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À Djibouti, la Chine détrône progressivement la France Abonnés

ARTICLE. Par ses investissements massifs, la Chine prend une place grandissante dans le jeu d’influence diplomatique que se disputent les grandes puissances à Djibouti. Officiellement qualifiée de « logistique », la présence chinoise inquiète par son ambition et sa densité militaire.

À Djibouti, la Chine détrône progressivement la France
Publié le 16 février 2021

Pays infiniment précieux par sa stabilité et sa localisation au sein d’une des régions les plus turbulentes et stratégiques du monde, Djibouti n’est plus seulement sous le giron de la France. À proximité du détroit de Bab-el-Mandeb, lieu de passage commercial ô combien essentiel entre la Mer Méditerranée et l’Océan Indien, Djibouti fait figure de place stratégique déterminante dans le dispositif militaire français qui dispose de près de 2.000 militaires des trois composantes (Terre, Mer et Air).

Cependant, l’influence française sur ce territoire a largement perdu du terrain à mesure que les effectifs militaires ont diminué (baisse significative depuis 2015) ; et c’est la Chine qui en profite le plus. Selon Sonia Le Gouriellec, docteur en sciences politiques interrogée par Le Point : « Quand les Chinois sont arrivés, c'était l'euphorie ». En effet, les grands travaux et les projets d’infrastructures lancés par Pékin dans le cadre de la politique des « nouvelles routes de la soie » ont séduit le pays, en manque d’investissements et de revenus.

Ainsi, alors que Total et BNP Paribas quittent le pays, les grandes entreprises chinoises prennent le relais, à l’instar de la China Civil Engineering Construction Corporation qui a modernisé la vieille ligne des chemins de fers française reliant Djibouti et Addis-Abeba ou l'Exim Bank of China qui a financé cet investissement parmi bien d’autres.

En outre, la Chine a inauguré en 2017 une base navale – sa plus importante base militaire à l’étranger – ayant coûté 600 millions d’euros. Initialement prévue pour 400 soldats, la base abrite actuellement 10.000 soldats qui participent régulièrement à des exercices militaires impressionnants, ce qui « agace » quelque peu les autorités djiboutiennes, et probablement les autres puissances du pays.

En effet, l’ancienne colonie française – et dernière colonie européenne d’Afrique – s’est largement ouverte aux autres pays, car d’autres acteurs se disputent pour avoir une place au soleil. Les États-Unis y ont ainsi leur seule base militaire permanente du continent, tandis que le Japon, l’Allemagne et l’Italie y ont installé un avant-poste afin de lutter contre la piraterie qui touche leurs navires commerciaux au large de la corne de l’Afrique.

Djibouti a annoncé vendredi 12 février vouloir renforcer son partenariat avec la France. La présence de cette dernière, qui contribue à hauteur de 4% au PIB de Djibouti, semble regrettée par les politiques djiboutiens : « La question est de savoir si la France cessera de nous tourner le dos comme elle le fait depuis vingt ans » balaye ainsi l’un d’entre eux à Valeurs Actuelles. Mais entre intérêts stratégiques et position diplomatique, le gouvernement français avance sur la pointe des pieds sur le dossier.

En effet, le président Ismaël Omar Guelleh veut se présenter pour un cinquième mandat au mois d’avril prochain, après avoir fait modifier la Constitution pour supprimer la limite de nombre de mandats présidentiels. Il faudra cependant faire preuve d’audace pour conserver ce partenaire stratégique essentiel et contrebalancer la tentative de colonisation chinoise de Djibouti.

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