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Flers : le communautarisme turc en plein cœur de la Normandie Abonnés

ARTICLE. A Flers, petite ville de Normandie, une importante communauté turque majoritairement pro Erdogan est solidement implantée. Une manifestation du communautarisme turc, particulièrement exacerbée depuis l'élection de Recep Tayyip Erdogan, à laquelle elle a fortement contribuée.

Flers : le communautarisme turc en plein cœur de la Normandie

On connaissait la communauté turque des grandes métropoles, particulièrement mise en lumière ces derniers mois. En revanche, la forte présence de ces groupements communautaires dans des petites villes françaises était méconnu. Une enquête du Figaro du 7 février a permis d’analyser la présence des populations d’origines turques au sein de la ville de Flers, petite commune normande située entre Laval et Caen, au cœur de l’Orne. Sur les 14 700 habitants qui la peuplent, 3 000 sont turcs, soit 21% des citadins.

Une présence importante qui métamorphose la ville. Le Figaro note la présence statistique de six kebabs pour 10 000 habitants, ce qui en ferait la “capitale nationale du kebab”. Au-delà de l’anecdote alimentaire, la ville est sous influence de l’Amicale franco-turque, dont le vice-président, Subay Sahin, est également maire adjoint de la ville. Dans les locaux de l’association, on y parle truc, on enseigne le turc, sa langue et sa version de l’Histoire. La population qui s’y croise est majoritairement conservatrice, communautarisée et pro Erdogan. Ce communautarisme s’étend dans toute la France. D’importantes communautés turques ont élu résidence à Strasbourg, Lyon, ou bien encore Paris. En tout et pour tout, cette diaspora engloberait 700 000 membres dans l’hexagone.

Les turcs ont immigré en France à la suite du coup d’État de 1960 pour bénéficier de l’abondante offre d’emploi en France pendant les Trente Glorieuses. Le choc pétrolier de 1973 ayant plongé la Turquie dans les affres de la crise, les turcs se sont installés définitivement sur notre territoire, aidés par le regroupement familial de 1976. Cette population, majoritairement rurale et sunnite était traditionnellement conservatrice et nationaliste. Soixante ans plus tard, le communautarisme a remporté son combat sur l’assimilation et la diaspora turque n’a rien perdu de ses liens avec la mère-patrie.

Preuve en est, le score de l’AKP de Recep Tayyip Erdogan sur notre territoire. Lors de l'élection présidentielle turque de 2018, 151 000 ressortissants turcs inscrits ont voté à 63,7 % pour l’actuel président turc. A Lyon, ce fut même un plébiscite, avec un score de 86,8,%. A Flers, l’Amicale franco-turque avait affrété des bus pour se rendre au consulat de Nantes lors du vote. Le Figaro relève que sur les sièges des bus avaient été déposé des “tracts et des pin's de l'AKP”.

Le score de l’AKP est révélateur de l’influence d’Erdogan, qui porte le projet d’un nouveau califat, porté par la diaspora étrangère. En France, la communauté turque pourtant discrète jusqu’alors, s’est manifestée politiquement dès 2001, à partir du moment où la France a reconnu officiellement le génocide arménien. Lorsque Valérie Boyer (LR) a présenté un projet de loi destiné à pénaliser le négationnisme de ce massacre en 2012, elle a provoqué des manifestations nationalistes, officiellement organisées par la Fédération des Turcs en France. Une fédération qui servait de paravent aux Loups gris, mouvement ultranationaliste turc dissous en novembre par le gouvernement.

Depuis, l’influence politique de la Turquie est loin d’être négligeable dans les lieux où sont installées ses antennes locales. Via la Ditib (Union des affaires culturelles turco-islamiques), elle gère 150 imams en France, et via la Millî Görüs, organisation politico-religieuse turque, environ 70 mosquées en France. A tolérer cette influence étrangère au sein de son propre territoire, la France a accepté que le communautarisme rampant modèle le visage de ses quartiers et de ses villes, bien au-delà des grandes métropoles. L’exemple turc prouve que la France est malheureusement en train de perdre la bataille de l’assimilation.

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