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L'impossible et illusoire islam de France (Partie 2) Abonnés

OPINION. Ceux qui se pâment devant la signature de la charte des principes pour l'islam de France n'ont peut-être pas analysé en détail son contenu. C’est ce qu’a fait Philippe Franceschi pour nous en proposer une approche détaillée et tranchée. Deuxième partie d’une analyse brûlante.

L'impossible et illusoire islam de France (Partie 2)
Publié le 18 février 2021

Une réforme qui se heurtera à une concurrence effrénée des organismes musulmans, contraire à la structuration recherchée

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) dont le président de 2017 à 2019, Ahmet Ogras d’origine turc proche de Erdogan, a déclaré que « le culte musulman est une religion, donc elle gère elle-même sa maison » a déjà créé sa propre structure financière de type association cultuelle à l'été 2018 afin de prendre les devants et l'a intégré à ses statuts en mars 2019, après un désaccord profond avec un collectif de grandes mosquées favorable à une décentralisation départementale. Mais c'était sans compter sur Hakim El Karoui, de l'institut Montaigne et ancien de la banque d'affaires Rothschild, qui est à l'origine de la création le 05 avril 2019 de l’AMIF. A la fois association 1901 culturelle et association 1905 dans un second volet cultuel, elle est destinée à contrecarrer la volonté hégémonique de gestion financière du CFCM. Ces chicayas se produisent sur fond de guerre intestine pour savoir qui va s'imposer aux yeux de l’État. Hakim El Karoui affiche l'espérance d'une insertion paisible de l’islam dans la République en répartissant les rôles. A l'AMIF le volet financier et religieux, en particulier la formation et la rémunération des imams, la construction de mosquées, mais aussi l’amélioration de l'image de l’islam en France, la lutte contre la radicalisation, la xénophobie, le racisme, en particulier antimusulman, l’antisémitisme... Véritable caisse de financement, l'AMIF espère obtenir la régulation économique des marchés du halal et le statut de régulateur officiel des agences de voyage qui organisent le pèlerinage à la Mecque, en Arabie saoudite, en percevant à ce titre une rémunération. Encore faudra-t-il l'accord de l'Arabie Saoudite, ce qui n'est pas acquis et encore sous quelles conditions ? Au CFCM reviendrait le rôle institutionnel malgré qu'il soit de moins en moins représentatif et à la Fondation pour l'islam de France (FIF) la partie culturelle. Force est de constater que le CFCM semble avoir repris le dessus auprès d'Emmanuel Macron mais la partie est loin d'être terminée.

Un conseil théologique consensuel et un contrôle de la formation des imams illusoires

La création d'un Conseil théologique « indépendant » est également prévue au programme de l'AMIF. Belle intention bien loin de la réalité. Bernard Godard, qui a été de 1997 à 2014 l'expert de l'islam au ministère de l’Intérieur n'est pas optimiste sur une telle fusion des instituts de théologie et je partage son opinion à l'heure où se multiplient les Conseils théologiques en France, jusqu'au niveau départemental parfois. Le CFCM, la grande mosquée de Paris et l'ex-UOIF possèdent chacun le leur et je ne vois pas quelle autorité religieuse pourrait les unifier. L'existence de ces conseils est considérée comme un facteur d'influence et d'indépendance.

