe sous le giron d’une entreprise américaine, ici, Datadog. Cette prédation est inquiétante tant le secteur est porteur. Mais l’acheteur américain Datadog est en partie… français puisque ses fondateurs s’appellent Olivier Pomel et Alexis Lê-Quôc. Faut-il s’en réjouir ? Probablement pas, car cela pose également la question de la fuite des cerveaux, de plus en plus préoccupante en France et révélatrice d’un manque de moyens.

Si, côté Français, on regrette cet exode technologique, Gérôme Billois, du cabinet Wavestone, confie à Challenges qu’il est « le signe de l’attractivité du secteur cyber français, qui sait produire de très belles start-up ». En effet, le « rapport de Philippe Tibi, remis à Bruno Le Maire en juillet 2019 » faisait état d’un vivier d’entreprises technologiques important dans l’Hexagone, entreprises aux compétences indiscutables.

Alors, qu’est-ce qui empêche ces start-up d’accéder au statut de « licorne » (terme qui désigne une entreprise valorisée à plus d’un milliard de dollars) ? Selon le rapport, la croissance de ces firmes est « ralentie par le manque de financement en late stage ». Si une start-up française « peut lever 10 ou 20 millions d’euros en France », elle ne peut pas lever plus de 100 millions d’euros, dotation nécessaire pour être catapulté comme potentielle licorne.

À l’inverse, le Royaume-Uni mise beaucoup sur les futurs géants de l’informatique puisqu’avec ses trois pépinières NSCS Cyber Accelarator, Lorca, et Cylon, elle favorise les levées de fonds à destination des start-up prometteuses. Résultat : « la pépite cyber Darktrace est en train de s’imposer comme un géant mondial (…) et vise une valorisation de 5 milliards de dollars ».

Pourtant, la France veut faire des efforts et rattraper son retard. Le fonds français ACE Management a été par exemple « très actif ces derniers temps (…) soutenant notamment Tehtris, Egerie, Quarkslab ou Dust Mobile ». Mais ses dotations sont insuffisantes pour percer le plafond de verre. En outre, le fonds French Tech Souveraineté révélé l’année dernière par l’exécutif et ayant suscité beaucoup d’espoir notamment pour la filière de la cybersécurité, « n’est toujours pas opérationnel huit mois plus tard ».

Les talents français sont nombreux, variés et créatifs mais ils leur manque, pour s’installer comme acteur qui compte dans leur domaine, le coup de pouce financier final, par manque de fonds privés et publics. Il est extrêmement dommageable que ces perles, façonnées par le système éducatif national – lui-même financé par le contribuable français – finissent sous pavillon américain.

Alors que le gouvernement devrait annoncer, ce jeudi 18 février, « un grand plan cyber », espérons qu’il prenne la mesure du péril technologique à l’œuvre. Car si nous regrettons amèrement l’époque de notre tissu industriel florissant, il s’agit désormais de faire émerger, et de protéger, les jeunes pousses du cyber, qui peuvent constituer un atout essentiel pour notre économie d’aujourd’hui et de demain.

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