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À bout de souffle, les musées implorent une réouverture Abonnés

ARTICLE. Fermés depuis le 30 octobre 2020, les musées n’en peuvent plus. Leur trésorerie au plus bas, ils désespèrent de pouvoir un jour rouvrir leurs portes. Une action immédiate du gouvernement est nécessaire pour sauver les établissements les plus vulnérables.

À bout de souffle, les musées implorent une réouverture

C’est une question de vie ou de mort. Désabusés par la situation sanitaire, ils ne parviennent plus à joindre les deux bouts. S’ils avaient espéré une embellie entre les deux confinements et une « fenêtre de tir » pour accueillir des visiteurs après le deuxième confinement, les musées ont vite compris que la conjoncture économique morose allait se poursuivre encore longtemps. Trop longtemps peut-être ?

C’est l’avis du maire RN de Perpignan Louis Aliot qui a décidé le 9 février dernier, à l’encontre des dérives sanitaires du gouvernement, de rouvrir quatre musées de sa ville, décision rapidement suspendue par le tribunal administratif de Montpellier, saisi par la préfecture. Le maire socialiste d'Issoudun (Indre) a également annoncé la réouverture de son musée, en dépit des règles en vigueur.

Les petits musées, sans recettes, ne peuvent plus payer leur loyer. C’est le cas par exemple du musée de l’Éventail à Paris. Comme le rapporte Le Parisien, malgré sa collection impressionnante et son inscription au « patrimoine culturel immatériel », le musée de Anne Hoguet ne reçoit plus personne depuis un an et ne peut donc plus payer son loyer. Sous la menace d’une résiliation du bail par un huissier, Anne Hoguet a appelé à l’aide les Parisiens.

Même son de cloche dans… certains châteaux. Par exemple, le célèbre château de Chantilly, doté du musée Condé qui abrite la deuxième collection française de tableaux, peine désormais à sortir la tête de l’eau. Sans ses 450.000 visiteurs annuels, le site ne peut tout simplement pas assurer ses charges mensuelles qui s'élèvent, selon Les Échos, à 1,3 million d'euros. Le château a donc dû lancer une campagne de financement participatif pour lever des fonds. Malgré la protection directe de l’État, le prestigieux domaine ne pourra retrouver des couleurs qu’en cas de réouverture rapide.

En fait, même les musées publics, en étant fermés, perdent de l’argent selon David Vuillaume, Président du réseau européen des associations de musées. Il confie ainsi à Alternatives Économiques que le manque s’élève « à 1 000 euros par semaine pour 50 % des musées qui sont des petits musées ». Les plus grands musées, eux, souffrent de la disparition totale du tourisme, véritable tragédie pour la France, première destination touristique du monde.

Face à ces revendications, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a annoncé le 8 février que les musées et les monuments seraient les premiers à rouvrir "quand nous aurons une décrue". Certaines villes comme Bordeaux et Beauvais se sont déjà portées candidates pour tester un protocole de réouverture rapide. Les musées ont assuré qu’ils étaient capables d’assurer une ouverture sécurisée avec des précautions sanitaires renforcées. En Europe, à l’heure actuelle, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, le Luxembourg, le Portugal et la Pologne ont ouvert les portes de leurs musées.

Outre les conséquences socioéconomiques désastreuses, les musées ne sont pas des lieux comme les autres. Lieux éminents de culture, on ne peut les dire « non essentiels ». Témoins des civilisations, du patrimoine, de l’histoire de notre pays et des pays étrangers, ils sont les protecteurs des créations humaines, des artefacts des nations et des peuples. Et puisque flâner masqué dans les allées d’un musée n’est certainement pas plus dangereux que faire ses courses dans un supermarché après avoir pris un métro bondé…on voit mal ce qui pourrait encore longtemps légitimer leur abandon.

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