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Dissolution de Génération identitaire : un plan de com’ clés en main ! Abonnés

OPINION. Pour vouloir donner des gages à l’ensemble du spectre politique, « en même temps » oblige, le ministère de l’Intérieur a fourni à Génération identitaire un beau plan de com. L’initiative de dissolution repose largement sur du vent et l’association n’a jamais été aussi visible. Avec des adversaires comme ça…on n’a pas besoin d’alliés !

Dissolution de Génération identitaire : un plan de com’ clés en main !

L’observation des avatars du « en même temps » provoqués par des membres éminents du gouvernement a déclenché plusieurs de ces cacophonies dont le système Macron s’est fait une spécialité. La dénonciation de « l’islamo-gauchisme » dans l’université d’une part et la dissolution de Génération Identitaire d’autre part, histoire de donner des gages aux deux bords politiques du pays, auront nécessairement un coût politique. Comme on dit à l’île de la Réunion, la « manipulation gros-doigts » était quand même trop visible.

Quoiqu’on fasse dire aux sondages, on peut imaginer qu’à vouloir ratisser gauche et droite en même temps, Emmanuel Macron met en œuvre une stratégie perdant/perdant.

« Islamo-gauchisme, facho-sphère, patriarcat blanc etc. », mots valise et amis imaginaires

Pour donner des gages à la droite, la ministre a cru bon d’utiliser un concept relevant directement de la polémique politique, un slogan fourre-tout mélangeant les choux et les carottes. Habituellement, quand un événement suscite une certaine émotion dans l’opinion, pour peu qu’il mette en cause un des totems sacrés de la gauche bobo, on voit ses porte-paroles se précipiter derrière Libération pour se rassurer. Ne pas être d’accord avec elle, c’est être un fasciste, membre de la « fachosphère ». Le terme d’islamo-gauchisme a la même fonction de l’autre côté en ce qu’il permet d’amalgamer des courants et des phénomènes qui n’ont parfois pas grand-chose à voir mais permet une généralisation commode.

On ne reviendra pas en détail sur la polémique née de l’intervention de Frédérique Vidal qui a déjà donné lieu à des torrents de commentaires. En revanche, le lancement de la procédure juridique de dissolution de Génération Identitaire mérite un examen plus détaillé.

Dissolution de Génération Identitaire : comment mettre un groupuscule sur le pavois

Génération Identitaire est plus ou moins l’héritier post-moderne d’un courant de jeunes gens activistes d’extrême droite que l’on a toujours connu sous des intitulés divers entretenant avec les mouvements gauchistes une tradition de bastons étudiantes. Souverainisme aidant, utilisant habilement une communication adaptée à l’époque des réseaux sociaux, et sortant de son ghetto, il a pu amalgamer des courants moins radicaux et choisir une forme de respectabilité vaguement bourgeoise dans ses actions. Il semble bien que l’aspect convenable et indiscutablement non-violent de celle-ci - ainsi que l’aspect « propre sur eux » de ses militants -, ne rend guère convaincante l’accusation de groupe de combat fasciste armé digne de « La Cagoule ». C’est pourtant ce que n’a pas hésité à faire le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en lançant la procédure prévue à l’article L212–1 du Code de la sécurité intérieure (CSI). Absolument tout le monde a parfaitement compris quel était l’objectif. Après la dissolution d’associations telles que le CCIF et Baracka-city réputées proches des mouvances islamistes radicales et accusées de complaisance vis-à-vis de l’islam politique et des islamistes, il fallait donner des gages à une certaine gauche. Celle qui symboliquement s’est retrouvée à la fameuse manifestation organisée par le CCIF le 10 novembre 2018 à Paris, rassemblant ceux qui réprouvent la critique de l’islam et ceux qui s’arrangent avec lui. Avec le projet de dissolution du groupuscule en grande partie inconnu des Français l’os à ronger était tout trouvé. Cadeau royal fait à celui-ci, se retrouvant instantanément au milieu de la scène, ses dirigeants interviewés, et soutenus par certains dirigeants de droite au nom de la réprobation des atteintes à la liberté d’expression. Appelée à sortir tranquillement de son ghetto, l’association ne s’est pas fait prier pour organiser une manifestation de soutien qui n’eut pas besoin de rassembler les foules… puisque les groupuscules soi-disant « antifascistes » veillèrent à son succès, en organisant une contre-manifestation stupide. Meilleur moyen d’en faire un événement répercuté par toutes les chaînes de télévision et sur les réseaux. Pour Gérald Darmanin et Emmanuel Macron, la facture politique peut peut-être s’alourdir, parce que maintenant, après les annonces les rodomontades, il va falloir se dépatouiller avec la procédure juridique.

Dissolution : comment se pose le problème ?

Successeur des réglementations mises en place par le Front populaire pour lutter contre les ligues factieuses dans les années 30, l’article L212–1 du CSI est le fruit d’une ordonnance du 12 mars 2012 qui a modernisé l’appareil juridique créé par le Front populaire. Le texte prévoit la dissolution : « par décret en conseil des ministres, de toutes les associations ou groupements de fait » à qui peuvent être reproché un certain nombre de griefs énumérés dans 6 alinéas. Concernant Génération Identitaire, ce sont le 2e et le 6e qui ont été visés. Conformément aux règles de la procédure administrative, l’association a d’abord été destinataire d’un exposé des motifs de la décision envisagée, un délai lui étant donné pour y répondre.

L’alinéa 2 invoqué précise que peuvent être dissoutes les associations : « qui présentent, par leur forme et leur organisation militaire, le caractère de groupes de combat ou de milices privées ». Les choses sont claires, et d’ailleurs c’était bien volonté du législateur de 1936 : dissoudre les bandes armées telles qu’on avait pu les voir à l’œuvre, en France le 6 février 1934, mais surtout en Italie fasciste et en Allemagne nazie avec les chemises brunes et les SA.

