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Santé : le nouvel eldorado des sectes Abonnés

ARTICLE. Un rapport remis à Marlene Schiappa alerte sur la mutation des sectes. Avec l’essor du numérique et la défiance accrue de certains citoyens vis-à-vis de la médecine professionnelle, les gourous montent un commerce fait de médecines alternatives. Avec des conséquences toujours aussi dramatiques pour les victimes.

Santé : le nouvel eldorado des sectes

Les sectes ont changé de visage. Remis à Marlene Schiappa ce jeudi, le rapport intitulé “lutte contre les dérives sectaires” conjointement rédigé par l’Inspection Générale de la Police nationale, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILTUDE) et l’Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale, met en avant l’évolution des sectes ces dernières années. Si les anciennes grandes structures type « scientologie » demeurent, de nouveaux gourous ont trouvé un nouvel eldorado. C’est le cas d’un ostéopathe interpellé en 2018. Son activité consistait à prodiguer des “soins énergétiques à distance”. L’histoire ne raconte pas si les patients ont bien vu leur énergie décuplée. En revanche, ce qui est factuel, c’est que cette interpellation a permis la “saisie d’avoirs criminels de plusieurs millions d’euros”.

En 2019, sur 2 800 saisines enregistrées, les croyances religieuses n’occupent que 25 % des plaintes. Elles ont fait place à une nouvelle religion : la santé et le bien-être, qui occupent la première place (41%) devant la jeunesse (24%). Interrogée par l’Obs, Marlene Schiappa, Ministre chargée de la Citoyenneté auprès du ministre de l'Intérieur, estime le nombre d’adeptes des sectes à 140 000. Ils se repartiraient dans 500 groupes identifiés dont une majorité regroupant moins de 50 partisans. Moribond, Dieu semble ainsi remplacé par la médicine douce. A ce sujet, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a réalisé une enquête en 2019 et avancé un taux d’anomalie de 68% parmi les 675 professionnels du secteur contrôlé. Quinze dossiers ont été suivis de plainte pour “exercice illégal de la médecine ou usurpation de titres.”

Parfois issus des anciennes sectes déclinantes, les nouveaux charlatans font fleurir les structures associatives ou auto-entrepreneuriales pour exercer leur talent médical. Parfaitement au fait des techniques de manipulation mentale, ils ont su profiter de l’essor du numérique et des réseaux sociaux pour tisser leur toile. Les rapporteurs du texte évoquent des gourous “devenus des experts en marketing digital”, qui exerceraient une nouvelle forme de manipulation, laquelle aboutirait aux mêmes résultats, pour les victimes, que les structures classiques : isolement, perte d’autonomique et perte d’argent. Mais plus rapidement et plus facilement pour les coupables.

Ces escrocs 2.0 surfent sur une approche libérée de toute contrainte scientifique classique, et flattent les complotistes : la santé publique serait sous influence des laboratoires pharmaceutiques et les solutions seraient à trouver “dans la nature ou en soi”. Des propos qui aboutissent par exemple à ces stages de 21 jours qui permettent, à l’issu de ces derniers “de se nourrir uniquement d’air et de lumière”. De quoi prêter à sourire. Sauf que les rapporteurs du texte rappellent que sur les 12 derniers mois, ces séjours ont provoqué “une dizaine de décès à l’étranger”. En France, trois signalements ont été reçus concernant cette pratique.

La mission souligne ainsi les risques que font peser ces nouvelles sectes : outre les stigmates sociaux et financiers classiques, déjà évoqués ci-dessus, les nouveaux thérapeutes font peser à leurs patients des risques sanitaires insensés. La théologie de “la guérison” et de “la prospérité” provoque l’arrêt des traitements suivis par les malades. Avec des conséquences dramatiques pour ceux qui affrontent des pathologies lourdes comme les cancers. La facilité à créer ces structures, notamment dans le cadre de micros-entreprises, fait craindre une multiplication de ces dérives.

La crise du Covid a pu en donner un aperçu. Surfant sur la vague d’angoisse, la “crise existentielle” provoquée par l’épidémie, ainsi que l’isolement dans lequel ont été plongés tous les confinés, les nouveaux thérapeutes ont vu leur activité croitre, en proposant des thérapies parallèles. La MIVILUDES a reçu 80 signalements directement liés à cette crise, entre mars et juin 2020. Une dérive qui a frappé de plein fouet les zones rurales. Dans ces déserts médicaux où la parole scientifique de proximité se fait plus rare, tout comme est plus ardue la possibilité de contrôler les abus, les mouvements sectaires ont pu proliférer.

Il y a urgence à agir. Ce phénomène, bien qu’ayant partiellement muté, a toujours les conséquences dramatiques que l'on connaît. Et il touche particulièrement les enfants : La MIVILUDES a pu constater une augmentation des saisines impliquant des mineurs. Elles ont atteint 500 en 2019. Dans 70% des cas, le risque était directement lié à une adhésion des deux parents. Selon Marlène Schiappa, la majorité des 140 000 adeptes des sectes seraient aujourd’hui des mineurs.

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