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Normandie : une association environnementale fait plier le géant Ferrero Abonnés

ARTICLE. Face au recours déposé par France nature environnement, le fabricant de Nutella renonce à son projet d’entrepôt logistique à Criquebeuf-sur-Seine, dans l'Eure. L’association environnementale a objecté que le projet se trouvait dans un milieu où vivent des populations d’oiseaux protégés.

Normandie : une association environnementale fait plier le géant Ferrero

Le bras de fer a tourné en faveur de l’association environnementale. France nature environnement (FNE) a fait plier le producteur italien de la pâte à tartiner Nutella, qui a décidé de renoncer à la construction d’un entrepôt logistique de 35.000 mètres carrés à Criquebeuf-sur-Seine, dans l'Eure. Ce centre était censé servir de stockage frigorifié et de conditionnement pour ses produits chocolatés.

Alors que le groupe Ferrero avait annoncé le projet en 2019, France nature environnement et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) avaient déposé un recours auprès du tribunal administratif de Rouen. En cause : le projet du géant italien, selon FNE, « se situait dans un milieu écologiquement très riche où sont régulièrement observées des populations d’oiseaux protégés, dont l’œdicnème criard (...) La zone initialement choisie pour la construction de l’entrepôt se trouvait être une des dernières zones de nidification de cette espèce très vulnérable dans le quart Nord-Ouest de la France ». Cet oiseau migrateur a une préférence pour les habitats secs, caillouteux, comportant un peu de terre nue, comme sur les bords de Seine. En effet, selon l’association, « la loi protège strictement les espèces les plus menacées, et leur destruction est interdite, sauf dans des cas et sous certaines conditions très limitatives, non présentes dans ce projet ».

Ferrero a pourtant tenté de faire échouer le recours des associations écologistes. Selon un article de Mediapart daté du 7 décembre 2020, l’entreprise avait essayé de traiter unilatéralement avec LPO en lui proposant une compensation sous forme de rémunération pour qu’elle retire son recours en justice. Ferrero a ainsi proposé à LPO Normandie des « mesures compensatoires » consistant en un investissement « sur 25 ans [de] 75.000 euros sur deux parcelles (…) pour créer un lieu de nidification » pour les oiseaux ; ainsi que « de rémunérer durant 25 ans la LPO Normandie en jours de travail ». La manœuvre a semé la zizanie au sein des activistes et LPO s’est retiré de la procédure de recours en estimant avoir « obtenu satisfaction de [ses] demandes ».

FNE n’a cependant pas retiré son recours et, Ferrero France, lassé de voir la procédure traîner, a décidé, fin février, d’abandonner le projet : « Nous retirons notre projet, car nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre le délai de la procédure de recours en cours, c'est-à-dire plus d'un an »,explique ainsi Fausto Rotelli, directeur des relations extérieures de Ferrero France.

Ce retrait de projet fait pourtant grincer des dents. Représentant 30 millions d’euros d’investissement par la société d’investissement GEMFI et 110 emplois pour la région, certains se félicitaient de l’établissement de cet entrepôt de logistique au cœur de l’Eure. Mais doit-on se soumettre dès qu’une société fait du chantage à l’emploi ? Pas sûr, d’autant que Ferrero réfléchit d’ores et déjà au nouvel emplacement de l’entrepôt que l’entreprise espère « en Normandie », dans un lieu, espérons-le, moins problématique pour l’environnement et la biodiversité.

En France, la biodiversité est en danger, puisque selon les scientifiques, « sur près de 14 000 espèces suivies en France, 2430 sont menacées d’extinction, soit près d’1 espèce sur 5 ».  Parmi les espèces particulièrement en danger, « 1/3 des oiseaux nicheurs sont aujourd’hui menacées d’extinction » en raison de la « perte continue des habitats naturels des espèces » causée par l’artificialisation des espaces.

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