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Insee : la moitié des naissances du 93 concerne des mères nées à l’étrangers Abonnés

ARTICLE. Une récente étude de l’Insee permet de mettre à jour une donnée non négligeable du phénomène migratoire français. Un tiers des femmes en âge de procréer en Seine-Saint-Denis sont nées à l’étranger. Avec 54,2% de naissance de mères étrangères en 2019, le département fait face à un véritable bouleversement démographique.

Insee : la moitié des naissances du 93 concerne des mères nées à l’étrangers

ERRATUM : Dans sa première version, l'article mentionnait une statistique erronée : les 36,4% évoqués ne concernaient pas les femmes ayant donné naissance entre 2016 et 2018, mais les femmes en âge de le faire.  

Il est le premier des départements de la métropole à afficher des pourcentages aussi élevés : en Seine-Saint-Denis, 36,4% des femmes en âge de procréer sont nées à l’étranger. Soit plus d’un tiers, dans un département qui affiche le taux de fécondité le plus élevé de la métropole, avec un indicateur conjoncturel de fécondité (IFC) de 2,42 enfant par femme. Un chiffre publié par l’Insee, dans son étude intitulée “La fécondité baisse moins dans les grandes métropoles”, publiée le 9 février. Des données qui viennent s’ajouter à cette autre étude de l’Insee du 22 septembre 2020, qui révélait que 54,2 % des naissances en Seine-Saint-Denis étaient du fait de mères nées à l'étranger.

Historiquement, démographiquement, la Seine-Saint-Denis est une terre d’immigration assumée : “la diversité et l’immigration sont dans l’ADN de notre département” déclame régulièrement Stéphane Troussel, le président du Conseil départemental. Toujours selon l’Insee, les immigrés étaient 415 593 en 2009, et représentaient 27% de la population du 93. Un pourcentage qui n’a cessé de progresser pour atteindre, en 2019, 30%, avec 473 000 étrangers. La Seine-Saint-Denis est le 6ème département le plus peuplé de France.

Une tension démographique qui pose un certain nombre de questions qui, généralement, sont propices à la polémique. Vijay Monany, conseiller départemental LR avait d’ailleurs mis les pieds dans le plat, plongeant son propre camp dans l’embarras. Dans des propos de 2017, reportés par le Parisien, il s’était exprimé ainsi :”Je vous le dis, calmement, fermement, monsieur le Président (Ndlr: Stéphane Troussel) vous aurez beau urbaniser toute la France, vous ne parviendrez pas à loger toute l'Afrique.” Surenchérissant par la suite : “Je ne suis pas un français de souche, même si je suis né au Blanc-Mesnil. J'ai appris le français à l'école. Et si j'ai pu le faire, c'est parce que nous n'étions pas trop nombreux. Aujourd'hui ce n'est plus le cas et l'assimilation devient donc impossible.”

Des propos qui s’opposent frontalement avec ceux du président du conseil PS, qui défend une vision idyllique de son département. Pour autant la Seine-Saint-Denis est en souffrance et peine à absorber convenablement et dignement cette démographie. L’Insee relève qu’un tiers des habitants du département vivent dans un logement sur-occupé, tout en spécifiant que les ménages issus de l’immigration “sont plus à risque d’être en situation de sur-occupation.” Le département affiche un taux de pauvreté inquiétant. En 2015, plus de 160 000 allocataires vivaient en dessous du seuil de 1 043 € par mois.

Outre cette difficulté à absorber la démographie et l’afflux migratoire sans cesse appelé de ses vœux par Stéphane Troussel, se pose la question des tensions communautaires : le nombre de familles juives a considérablement diminué en vingt ans (à titre d’exemple, de 600, elles sont passées à 100 au Blanc-Mesnil). L’Islam a pris une importance grandissante, relevée par cinq étudiants en journalisme pilotés par Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans l’ouvrage Inch'Allah publié en 2018. L’ouvrage et les problématiques soulevées ont été balayées d’un revers de la main par Stéphane Troussel, qualifiant les deux reporters de “polémistes à deux sous”, usant “d’expressions (...) racoleuses et peu nuancées."

Jean Pierre Chevènement s’était lui aussi attiré les foudres séquano-dionysiennes en août 2016, quand il avait déclaré au micro de France Inter : “Il y a à Saint-Denis (...) 135 nationalités, mais il y en a une qui a quasiment disparu”. Des propos jugés inacceptables pour l’élu de Seine-Saint-Denis qui avait réclamé à Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur et des Cultes de renoncer à la nomination du “Che” à la tête de la Fondation pour l'islam de France. Le député (PS) de Seine-Saint-Denis, Mathieu Hanotin avait également réagi vivement : “la ligne rouge a été franchie lorsque (Jean-Pierre Chevènement) a alimenté la théorie du grand remplacement.”

Quelle que soit l’expression consacrée, une constatation demeure : la Seine-Saint-Denis est un département extrêmement pauvre et en souffrance. La machine à assimiler tousse. Alexis Corbière, dans une tribune publiée dans le JDD, le 6 février 2021, pointe l’une des conséquences directes : le département connait une ségrégation au sein même de l'école publique : “selon le quartier où ils se situent, les établissements n'accueilleront ni la même population, ni les mêmes équipes pédagogiques. Ici les meilleurs élèves, issus de milieux bourgeois, encadrés par des enseignants en fin de carrière et installés dans des locaux bien entretenus.” A propos de la scission entre l’école publique et privée, il conclut de façon lapidaire, évoquant : "cet aveuglement" qui "fait le lit du repli identitaire et religieux."

Une conclusion que l’on aimerait bien étendre à la politique du Conseil Départemental de Seine-Saint- Denis.

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