Menu
nation
Covid-19
Le Conseil d’Etat ordonne à l’Etat d’autoriser la sortie des résidents des EHPAD Abonnés

ARTICLE. Les résidents des Ehpad vont à nouveau pouvoir sortir. Le Conseil d’Etat vient de suspendre “l’interdiction générale et absolue de sortie" décrétée par le ministère de la Santé en janvier. Cette interdiction a été déclarée « illégale » et « disproportionnée ». Un jugement rendu possible grâce à la campagne de vaccination dans ces établissements.

Le Conseil d’Etat ordonne à l’Etat d’autoriser la sortie des résidents des EHPAD
Publié le 4 mars 2021

Un peu d’air pour les résidents des Ehpad, voilà ce que vient de leur offrir le Conseil d’Etat. Hier, le juge des référés du Conseil d’État vient de considérer l’interdiction de sortie pour les pensionnaires comme étant disproportionnée et l’a suspendue. Le juge administratif suprême, saisi par les enfants d’une résidente, leur a ainsi donné raison, au grand dam du ministre de la Santé : cette interdiction était une “atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’aller et venir”.

A l’origine du contentieux, ces recommandations sous forme de fiche du ministère des solidarités et de la santé, datant du 28 janvier, pour la dernière. Dans celles-ci était indiqué que : “les sorties dans les familles et pour des activités extérieures sont suspendues temporairement jusqu’à nouvel ordre”. Étaient alors dans le collimateur du gouvernement, les Ehpad et les établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées.

Pour son jugement, le Conseil d’Etat s’est appuyé sur la stratégie vaccinale de la France, qui visait en priorité les pensionnaires de ces établissements. Relevant qu’au début du mois de mars : “plus de 80% des résidents des EHPAD et des Unités de soins de longue durée avaient reçu au moins une dose de vaccin (...) et plus de 50% des résidents (...) les deux doses requises”, il a considéré la condition d’urgence n’était plus justifiée par la situation sanitaire actuelle, surtout eu égard aux autres conséquences, psychologiques et physiques, provoquées par cet enfermement contraint.

Les Ehpad constituent le cœur de la problématique du COVID. En décembre, les résidents composaient plus de 44 % des morts liés à cette épidémie. Un chiffre particulièrement élevé, qui ne prenait même pas en compte les décès des pensionnaires partis à l’hôpital infectés par le virus et dont le nombre s’élevait à plus de 6 200. Des chiffres qui font peur et qui font que les Ehpad sont devenus un enjeu statistique de santé publique...et de communication. Un nouveau dérapage du nombre de victimes en France serait terriblement perçu par l’opinion publique. Et les Ephad sont le lieu le plus à risque.

Il faut donc serrer la vis, même au-delà du raisonnable. C’est ainsi que les résidents se sont vus en un an infantilisés, privés de visite, mis dans l’incapacité de voir leurs proches, même en cas d’agonie… une gestion taxée parfois d’inhumaine par les proches de ces personnes âgées. Alors qu’Olivier Véran subissait le feu nourri des critiques pour sa gestion de la crise vis à vis des Ehpad, il avait déclaré en août : ”je préfère encore à choisir protéger les gens quitte à les isoler mais en les accompagnant toujours avec humanité, plutôt que de prendre le risque de les voir mourir par dizaines parfois dans des conditions très difficiles."

Droit dans ses bottes, le ministre de la Santé ! Après tout, si l’on peut facilement relever le nombre de décès du Covid, on ignore le nombre de morts accélérées que ces mesures d’isolement ont pu, ont dû, immanquablement provoquer ces treize derniers mois chez les pensionnaires âgés. Ce phénomène a beau être régulièrement souligné par le personnel soignant, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de morts ”Covid” indétectables, qui ne pourront être brandis en accusation par l’opposition ou les citoyens. Un moindre mal, pour le gouvernement.

Malgré ce jugement important, le contexte n’est pas à l’euphorie dans les Ephad. La menace que font planer les variants sur ces établissements est réelle. Le Conseil d’Etat laisse donc le soin aux directeurs d’Établissement de décider les formes d’ouvertures (ou pas) les plus adéquates. Ce faisant, il fait peser une lourde responsabilité sur leurs épaules. Ce jugement ouvre également la porte à une sortie de crise globale, associée à un taux de vaccination acceptable dans la population française.

Mais avec une campagne de vaccination aussi lente que celle que mène la France, l’Etat peut souffler : le Conseil d’Etat ne risque pas d’imposer la lever des confinements ou des couvre-feux avant plusieurs mois.

0 commentaireCommenter