Il est aussi vain d'essayer d'organiser la formation des imams et un clergé qui n'existe pas en islam, comme veut le faire cette réforme avec la création au sein du CFCM d'un Conseil national des imams de France (Cnif) et l'élaboration d'une charte de l'imam. L’état ne peut que suggérer et les expériences tentées ont échoué. En effet, « les diplômes universitaires « laïcité » se sont multipliés depuis les attentats de 2015, formant 400 personnes par an, mais peu de participants sont des imams. Tout au plus 5 sur des promotions de 20 à 30 » (8). D'ailleurs les réactions d'hostilité n'ont pas tardé. Pour le Conseil des mosquées du Rhône dont la Grande Mosquée de Lyon fait partie, l'initiative ne fait que « renforcer le désintérêt » des musulmans de France à l’égard d'un CFCM imposé par le haut et qui ne dispose d’aucune légitimité ni d’aucun mandat de la base ». Chaque mouvance à déjà ses lieux de formation (9). Je ne vois donc pas comment notre État laïque pourrait imposer une formation des imams dans un seul pôle et je ne suis pas sûr que cela soit même souhaitable quand on sait l'emprise des frères musulmans dans notre pays. N'oublions pas que cette confrérie soutenue par le Qatar, est considérée comme organisation terroriste par l’Égypte, la Russie, l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis. Le livre « Qatar papers  » (éditions Michel Lafon), de Georges Malbrunot et Christian Chesnot révèle la cartographie du prosélytisme en France et en Europe mené par Qatar Charity, la plus puissante ONG de l’émirat afin de financer écoles libres ou sous contrat avec l’État, mosquées ou centres islamiques. Et l’État est testé comme par exemple avec le cas de l'école musulmane d’Échirolles (38), d'inspiration salafiste, qui a porté plainte en mai 2019 devant la Cour de Justice de la République contre Jean-Michel Blanquer qui veut la fermer, une façon de se victimiser. D'autre part et pour l'anecdote, la proposition d'Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente de la CDU allemande le 11 mars 2019 de proposer de créer en Europe des "chaires Nathan le Sage" de fraternité religieuse (10) pour former nos propres imams et nos propres enseignants dans cet esprit, n'est évidemment pas recevable. La solution ne peut être que l'interdiction de la venue d'imams étrangers et des prêches en arabe, ainsi que la fermeture des mosquées et centres de formation aux discours radicaux (sans les rouvrir par la suite comme ce fut les cas par Emmanuel Macron en Novembre 2017 après l'état d'urgence). Dans un registre similaire, il est également indispensable d'interdire les prières de rue et les créations intempestives de lieux de culte que l'on appelle « l'islam des caves »,pour des raisons de sécurité. L'exemple de Creil, emblématique est là pour nous le rappeler. Une grande mosquée y a été inaugurée en 2003 qui devait fédérer tous les musulmans de la ville mais une nouvelle mosquée a été inaugurée en 2013 et trois autres petits lieux de culte se sont créés, ce qui fait sur à peine 1 km de distance, cinq mosquées qui se font face.

Plusieurs signes laissent à penser qu'Emmanuel Macron n'a pas de réelle volonté de s'opposer à la montée de l'islamisme en France

Sur la défense de la laïcité, Emmanuel Macron s'est dit intraitable avec l'islam politique lors de sa conférence de presse du 17 avril 2019, mais ses actes ne suivent pas. Il a une vision molle et étriquée de la laïcité, la réduisant à un devoir de l’État et des services publics, mais pas de la société dans son ensemble, acceptant justement l'envahissement des signes religieux dans l'espace public et collectif comme dans l'entreprise. Or, La laïcité « fait partie de l’identité de la France ». Elle est considérée comme un principe structurant de la vie publique pour 77 % des français (11). Les coups de boutoir de l'islam radical qui a déjà gagné la bataille interne à cette religion sur le voile et le halal montrent bien que ce sont les contours de la laïcité qui ont besoin d’être affirmés dans l'espace public, collectif mais aussi politique, par la modification de l'article 1 de la constitution. A cet égard, la création d'une liste musulmane ouvertement confessionnelle de l'Union des Démocrates Musulmans de France (UDMF) pour les élections européennes de 2019 est révélatrice du dévoiement actuel de la laïcité. Mais le débat ne doit pas glisser vers le religieux, opposant catholiques et musulmans, alors qu'il oppose citoyens français et musulmans. Autre accroc d'Emmanuel Macron lors de la conférence des évêques de France au Collège des Bernardins le 08 avril 2018, lorsqu'il a souhaité un engagement politique des catholiques notamment pour l'Europe. Quelle curieuse conception de la laïcité. C'est véritablement irresponsable et ouvre la boîte de pandore pour l'islam politique.

