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Vaccins : Macron au chevet de l’Afrique, les Français attendront Abonnés

ARTICLE. Emmanuel Macron veut que les pays riches transfèrent de 3 à 5% de leurs stocks de vaccins contre le Covid-19 en Afrique. Une fermeté qui cache une impuissance terrible et une perte de l’influence française sur le continent africain.

Vaccins : Macron au chevet de l’Afrique, les Français attendront
Publié le 19 février 2021

Jeudi, Emmanuel Macron a proposé que les pays riches transfèrent de 3 à 5% de leurs stocks de vaccins contre le Covid-19 en Afrique. Une déclaration qui fait suite à la visio-conférence préparatoire au G7 tenue le mercredi 17 février avec des dirigeants africains. Emmanuel Macron s’y était livré à son habituel exercice de paternalisme vaccinal. “La lenteur de la campagne de vaccination dans les pays pauvres, en particulier en Afrique, est inexplicable et intolérable” s’est-il écrié, invoquant “La morale et l’intérêt“. Il a également frappé du poing sur la table face à ce constat : certains pays africains achèteraient plus cher des doses que les pays occidentaux et feraient face à un “goulot d’étranglement dans la production des vaccins”.

Une sortie en forme de queue de comète pour le président français qui, vis à vis du continent africain, tient des propos similaires depuis un an. En mai 2020, il expliquait que le vaccin devrait être “un bien mondial de l'humanité, et pas la propriété de l'un ou l'autre.” Deux mois plus tard, lors du sommet mondial sur la vaccination, il enchainait : ”Il est donc impératif de redoubler d’efforts pour soutenir les systèmes de santé des pays les plus fragiles (...) la France prendra toute sa part à cet effort (...) avec un effort additionnel de 250 millions d’euros (...) qui vient s’ajouter à notre mobilisation renforcée aux côtés de l’organisation mondiale de la santé, du fonds mondial, des systèmes de santé africains”. Le 16 octobre il twittait son soutien au continent africain :”Nous avons le devoir de soutenir l’Afrique face à la pandémie. Notre initiative pour soutenir la recherche et rendre accessible à tous un vaccin se poursuit. Nous devons aussi mettre en œuvre une stratégie européenne pour l'investissement en Afrique.

L’Afrique n’a pas attendu que la France se positionne et lui claironne son soutien pour s'intéresser au sujet. L’Union d’Afrique a préacheté 670 millions de doses dans le cadre du programme Avatt (African Vaccine Acquisition Task Team). Il en faudrait environ 1,5 milliard pour vacciner les populations les plus vulnérables. Mais les disparités de revenus nationaux ont nécessité l’intervention de l’OMS pour les financer. Cette dernière a également mis en place le programme COVAX, avec pour finalité la distribution de dose pour 20% la population des pays les plus défavorisés (plus de la moitié concernée sont en Afrique). Soit deux milliards de doses. Mais COVAX n’a pas pour le moment franchi le cap de la théorie.

Alors, l’Afrique s’est désunie et chaque pays s’est mis à chercher sa solution. L’Afrique du Sud a acheté au 1er février, un million de doses au laboratoire AstraZeneca. Mais en faisant cavalier seul, sans possibilité de faire des économies d’échelles, la deuxième économie africaine a surpayé ses doses. Environ 2,5 fois ce qu'a payé l’Union Européenne. D’autres pays ont choisi de faire jouer leur diplomatie et de se rapprocher de certains pays, comme la Chine (qui s’est engagée à réserver pour 2 milliards de dollars de dose à destination du continent africain) ou la Russie.

La position incarnée par Emmanuel Macron n’est donc pas anodine et s’analyse dans ce contexte international. Sans vaccin à vendre, à cause des échecs de l’Institut Pasteur et de Sanofi, l’Hexagone n’a pas grand-chose à proposer au continent africain, si ce n’est cette posture d’arbitre un brin paternaliste qui masque mal une certaine impuissance. Une faiblesse d’autant plus irritante qu’elle peut s’analyser selon un prisme national. Après des mois de balbutiements dans l’organisation de la campagne vaccinale française, ne serait-il pas judicieux, plutôt que de discuter vaccins avec Bill Gates, ou que de critiquer l’efficacité de l'action internationale en Afrique, que le président de la République s’occupe en priorité de son propre territoire ? Car nous savons depuis janvier qu’un « goulot d’étranglement » peut en cacher un autre !

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