Quelles sont donc les reproches précis que l’on peut faire à Génération Identitaire pour y voir une bande armée mettant en danger l’ordre public ? Il faut lire la page 6 de la note du ministère où on retrouve d’abord l’affirmation selon laquelle, parmi les symboles utilisés par l’association, figure la référence historique « aux guerriers spartiates ayant repoussé l’envahisseur perse », mais aussi que « le club de boxe identitaire géré par GI comporte pour logo un casque spartiate ». On rappellera au signataire qu’il s’agit en fait du casque corinthien ou hoplitique utilisé par l’essentiel des cités grecques de l’Antiquité, et en faire la preuve d’une organisation militaire armée n’est quand même pas très sérieux. Le reste est à l’avenant, puisqu’on reproche à GI d’organiser des universités d’été destinées à la formation des militants pour constituer « une communauté de militants soudée ». Que dire alors des réunions décoloniales, non mixtes et interdites aux blancs ? Ne seraient-elles pas communautaires sur les bords celles-ci ? Cela n’a pas gêné grand monde du côté du gouvernement macronien. Mais le pire pour Pascale Léglise, adjointe du directeur des libertés publiques et signataire de la note administrative, c’est qu’au cours des veillées organisées à l’occasion de ces rencontres, « des chants militaires ont été entendus ». Genre « Chant du départ »,genre « Chant de Monsieur de Turenne », genre « La marche des soldats de robert Bruce » et peut-être, le pire du pire, « le chant de l’armée du Rhin ?

Et bien sûr le texte présente comme preuves caractérisant l’existence d’une bande armée, certains mots d’ordre qui relèvent de la pure et simple liberté d’opinion et d’expression politique. Il y a plus ! Avec une mauvaise foi évidente, pour caractériser l’aspect militaire d’une bande armée attribuée à GI, le ministère fait état de plusieurs actions menées par l’association. D’abord, en les présentant comme des actions « actions anti-immigration » ce qui est faux, puisque ce qui était dénoncé était le laxisme de l’État face à l’immigration illégale. Ensuite, en prétendant que les militants prenaient les apparences de la force publique pour les mener. C’est encore faux puisque si tel avait été le cas, ces comportements auraient constitué autant d’infractions pénales « d’usurpation de fonctions ». Poursuivis, les militants ont été relaxés. Il ne faut cependant pas être hypocrite, les militants de Génération Identitaire appartiennent pour la plupart à une culture militaire d’extrême droite, et comme pour leurs symétriques antifas, la bagarre ne leur fait probablement pas peur. Pour autant, la faiblesse de l’argumentaire ministériel établit s’il en était besoin qu’il ne s’agit pas d’une milice armée au sens du décret du 12 mars 2012.

L’alinéa 6 également invoqué est l’injection dans ce texte des concepts de discrimination et de haine pouvant qualifier l’action d’un groupement et justifier sa dissolution. Il en est fait par Madame Léglise une interprétation évidemment extensive. Multiplication de citations et d’exemples, d’accusations de « racialisme », la pratique de l’amalgame imputant à des membres de l’association des comportements et liens avec des personnalités identifiées comme appartenant à l’extrême droite. Conséquence : les considérer comme des appels à la discrimination envers des groupes de personnes déterminés. Pourtant Gérald Darmanin ne voit cependant aucun inconvénient au racisme décomplexé et parfois violent du PIR d’Houria Bouteldja ou de la Ligue de Défense des Noirs Africains.

Il n’y a pas d’illusion à se faire sur que ce que peuvent être les convictions des membres de l’association, et de leur conception restreinte de la Nation, et il est tout à fait légitime d’éprouver de l’aversion pour celle-ci. Le problème est que cela relève de la liberté d’expression et que la note affiche, pour justifier son opération politique de dissolution, une vision particulièrement restrictive et en tout cas contraire à notre déclaration de droits de l’homme dont on rappelle qu’elle a une valeur constitutionnelle. On va à nouveau se référer à l’expression de la théoricienne marxiste Rosa Luxembourg : « la liberté d’expression est d’abord celle de ceux qui ne pensent pas comme moi ».

En prononçant la dissolution, le conseil des ministres validerait juridiquement l’argumentaire du ministre de l’Intérieur, ce qui constituerait un dangereux précédent. C’est cette responsabilité qui appartiendra au final au Conseil d’État qui sera saisi d’une requête aux fins d’annulation à l’encontre du décret. La haute juridiction n’a pas compté son soutien à Emmanuel Macron en validant quasi systématiquement la collection de mesures liberticides utilisées pour la gestion de la pandémie. Christophe Chantepy, militant socialiste affirmé et affiché depuis toujours, vient d’être nommé président de la section du contentieux. Décision assez étonnante s’agissant de la fonction juridictionnelle d’arbitrage de cette institution pour laquelle il aurait fallu veiller à ce que son impartialité ne puisse être soupçonnée. On peut donc sans gros risque de se tromper penser que la mesure de dissolution serait judiciairement validée par le conseil d’État, non sur des bases juridiques mais bien politiques.

Cela étend quelle que soit la décision prise par la juridiction du Palais-Royal, le mal est fait. D’ores et déjà, Génération Identitaire a bénéficié d’une publicité inespérée, de nombreuses voix de défenseurs de la liberté d’expression se sont élevées pour critiquer cette procédure. Et, le « en même temps » cher à Emmanuel Macron trouvant une fois de plus ses limites. Le président ne tirera aucun bénéfice d’une opération aussi grossière.

Publié le 28 février 2021
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