Sur le port du voile islamique, les comportements religieux identitaires et le refus du « vivre ensemble »

Emmanuel Macron a aussi une vision très libérale du port du voile islamique. Pour lui, « le débat sur le burkini n'a rien à voir avec la laïcité, éventuellement avec l'ordre public » et « une jeune fille peut porter le voile islamique si c'est un acte volontaire » (12). Quelle naïveté ! En 2017, l’université d’al-Azhar a définitivement statué sur le fait que ce n’était pas une obligation islamique (13). Porter le voile a une signification politique de sécession, caractérisée par un refus du vivre ensemble mais à côté, une façon de montrer que l'on n’appartient pas à la communauté nationale mais à l'islam. Donc, s’il ne trouble pas la laïcité au sens strict, le voile islamique (comme le port du burkini ou encore le hijab pour sportive) trouble le vivre en commun collectif et correspond, en cela, à un trouble à l’ordre public au sens de l’article 1 de la loi de 1905 (14). Ce n'est pas un refus de la tradition de l'autre de la part des français. Le port du voile est aussi le signe d'une relégation de la femme, et in fine le signe d'une radicalisation. Ghaleb Bencheikh, autant intellectuel que religieux, le sincère soufi utopiste qui souhaitait revivifier la théologie musulmane et qui vient d'être élu à la tête de la Fondation de l'Islam de France (FIF), s'est engagé à venir à bout de l'extrémisme par la culture et l'éducation. Il est symptomatique de voir qu'en affirmant que le port du voile était une atteinte à la dignité humaine dans les colonnes de Marianne, il s'est fait étrier sur les réseaux sociaux et vivement remis à sa place par le président du CFCM, qui a dénoncé une campagne outrageante et rappelé la pseudo prescription coranique. Sa mission à la tête de la FIF est déjà bien compromise avant même d'avoir commencée.

Et que dire des nouveaux apôtres de la soumission à l'islam que sont Christophe Castaner, le député ex-Larem Aurélien Taché qui compare le voile avec le serre-tête chrétien ou le député Larem Jean-Michel Fauvergue qui assimile le prêche en arabe à la messe en latin...ou encore le député Larem Christophe Lejeune, accompagné d'un député LFI Bastien Lachaud qui ont véritablement perdu la boussole et veulent supprimer la fête des saints patrons dans les armées... ! C'est la lâcheté et la soumission qui préexistent à tous les étages. Là aussi, la seule décision responsable est l'interdiction de tout signe religieux ostentatoire, donc du voile islamique et autre djilbab ou hijab, dans l'espace public, collectif et politique. De plus, qui peut donc croire en la volonté de fer d'Emmanuel Macron d'exercer une plus grande répression contre les prédications contraires à l’ordre public, lui qui a laissé organiser un « grand débat » dans la mosquée islamiste Islah à Marseille en présence du député LREM Saïd Ahamada.

Quelles sont les autres mesures urgentes à prendre et que ne propose pas Emmanuel Macron

