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Faut-il instaurer un « pass sanitaire » ? Abonnés

DÉBAT. Passeport vaccinal, badge vert, pass sanitaire… les termes fusent et les discussions vont bon train pour décider du meilleur moyen de lever les restrictions sanitaires dues à la pandémie de COVID-19. Alors que certains pays ont déjà pris leur décision, l’UE ne sait pas sur quel pied danser. Faut-il instaurer un passeport vaccinal ? C’est le débat de ce dimanche.

Faut-il instaurer un « pass sanitaire » ?

C’est le débat du moment qui agite les hautes sphères politiques européennes. Faut-il instaurer le système du passeport vaccinal afin de sortir de la crise sanitaire et relancer les activités culturelles, économiques et sociales ?

Certains pays ont en tous cas déjà sauté le pas. Par exemple, Israël permet aux personnes détentrices du « passeport vert » d’accéder aux centres commerciaux, aux hôtels, ou aux salles de sports. En Europe, l’Islande est le premier pays à avoir lancé des « certificats de vaccination ». Selon France 24, plusieurs pays devraient lui emboîter le pas comme « la Grèce, Chypre, la République tchèque, le Danemark, l'Estonie, la Hongrie, l'Italie, le Portugal, la Slovaquie, l'Espagne, et la Suède » ; même si l’UE aimerait convenir d’une solution commune afin d’harmoniser les mesures sanitaires à l’échelle des 27.

À l’issue d’une première visioconférence avec les dirigeants de l’UE, Emmanuel Macron a émis des réserves sur la mise en place d’un passeport vaccinal visant à limiter les activités et certains déplacements aux seules personnes vaccinées. Selon lui, « si on arrive à rouvrir certains lieux, nous ne saurions conditionner leur accès à une vaccination, alors même que nous n’aurions même pas ouvert la vaccination aux plus jeunes ».

À la place, le chef de l’État souhaite instaurer un « pass sanitaire », qui autoriserait non seulement les personnes vaccinées mais aussi les personnes testées négatives à la COVID-19 de se rendre au restaurant ou dans une salle de spectacle. Doit-on y voir une nouvelle preuve du « en-même temps » cher à la majorité ? Emmanuel Macron semble, de son propre aveu, marcher à tâtons sur le sujet : « [cela] va poser beaucoup de questions techniques, de respect des données individuelles, d'organisation de nos libertés ». Il s’agirait en outre d’améliorer et d’étendre l’application « TousAntiCovid ».

Alors que la campagne de vaccination semble se déployer lentement et surtout en direction des personnes les plus à risques, établir un passeport vaccinal pose la question de l’inégalité d’accès aux vaccins. Concernant le « pass sanitaire », les tests paraissent moins sûrs que les vaccins en ce que leur fiabilité est souvent mise en cause et en ce que la période d’incubation rend difficile une détermination précise des risques sanitaires. De plus, on peut se demander si la réalisation systématique de tests pour se rendre au restaurant ou au cinéma est vraiment judicieuse et aisément applicable ? Que dire également des personnes qui ont été déjà contaminées et qui sont potentiellement immunisées ?

Enfin et surtout, que ce soit pour le passeport vaccinal ou le pass sanitaire, le problème majeur semble résider dans l’atteinte aux libertés fondamentales des individus non-vaccinés. Est-il vraiment faisable et souhaitable d’empêcher les personnes non-testées ou non-vaccinées d’accéder aux établissements sportifs, culturels, religieux, aux restaurants, aux transports, ou même à l’emploi ou aux services administratifs ? Cette question éthique de taille a beaucoup de détracteurs, y compris même l’OMS qui, malgré son avis favorable sur les certificats de vaccinations pour évaluer l’évolution des campagnes vaccinales, ne souhaite pas y voir un prérequis pour voyager, par exemple.

Certains sont encore plus critiques et voient dans le passeport vaccinal un instrument liberticide et anticonstitutionnel. Le pass sanitaire ne trouve pas plus grâce à leurs yeux. L’avocat et député européen Gilbert Collard y voit un « sous-marin du passeport vaccinal » ; le patron de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan, un « piège redoutable (…) qui aboutira à une discrimination de masse intolérable et à fichage généralisé ». Quant au chef des Patriotes, Florian Philippot, il y voit un « problème éthique, moral, voire de civilisation ».

On le voit par les problématiques en jeu, ces initiatives sont sujettes à débat. Faut-il instaurer un passeport vaccinal ? Est-ce le seul moyen d’assouplir les restrictions sanitaires et envisager une sortie de la crise ? Faut-il lui préférer un « pass sanitaire » qui ne serait pas seulement soumis à la vaccination ? Ou faut-il rejeter ces deux propositions en raison des problèmes éthiques qu’ils soulèvent ?

C’est le débat de ce dimanche.

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