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Franck Ferrand privé de Marseillaise : liberté, liberté chérie… Abonnés

OPINION. Au début du mois de février, la mairie de Marseille a mis un terme à sa collaboration avec Franck Ferrand, animateur jugé « trop à droite ». La série de podcasts sur l’histoire de la cité phocéenne a été tout bonnement supprimée du site de la mairie. L’historienne Danielle Porte revient sur ce sectarisme malheureusement à la mode.

Franck Ferrand privé de Marseillaise : liberté, liberté chérie…
Publié le 1 mars 2021

« Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue… »

Arrêtons là une citation si connue. D’abord, la bonne Marquise était un brin prolixe. Et puis surtout, la « chose » dont il va être question n’a rien de « merveilleux » ni d’« admirable », que non ; d’« étourdissant », en revanche…

Car on croit rêver. On voudrait bien rêver… On se découvre soudain l’état d’esprit des infortunés embarqués malgré eux sur le Bateau ivre : le cerveau en chamade, le cœur au bord des lèvres.

Marseille a osé, par la voix de son adjoint à la Culture, Jean-Marc Coppola ! Je sais bien : certains, à peine le mot « culture » prononcé, sortaient leur revolver… Mais tout de même !

C’est au fleuron de la Culture française que l’on s’attaque aujourd’hui. Philippe Kerlouan, dans Boulevard Voltaire le 5 février, commente ainsi la décision pour le moins inattendue de la mairie de Marseille, de supprimer son podcast avec l’animateur spécialisé en histoire Franck Ferrand, jugé « trop à droite » : « Décidément, la liberté d’expression n’est pas la tasse de thé d’une certaine gauche. »

Les bras vous en tombent, j’espère bien ! De quel droit des élus privent-ils leur ville d’émissions contraires à leurs propres idées ? La ville de Marseille compte-t-elle 100% de « gauchistes » ? Et sur ces 100%, n’y a-t-il pas un contingent, même un petit contingent de lecteurs ou d’auditeurs qui ont envie, qui ont le droit de voir et d’entendre Franck Ferrand ?

D’autant que cette décision témoigne d’une sottise insigne et d’un désir suicidaire d’œuvrer contre son propre intérêt. Quand on a la chance d’avoir décroché un podcast historique de sa ville par le plus médiatique des historiens du moment, on ne se tire pas une balle dans le pied en y renonçant. D’autant que le siège de Marseille par César, ou la grande peste qui l’a rendue sinistrement célèbre, ne peuvent être raisonnablement classés à droite plutôt qu’à gauche. Ce sont là des faits historiques, et l’Histoire a l’immense avantage d’être immuable et indéracinable. Le regard qu’on jette sur l’Histoire peut varier, lui, selon l’individu qui la commente ; mais pas le fait historique brut. Que pourrait dire Franck Ferrand sur un siège ou une peste qui serait « trop à droite » ?

Il me serait facile de dresser son panégyrique, puisque j’ai le privilège de compter parmi ses amis. D’évoquer les qualités humaines et intellectuelles d’un « personnage » - oui, monsieur Coppola, d’un personnage - exceptionnel, doué d’une culture étourdissante. Connaissez-vous beaucoup de gens capables de réciter au pied levé des pages entières de Proust ou de Zamacoïs (un élève de Hérédia, je m’en voudrais de vous l’apprendre) ? Moi, je n’en connais qu’un. Mieux encore, de citer à bord d’un hélicoptère et en grec s’il vous plaît, les textes de Dion Cassius ou de Planude concernant le site d’Alésia ? Car, oui, nous partageons le redoutable honneur de contester sa localisation admise, d’oser mettre en doute la pensée unique de la doctrine officielle : la terre est plate et le soleil tourne autour de la terre. Défense de contrarier l’ensemble de la communauté scientifique, ou vous le paierez cher ! Lui et moi en savons quelque chose… mais peu nous chaut.

Pensée unique, donc, de nos jours, et dans tous les domaines. De nos jours où l’on prêche la sacro-sainte diversité, où l’on encense et favorise les chères minorités… Il faudrait savoir ce que l’on veut ! Vous êtes libres de penser ce que vous voulez, mais seulement à condition de vous aligner sur le dogme actuel : « Une pour tous, tous pour une ! » Oui, nous sommes décidément embarqués sur le bateau ivre… qui risque fort de chavirer.

Quel crime a donc commis l’ignoble « personnage » ? Une erreur de date ? Une confusion entre tous les Louis, les Philippe ou les Charles qui ont quelque jour gouverné la France ? Critiqué les Vikings ou les Wisigoths ? Que non pas ! Il a le mauvais goût d’écrire dans Valeurs Actuelles ! Il ose animer, avec Marc Menant, une émission sur la sulfureuse chaîne CNews ! et qui bat tous les records d’audience ! et qui a l’audace de s’intituler : « la belle histoire de France » ! Comme si quoi que ce soit de français pouvait être beau !

Mais le comble de cette triste galéjade n’est pas là, mais dans le cynique aveu dénué d’artifice qui suit la décision des élus marseillais : Jean-Marc Coppola, adjoint chargé de la culture, croyant justifier cette décision, a déclaré à l’AFP : « Ce n’est pas le contenu de ces podcasts qui pose problème, c’est leur auteur », ajoutant : « Je ne souhaite pas que la ville de Marseille soit associée à ce personnage, qui porte des valeurs qui divisent. »

De quelque bord que l’on soit, on sursaute. Franck Ferrand va-t-il être contraint de ne sortir qu’avec le voile et la crécelle des lépreux ? Voilà que l’amour de la France, de son histoire, de ses grands hommes, de ses monuments prestigieux, de sa langue, jadis, le seul mode d’expression dans la diplomatie du monde, voilà que cet « amour sacré de la patrie » divise ! Parce que, sans doute, les « valeurs » de la Gauche unissent ?  Parce que l’unique bloc de pensée massif qu’est la France a viré unanimement à gauche ? Parce qu’il faut exhiber une carte de parti avant d’avoir le droit d’ouvrir la bouche ? J’en dirais autant, notez-le, si c’était la droite qui formulait pareilles prétentions. Seule la valeur doit s’imposer, et ne doit pas se voir modulée selon la couleur des idées politiques. Qu’on examine d’abord, et de bonne foi, toutes les pièces d’un dossier avant d’interdire ! Qu’on laisse à chacun la liberté de choisir, bien ou mal, mais en connaissance de cause !

Et c’est de Marseille que provient cet insupportable acte d’autorité dictatoriale. De Marseille, d’où nous vint, jadis, chantée par des bataillons exaltés de patriotes, notre Marseillaise ?

Liberté, Liberté chérie, combats avec tes défenseurs !... De quel côté combat aujourd’hui la Liberté ? Si c’est toujours avec ses défenseurs, j’ai grand peur que les élus marseillais ne se retrouvent un très beau jour tout seuls !

À moins qu’ils n’aient déjà biffé de la Constitution ce fier vieux mot de « Liberté » ?

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