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Les grandes entreprises ont détruit plus de 200.000 emplois en France en 10 ans Abonnés

ARTICLE. Un rapport de l’INSEE souligne la dynamique des emplois salariés du secteur marchand non-agricole. Résultat : entre 2008 et 2017, alors que les PME ont créé des emplois, les grandes entreprises en ont supprimé. Un résultat surprenant compte tenu des cadeaux fiscaux offerts aux entreprises du CAC40 ces dernières années.

Les grandes entreprises ont détruit plus de 200.000 emplois en France en 10 ans

C’est un rapport daté du 18 février qui n’a pas fait grand de bruit dans la presse. Il n’y a guère que Ouest-France et le magazine économique Challenges qui se sont intéressés à la note de l’institut. Pourtant, celle-ci révèle des informations éloquentes sur les dynamiques économiques de notre pays sur cette dernière décennie, et des résultants peu reluisants pour les grandes entreprises tricolores.

Selon le rapport de l’INSEE, alors que les microentreprises, les petites et moyenne entreprises (PME) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont créé 275.000 emplois entre 2008 et 2017, les grandes entreprises (entreprises qui occupent plus de 5.000 personnes et ont un chiffre d’affaire annuel de plus d’1,5 milliard d’euros) ont supprimé 246.300 postes.

Le paradoxe, c’est que le nombre d’emplois global a augmenté dans les grandes entreprises sur la période. Mais cette augmentation est due « au rachat d’entreprises plus petites (en particulier des ETI) » qui se développent donc rarement par elles-mêmes mais qui sont rapidement repérées et rachetées lorsqu’elles montrent un potentiel de croissance. En compensation, les grandes entreprises se permettent de détruire des emplois dans des établissements existant.

Les grandes entreprises ont supprimé des emplois « dans 80 zones d’emploi » alors qu’elles en ont créé « dans seulement 40 zones d’emploi (comme Toulouse et Nantes grâce à Airbus et Altran, ou Lille) ». En d’autres mots, les multinationales, par leur politique, favorisent la métropolisation au détriment de territoires toujours plus désertés, à l’heure même où il faudrait faire exactement l’inverse, à savoir désengorger les métropoles et revaloriser les territoires par une réindustrialisation du tissu régional.

Pourtant, sur la période, les grandes entreprises françaises ont bénéficié de cadeaux fiscaux très généreux de la part des gouvernements successifs.

Par exemple, il y a eu le crédit d’impôt en faveur de la recherche (CIR), plusieurs fois renforcé et réévalué pour inciter les entreprises à embaucher et à investir dans la recherche. Ses résultats sont globalement décevants. Malgré la suppression du plafond du CIR en 2008 et d’une autre garantie en 2010, certaines grandes entreprises ont quand même supprimé des emplois : c’est le cas de Intel, qui a supprimé près de 80% de ses emplois en France après avoir touché 8 millions d’euros, et de Sanofi, avec 2.000 postes en moins dans la recherche.

Autre niche fiscale : le CICE. En 2012, le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) – dont un des artisans, par son « rapport sur la compétitivité française », n’est autre qu’Emmanuel Macron – est présenté par François Hollande afin de soutenir les entreprises françaises à hauteur de 20 milliards d’euros par an. Le CICE est dès le départ conçu comme un outil qui doit pousser les entreprises à embaucher. Or, cet objectif de création d’emplois est une « recommandation » et pas une « obligation ». Au total, en termes d’emplois, les résultats du dispositif sont plus que mitigés. Considéré comme un échec par la plupart des rapports, certaines entreprises ont même profité du CICE pour supprimer des emplois. C’est le cas de Carrefour qui, bien qu’ayant touché 755 millions d’euros en six ans, a supprimé plus de 2.000 postes. C’est aussi le cas d’Auchan ou Sanofi.

Ces résultats sont plus que décevants pour les entreprises du CAC40, car, selon l’Observatoire des multinationales, entre 2010 et 2017, leur chiffre d’affaires a bondi de 10% alors que leur effectif a baissé de 19,53%. Ce phénomène est particulièrement saillant dans l’industrie où alors que « Renault a vu son chiffre d’affaires augmenter de 51% entre 2010 et 2017, (…) son effectif français baisser de 12% ».

Alors que les plans de relance s’accumulent pour construire l’économie du « monde de demain », le gouvernement semble rééditer les erreurs d’hier en donnant des chèques en blanc aux grandes firmes du CAC40 et en laissant mourir les petites entreprises. Or, qui crée réellement de la richesse en France ? A priori, on pourrait penser que les grands colosses créent mécaniquement plus d’emploi et de richesse. Et pourtant, ce sont eux qui ont les bons avocats et tous les moyens d’« optimisation » fiscale. Des mécanismes souvent inenvisageables pour les petits patrons d’entreprises à taille humaine qui maillent pourtant le territoire français et forment en réalité la colonne vertébrale socio-économique du pays.

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