Redisons-le, cette réforme ne met pas fin à l'influence financière étrangère sur l'islam en France. Outre les mesures proposées ci-dessus qui me semblent nécessaires à mettre en œuvre, desserrer l'étau de l'islam radical dans notre pays nécessite des décisions courageuses telles que l'interdiction de l'organisation frèriste des « musulmans de France », ex UOIF, et de tous ses centres satellites, et plus généralement de tous les courants Tabligh ou encore milli gorus turk ainsi que la fin de l'expansion de l'influence des pays du golfe qui bénéficient d'avantages fiscaux incroyables depuis 1990. C'est le cas du Qatar, en particulier depuis 2008, en échange d'investissements dans nos « quartiers » (15). Sur le plan pénal, le président de la république a annoncé le dépôt d’une proposition de loi pour contrer la prolifération des propos racistes et antisémites sur le net en « renforçant la pression sur les opérateurs » car à côté malheureusement de l’antisémitisme traditionnel, se déploie un antisémitisme fondé sur l’islamisme radical. Alors, pourquoi ne pas faire la même chose avec les propos salafistes relevant d'un islam radical de plus en plus prosélyte et contraires à nos valeurs ? Actuellement, seul l'apologie du terrorisme ou la provocation à des actes terroristes sont condamnés par l'article 421-2-5 du code pénal. Sur le plan sécuritaire, l’islamisme paraît de prime abord moins dangereux que le djihadisme, dans la mesure où il n’implique pas nécessairement le recours à la violence, mais tous les terroristes et djihadistes sont des islamistes. La distinction entre Islam, islamisme, islam radical ou encore islam politique est artificielle et la porosité est la règle comme le révèle le sondage de l'Ifop de septembre dernier sur les musulmans de moins de 25 ans. Il y a donc bien un risque plus grand de radicalisation parmi eux et par voie de conséquence un risque plus grand pour la société de passage à l'acte terroriste endogène. Chaque attentat met en évidence une cascade de complicités allant de la relativisation à l’apologie, de l’indulgence à la justification, le tout enrobé d’un complotisme victimaire. Par ailleurs, rebaptiser « quartiers de reconquête républicaine » les « quartiers sensibles de non-droit » où le trafic de drogue cohabite avec l'islamisme est un écran de fumée qui ne doit pas tromper car aucune mesure sérieuse ne suit, alors que cela nécessiterait un vaste plan national de reconquête sécuritaire de ces zones de non-droit. Si rien n'est fait, nous allons vers une guerre civile. La lutte contre l'islamisation de la France est sans doute le principal défi existentiel qui nous attend, y compris au niveau européen avec l'immigration musulmane incontrôlée à laquelle il faut mettre fin. Le retour volontaire en terre musulmane, la remigration de ceux qui ne partagent pas nos valeurs ne doit pas être un tabou et pouvoir aussi s'organiser sans violence par entente mutuelle. Malheureusement, Emmanuel Macron n'a pas la carrure et l'épaisseur suffisantes pour s'opposer à l'évolution en cours. Alors, il faut que les français réagissent au travers d'un rassemblement national de défense de la laïcité, de notre identité et de notre culture occidentale, avant qu'il ne soit trop tard.

(8) Le figaro du 21/09/2018.

(9) L’ex UOIF possède deux instituts à Saint-Denis et à Château-Chinon, la Grande mosquée de Paris (proche de l’Algérie) en abrite un dans ses locaux à Paris, l’institut Al-Ghazali et l’Union des mosquées de France (UMF), proche du Maroc, a annoncé le 2 avril 2019 l’ouverture de l’Institut de formation des imams et morchidates (prédicatrices)

(10) Nathan le sage (en allemand Nathan der Weise) est le personnage éponyme de la pièce en cinq actes de Gotthold Ephraim Lessing. La pièce est publiée le 14 avril 1779 mais ne sera représentée pour la première fois à Berlin qu’en 1783, deux ans après la mort de l’auteur. C’est un fervent partisan de la tolérance religieuse

(11) Enquête viavoice pour l'observatoire de la laïcité janvier 2019, enquête qui fait apparaître des défis d’avenir liés à la laïcité : le premier de ces défis et le seul exprimé par une majorité de l’opinion publique, est « la montée des intolérances entre les différentes communautés religieuses » (57 %), devant « les crispations engendrées par le port de signes visibles de certaines religions » (44 %) qui ont pourtant davantage fait l’actualité ces dernières années.

(12) Emmanuel Macron lors du débat avec des intellectuels à l'Elysée, le 18 mars 2019

(13) Le verset 31 de la sourate XXIV est un appel à la pudeur. « Et dis aux croyantes de baisser leur regard, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines... »

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(14) Art 1 de la loi de 1905 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public ».

(15) Proposition de création d’une commission d’enquête Parlementaire de Gilbert Collard https://rassemblementnational.fr/interventions/proposition-de-creation-dune-commission-denquete-parlementaire-de-gilbert-collard/

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