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Bretagne : colère des producteurs d’œufs contre la grande distribution Abonnés

ARTICLE. Mercredi, une centaine d’aviculteurs ont manifesté dans des magasins Carrefour et Auchan contre les prix des œufs pratiqués par la grande distribution. Les producteurs dénoncent la politique de « prix bas » des supermarchés qui ne leur permet pas de vivre dignement.

Bretagne : colère des producteurs d’œufs contre la grande distribution
Publié le 19 février 2021

Rayons vidés, code-barres recouverts, banderoles… c’est l’action coup de poing qu’ont menée des producteurs d’œufs bretons dans deux magasins Carrefour (Rennes) et Auchan (près de Nantes) ce mercredi 17 février. Comme le rapporte Ouest-France, des aviculteurs ont vidé les rayons œufs de ces magasins et ont distribué les produits aux clients présents afin de dénoncer la politique de « prix bas » exercée par la grande distribution.

Selon Benjamin, producteur à Servon-sur-Vilaine (35) interrogé par Ouest-France : « À la suite de la flambée des cours de céréales, Carrefour refuse de répercuter les hausses sur les prix des œufs en magasin. Le prix qu’ils nous proposent pour l’année prochaine ne nous permet pas (…) de vivre dignement de notre métier ».

Par conséquent, les producteurs demandent un arrêt de la politique systématique des prix bas qui les pénalise et une augmentation des prix en magasin, impact « minime pour le consommateur, de l’ordre d’un centime par œuf, pour une famille c’est de l’ordre de quelques euros par an ». Un effort anecdotique pour certains, mais essentiel pour la survie de la profession.

Les boîtes d’œufs classiques ne sont pas les seuls produits visés par les producteurs : mayonnaise, brioches et autres aliments à base d’œufs ont été également distribués à la clientèle des magasins : les marques fabricantes de ces produits transformés sont eux-aussi, avec la grande distribution, responsables de pratiques commerciales inéquitables.

« C’est qu’une série d’actions, si on n’est pas entendus, de toute façon, on n’a rien à perdre et on peut pas continuer comme ça si on a pas la revalorisation qu’on demande ». Déjà, la veille (mardi 16), à Limoges, un supermarché Leclerc avait été bloqué toute la journée par des agriculteurs dénonçant les pratiques commerciales abusives de la grande distribution.

Les politiques de prix bas instaurées par les supermarchés prennent place dans un contexte de compétition mondiale induite par la mondialisation tous azimuts. Pour rester dans la course à la compétitivité, la grande distribution française se livre à des pratiques visant à maintenir des prix toujours plus bas, au mépris de la rémunération des producteurs.

Ainsi, Le Monde rapporte aujourd’hui que Bercy réclame une amende de 150,75 millions d’euros à l’encontre d’Intermarché pour « pratiques commerciales abusives ». L’enseigne « a imposé à de nombreux fournisseurs, par divers moyens de pression (…), la conclusion préalable d’un contrat international »avec des centrales d’achat implantées hors de France. Un nouveau scandale alors que la fin des négociations commerciales entre grandes surfaces et fournisseurs est imminente.

Les manifestations des aviculteurs bretons prennent place dans un contexte plus large de difficultés économiques des agriculteurs français. Selon la Mutualité sociale agricole, il y a en moyenne un suicide par jour chez les agriculteurs. Une surmortalité statistique accablante pour la profession.

Certes, le système productif français est dépendant de la dérégulation économique induite par la mondialisation, par la néolibéralisation forcée due à l’appartenance de la France à l’Union Européenne ; mais la consommation est aussi, en dernier ressort, un choix individuel. La reconquête d’une souveraineté agricole et alimentaire française passera par un changement massif des habitudes de consommation des Français, qui peinent, à l’heure actuelle, à maintenir un pouvoir d’achat convenable.

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