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OTAN : Biden ne transigera pas sur les budgets Abonnés

ARTICLE. Joe Biden attend des États membres de l’OTAN qu’ils respectent leurs engagements budgétaires : ils doivent consacrer 2% de leur PIB à leur Défense nationale. Une ingérence qui avait déjà engendré des remous entre Donald Trump et l’Allemagne et que le nouveau président américain entend redéployer.

OTAN : Biden ne transigera pas sur les budgets
Publié le 18 février 2021

Une nouvelle ère s’ouvre. La réunion des ministres de la Défense de l'OTAN, qui se tient virtuellement depuis hier et qui s’achève aujourd’hui, est placée sous le signe du dialogue. Tout du moins en apparence. Car si Joe Biden espère renouer avec ses amis européens, il n’entend pas revenir sur les fondamentaux des règles budgétaires qui régissent l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. Le nouveau président des Etats-Unis a tenu à ce que Lloyd Austin, le nouveau chef du Pentagone, fasse passer ce message de fermeté lors de la réunion : les pays doivent ou devront consacrer 2% de leur PIB à leur Défense d’ici 2024.

Si la volonté d’un dialogue plus apaisé entre l’Europe et les États-Unis semble avérée, Joe Biden ne fait ni plus ni moins que poursuivre la politique des budgets de Donald Trump. Le chemin pour y parvenir sera plus doux en apparence mais la finalité demeure. Le président déchu n’était pas franchement connu pour sa souplesse diplomatique. Après avoir renforcé, contrairement à Barack Obama, les effectifs militaires américains en Europe, il était sorti de ses gonds en 2018. L’Allemagne était alors dans son viseur.

Lors du sommet de Bruxelles, en juillet, il s’était emporté : “L’Allemagne paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela? Ce n’est pas juste ! “. Une réaction motivée par la mauvaise volonté supposée de l’Allemagne quant aux 2% de PIB à atteindre. Avec 1,38% en 2019, le pays de Merkel était loin du compte et Donald Trump avait décidé de déplacer 9 500 soldats américains hors d'Allemagne, en guise de punition.

Une sanction qui ne verra vraisemblablement pas le jour, Joe Biden ayant pour le moment décidé d’opter pour le statu quo. Un geste accordé pour renouer avec l’Europe qui, de son côté, brandit l’arlésienne de la Défense européenne en guise de menace chimérique. Lors de son discours sur la stratégie de défense et de dissuasion devant les stagiaires de la 27ème promotion de l'École de guerre, le 7 février 2020, Emmanuel Macron avait appelé de ses vœux une Europe définissant sa propre stratégie de défense souveraine, indépendante des Etats-Unis. Une idée qui a peu de chance d’aboutir, tant les pays de l’Europe de l’Est craignent la Russie et sont désormais habitués à vivre sous tutelle étasunienne.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN rappelle qu’il y a avant tout besoin d’unité : “Je ne crois pas à l’Amérique seule, je ne crois pas à l’Europe seule, je crois à l’Europe et à l’Amérique du Nord ensemble dans l’OTAN” explique-t-il. Reste à se demander quels intérêts défend l’OTAN. En adressant ses félicitations à Joe Biden, lors de son investiture, Jens Stoltenberg a rappelé quelles sont les menaces qui planent sur la planète : “les pays membres de l’OTAN doivent rester unis pour faire face aux conséquences de la montée de la Chine en matière de sécurité, à la menace terroriste, notamment en Afghanistan et en Iraq, et à une Russie qui s’affirme davantage”. Interrogé sur un possible déplacement des troupes basées en Pologne, le ministre en charge de la défense, Lloyd Austin, est allé un peu plus loin : “Notre position en Europe est essentielle pour nos intérêts de sécurité nationale“.

A cette déclaration, on peut également ajouter celle du secrétaire général de l’OTAN, en juin 2020, lors du lancement du projet “OTAN 2030”. Cette réflexion conjointe entre membres a pour but de donner à l’Alliance “une dimension mondiale, ce qui signifie qu’il faut collaborer plus étroitement encore avec les partenaires qui partagent nos conceptions, afin de défendre nos valeurs dans un monde où il faut être de plus en plus performant”. “Nos conceptions”, “nos valeurs”, “nos intérêts"...Non contents d’imposer aux Etats l’enveloppe de leurs propres budgets militaires, les dirigeants américains masquent mal leur impérialisme. Ce même impérialisme qui nous fit brader en 2015 le navire Mistral à l’Egypte, alors qu’il aurait dû être vendu à la Russie.

Il faut dire que la France est bonne élève. Un rapport de l’OTAN datant d’octobre 2020 estime que son pourcentage d’investissement dans la Défense atteindra 2,11% du PIB, contre 1,83% l’année précédente. Soyons “rassurés”, pas de risques pour le moment que nous quittions cette organisation, ni que nous reprenions notre souveraineté militaire.

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