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Centrale de Flamanville : la sécurité pointée du doigt par l'Autorité de sûreté nucléaire Abonnés

ARTICLE. L’Autorité de sûreté nucléaire vient de mettre en demeure EDF de se conformer à la réglementation en matière de sûreté. Cette remontrance fait suite à un exercice inopiné le 11 janvier, qui avait montré les carences d’EDF à la centrale de Flamanville. Si le nucléaire est une nécessité, il ne faut pas badiner avec la sécurité.

Centrale de Flamanville : la sécurité pointée du doigt par l'Autorité de sûreté nucléaire

Décidément, l’EPR de Flamanville est rarement à la fête médiatique. En cumulant depuis des années les retards et autres problèmes techniques, l’installation fait rarement parler d’elle en bien. La décision de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), datée du 3 mars, ne va pas redorer son blason : elle vient de mettre en demeure EDF, l’exploitant de Flamanville, de se conformer aux dispositions réglementaires. Une décision qui fait suite à un exercice surprise déclenché en janvier 2021.

Le bilan de cette initiative de l’ASN est cruel : l’organisme a jugé que cette inspection n’avait pas apporté “un niveau de garantie suffisant vis-à-vis des objectifs fixés par la réglementation”. C’est dans la nuit du 11 au 12 janvier que les agents de l’ASN, dont le rôle est d’assurer le fonctionnement des centrales dans des conditions optimales de sûreté, ont provoqué un exercice inopiné à Flamanville. L’objectif de la manœuvre : simuler un exercice neigeux particulièrement violent, qui va nuire aux systèmes de refroidissement des réacteurs, à l’encombrement du réseau routier et va couper la centrale du reste du territoire. Un exercice douloureux pour EDF qui n’a pas su s’adapter.

Des retards réels ont été constatés : EDF a mis deux heures à avertir la préfecture du déclenchement du plan d’urgence, et un peu plus pour faire de même avec l’ASN. Une éternité lorsqu’il s’agit d’entamer l’évacuation des populations alentour. D’autres manquements ont été relevés : des informations incomplètes transmises aux autorités, des problèmes informatiques... pour l’ASN, il s’agissait alors de “carences en matière d’organisation”, indépendante du “professionnalisme” d’EDF. Une façon douce de faire passer une pilule particulièrement indigeste pour les citoyens qui attendent du nucléaire qu’il soit irréprochable.

Entre janvier et mars, EDF a bien tenté d’apporter une réponse à l’agent du nucléaire. Il a proposé des formations supplémentaires à la gestion des crises pour ses agents ainsi que des exercices supplémentaires en avril 2021 et pendant le second semestre. Une réponse jugée insuffisante pour l’Autorité de sûreté qui a estimé qu’elle n’allait pas assez loin. D’où la mise en demeure. Concrètement, si EDF ne respecte pas les délais de mise en place d’une organisation digne de ce nom, à savoir le 16 octobre 2021, elle s’exposera à une amende de 100 000 euros. Une sévérité qui s’explique aussi par l’apathie de l’exploitant : EDF avait trois ans pour se conformer aux règles édictées par l’ASN le 13 juin 2017.

Cette énième polémique à propos de l’EPR de Flamanville qui a de quoi inquiéter. Elle touche au nerf de la guerre du nucléaire, tant la sureté dans ce domaine énergétique s’avère être un enjeu primordial, à deux titres : on ne badine pas avec la sûreté dans un domaine aussi sensible et potentiellement dangereux. Et les opposants à cette technologie sont trop contents de pouvoir constater de tels manquements, pour valider leur doctrine anti-nucléaire. Des installations sûres et qui répondent à toutes les normes de l’ASN, voilà le prix minimum requis de légitimité pour exploiter l’énergie pilotable la plus écologique du marché.

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