Menu
Nation
Energie
EDF : la guerre des élites à l’industrie française Abonnés

OPINION. Le projet de démantèlement d’EDF reste au cœur de l’actualité. Pour notre contributeur André Pellen, il s’agit aussi d’une nouvelle preuve de la sécession qui s’opère entre les élites politiques françaises et le peuple. Deuxième volet de notre série d’analyse sur le dossier EDF.

EDF : la guerre des élites à l’industrie française

Il y a cinq ans, Agoravox publiait le texte que vous découvrirez ci-après, intitulé « une guerre civile nucléaire imminente », faisant état de la guerre de fait qu’une certaine France venait de déclarer on ne peut plus manifestement à une autre. Tout comme celui qui, 76 ans plus tôt, mobilisait la France et l’Angleterre contre l’Allemagne d’Hitler, les réelles hostilités de ce nouvel affrontement observent un temps de latence qui laisse penser qu’il touche à sa fin. Au passage, je vous laisse imaginer l’accueil que réservèrent à ce texte les missionnaires écologistes que feu Naturavox venait de déverser en masse chez le média citoyen…

Aujourd’hui, non seulement je ne retire pas une virgule à ce texte, mais je considère de salubrité publique d’alerter mes compatriotes sur le fait qu’un nouveau juin 40 est désormais proche Avec pour théâtre d’opération Élysée-Matignon-Wagramet promettant d’achever une campagne Hercule-Arenhsur un Dunkerque dont on ne connaît pas encore la victime, cet épisode risque dans tous les cas de semer la désolation socioéconomique.

À la lumière de ce qui est présenté ici, le fauteur télécommandé de tels troubles est sans conteste l’homme-lige du pouvoir, placé par Hollande et reconduit par Macron à la tête d’EDF, Jean-Bernard Lévy. Prenant tout à coup la mesure du désastre économique et industriel, duquel il s’est fait le complice, notre homme ne sait plus comment composer avec son oligarchie pour limiter une casse déjà considérable dans la filière électronucléaire française, dans le confort et dans le pouvoir d’achat de nos compatriotes. Or, son pathétique appel au secours que personne chez ses donneurs d’ordres n’est vraiment prêt à entendre avant mai 2022, ne propose rien de mieux que le projet « Hercule » pour rattraper le retard de la France, dans « la course aux énergies renouvelables » !

Devant tant de persistance dans la prévarication, on a d’autant plus raison de fulminer qu’ARENH est le cancer qu’il suffirait pourtant de décider unilatéralement de supprimer. En même temps que le tarif administré de l'électricité, qui a laissé EDF libre de fixer ses tarifs, conformément aux prescriptions de Bruxelles, pour être fondé à envoyer péter cette dernière et la prier de s'occuper de ce qui la regarde.

Mais, une fois de plus, laissons la parole à Lionel Taccoen :

Tant que la France présentera des projets comportant des dérogations (tarifs administrés, ARENH, Hercule...) aux règles de concurrence que les gouvernements de droite et de gauche ont approuvées il y a un quart de siècle, l’avenir d’EDF se décidera à Bruxelles où l’Autorité de Concurrence est seule habilitée à accorder ces dérogations. Cette Autorité de Concurrence tient ces pouvoirs de dispositions approuvées par les gouvernements français de droite et de gauche et confirmées régulièrement.

Aussi, n’y a-t-il que deux solutions :

- quitter l’Union Européenne, et donc l’euro et retrouver la roupie de sansonnet qu’était notre monnaie nationale. Pour en faire une bonne monnaie, il suffit de redresser notre balance commerciale donc de relocaliser à tour de bras. Cela nécessite d’énormes capitaux que nous emprunterons. Car bien sûr tout le monde va se précipiter sur des emprunts en francs...

- lire les règles de concurrence et découvrir avec ravissement qu’elles favorisent les producteurs compétitifs comme EDF et qu’aucune dérogation n’est nécessaire.

Les plus âgés se souviennent du temps qu’il a fallu pour que l’administration française renonce à fixer le prix de l’essence... eh bien pour l’électricité cela fait un quart de siècle que cela dure !...

Une guerre civile nucléaire imminente

Il ne fait pas de doute que la vérité est têtue. Hélas, la plupart du temps, toute sa rudesse ne se révèle que trop tardivement à la collectivité. Il en ira sûrement ainsi de la révélation des vertus du surgénérateur, dont une infamie politique a privé le pays en 98. Les fossoyeurs de Superphénix étaient d’ailleurs les premiers persuadés que le temps de gestation de cette vérité-là n’est pas du tout à l’échelle du temps de leur irréversible sabotage.

Aussi, parce que l’histoire cherche sournoisement à se répéter, y a-t-il urgence à jeter une lumière crue sur la genèse d’une telle forfaiture politique et à tenter de l’empêcher de sévir à nouveau. D’autant que dans un pays aussi turbulent que la France, on se pince pour croire à la passivité de corporations du nucléaire persistant à ne pas regarder en face la véritable nature du danger qui menace leur existence.

Lorsque les mouvements de cheminots, d’aiguilleurs du ciel, de routiers ou de taxis prennent la population laborieuse en otage, ils n’ont aucune légitimité objective à se comporter ainsi. Car la plupart de leurs compatriotes sont eux-mêmes confrontés aux conséquences d’une mécanique économique implacable ou mal maîtrisée, voire dévoyée par certains dirigeants d’entreprises, à l’origine de leurs principales revendications. La mise en coupe réglée de notre industrie électronucléaire ne s’inscrit en rien dans un tel schéma socioéconomique et il va bien falloir que lesdites corporations se décident un jour à appeler un chat un chat, à avoir le courage de dénoncer publiquement d’où vient le péril.

Le péril ne vient pas de conclusions objectives à tirer d’une non compétitivité inter énergétique du nucléaire, des dangers avérés qu’il ferait courir aux Français ou à leur environnement, encore moins d’une obsolescence de type train-cheval découlant du progrès technique. Non, le péril vient tout bonnement du fait qu’une part de la population française a déclaré la guerre à notre industrie nucléaire, qu’elle en souhaite la mort à n’importe quel prix et, par conséquent, la mort économique de ceux qui en vivent. Or il faudrait être aveugle pour ne pas voir que cette France-là est aujourd’hui au pouvoir, qu’elle agit sournoisement et avec une redoutable efficacité, par le biais d’instruments institutionnels, industriels et de contrôles ô combien légaux !

Je ne reviendrai pas sur l’étonnante mutation politique de la plupart des grands organismes fondés par De Gaulle et par ses fils spirituels, auxquels nous devons l’excellence de notre industrie nucléaire. Mais je ne peux pas ne pas m’arrêter sur la consternante profession de foi d’un Jean-Bernard Lévy, découverte sur le dernier « Vivre EDF l’Hebdo ». À la lecture de sa dithyrambe sur le bien-fondé et sur le contenu implicites de la « transition énergétique » française, comment ne pas soupçonner ce soi-disant capitaine d’industrie d’être un homme-lige du pouvoir politique. Avoir le culot de se féliciter de l’avenir radieux et prometteur des filières éolienne et photovoltaïque d’EDF, quand on sait mieux que quiconque ce qu’elles ne cesseront jamais de coûter au contribuable (et à EDF !), relève en effet du cynisme, sinon de la provocation. Un cynisme d’autant plus intolérable, quand on sait à quel point ces deux filières étaient dramatiquement florissantes chez un Areva qui n’avait pas l’avantage de se trouver aux deux extrémités du système pervers de l’obligation d’achat.

En résumé, les nucléaires d’Areva, d’EDF et de leurs partenaires ont toute légitimité à ne pas se laisser assassiner par des compatriotes organisés qui leur ont déclaré une authentique guerre civile implicitement appuyée par le pouvoir. La fourberie de cet appui tenant dans ces deux constatations objectives : pas de marché intérieur du nucléaire et une publicité délibérément calamiteuse de la technologie nucléaire française à l’export. Ainsi, les corporations attaquées par un certain corps social et institutionnel n’ont-elles désormais d’autre choix que livrer bataille sur le terrain de leurs adversaires, c’est-à-dire faire mouvement (social) à l’instar des cheminots, aiguilleurs, routiers et autres taxis. Le lecteur aura parfaitement compris qu’il s’agit pour lui de prendre légitimement en otage la population qui leur veut du mal, sans pouvoir, hélas, la distinguer de celle qui leur veut du bien.

C’est ce qui s’appelle mettre le nez du gouvernement dans le caca, l’obligeant de la sorte à déployer des compétences et à prendre ses responsabilités, ce à quoi il ne nous a guère habitués,une fois de plus dans l’urgence et sous la pression de l’agitation sociale. De toute façon, c’est lui qui a fait en sorte que le possible salut des corporations nucléaires ne puisse désormais sortir que d’une confrontation de ce genre, entre deux Frances antagonistes : c’est donc à lui de trouver une issue à cette confrontation, dont notre économie et notre confort ne fassent pas les frais.

commentaireCommenter