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Éloge de l’assimilation : critique de l’idéologie migratoire Abonnés

CRITIQUE. Spécialiste du populisme, Vincent Coussedière s’attaque dans son dernier ouvrage à la question de l’immigration. Éloge de l’assimilation, critique de l’idéologie migratoire (Éditions du Rocher) propose une réflexion d’envergure sur un sujet longtemps mis sous le boisseau. Une leçon de philosophie politique et de courage intellectuel.

Éloge de l’assimilation : critique de l’idéologie migratoire

NB : Il est urgent de désacraliser le sujet de l’immigration et d’en faire à nouveau un sujet politique. Retrouvez nos analyses, nos diagnostics et nos prescriptions dans notre nouveau numéro Front Populaire n°4 : Immigrations, éviter le naufrage.

Encore un livre sur l’assimilation ? Vous ne faites que ça, à Front Populaire ? Nous parlons de l’assimilation, oui, pour contribuer à rendre ses lettres de noblesse à une notion décriée depuis près d’un demi-siècle. C’est le sillon que nous avons choisi de creuser avec le numéro 4 de notre revue, consacré à l’immigration. Pour ce faire, nous avons chroniqué de récents ouvrages qui en parlent sous l’angle historique (celui de Raphaël Doan) ou sous l’angle pragmatique politique (Lydia Guirous). Il manquait l’angle philosophique : la boucle est bouclée avec Vincent Coussedière.

Dans une tribune de 2006 dans le Figaro, Chantal Delsol disait ceci : « Dans la France contemporaine, où l’intelligence est surabondante, c’est le courage qui manque. »Le problème des livres sur l’immigration se situe souvent dans cette charnière : d’un côté, l’auteur intelligent qui manque de courage et s’en tient à des banalités pour ne pas faire de vagues, de l’autre, l’auteur courageux qui manque d’intelligence et délivre un flot de raccourcis déstructurés.

Et puis il y a les pépites qui allient l’intelligence critique et le courage intellectuel. C’est le cas de Vincent Coussedière. Essayiste provincial et professeur agrégé de philosophie, M. Coussedière n’est pas du sérail. Enseignant dans la région de Mulhouse, il a déjà mis les pieds dans le plat de la philosophie politique par deux fois avec son Éloge du populisme (2012), effort poursuivi avec Le retour du peuple : An I (2016). En guise de troisième salve, cet éloge de l’assimilation

Son éloge de l’assimilation est donc, en creux, une critique de l’idéologie migratoire. Et c’est cette idéologie migratoire que le philosophe entend déconstruire, pour en comprendre les mécanismes, et pour en réfuter les fondements. Et c’est ainsi que s’opère réellement une réfutation philosophique. Contrairement à ce qu’on observe sur la plupart des plateaux télé ou à ce qu’on peut lire dans bien des livres, réfuter une thèse ne signifie jamais énoncer la thèse inverse. Si votre contradicteur affirme A, affirmer B n’avance à rien, et surtout, cela ne réfute pas A, car si B réfute A, A peut tout aussi bien prétendre réfuter B, à l’infini. On ne peut réfuter une thèse qu’en la faisant éclater de l’intérieur. Voilà pourquoi l’intelligence et le courage sont de rigueur. Réfuter une thèse demande de faire tout le travail nécessaire – souvent long et fastidieux - pour la comprendre. C’est ce à quoi s’emploie ici Vincent Coussedière avec brio.

Alors l’immigration, un phénomène « naturel » sur lequel il serait de mauvais goût de se questionner ? Non, un phénomène social qui devrait susciter l’étonnement. Pourquoi ? Parce que la condition naturelle de l’homme est d’être un « animal politique », c’est-à-dire un animal historique qui mène une vie sociale avec ses semblables. Cela, depuis l’aube des temps, et pour des raisons fondamentales d’anthropologie, implique un espace de délibération (un territoire) protégé (par des frontières). Il est donc tout à fait naturel que l’immigration soit un vecteur d’inquiétude pour les peuples, et cela a toujours été le cas dans tous les types de société. Cette inquiétude est aujourd’hui niée et manipulée par une superstructure idéologique volontairement culpabilisante (sur laquelle surfe toute l’extrême-gauche indigéniste et intersectionnelle).

« Nous montrerons en ce sens que la théorisation de la démocratie post-nationale et multiculturelle, sur laquelle se fonde l’idéologie migratoire, repose essentiellement sur un affect de honte et de mauvaise conscience, lié au cadre réputé limité et égoïste de la démocratie nationale. La force de l’ancrage affectif de l’idéologie multiculturelle vient d’abord de la honte de la tradition assimilationniste française qu’elle a su instaurer », prévient l’auteur en introduction.

L’idéologie migratoire tend ainsi à nier en tant que telle la notion d’étrangers. Et effectivement, du point de vue multiculturel, il n’y a pas d’étrangers, il n’y a que des individus libres d’appartenir ou pas, sur la base de leur libre choix, à telle ou telle communauté politique. Ce point de vue n’est pas politique, car il fait fi des réalités inhérentes à la condition politique de l’homme (il y a toujours un « nous » et un « eux »). C’est en revanche un point de vue purement moral qui entend que chacun devrait pouvoir être chez lui n’importe où. Position de salon bien convenable, mais concrètement impraticable.

Pourquoi faut-il repenser l’assimilation sur des bases philosophiques ? Parce que l’assimilation est la condition de la nature sociale et politique de l’homme. « A travers l’idéologie migratoire, l’homme ne cherche rien de moins qu’à échapper à sa condition d’animal politique », note l’auteur. Or si l’homme, pour créer les conditions de la vie politique, tend à produire du même, c’est à dire à rendre un corps social le plus homogène possible, alors le refus de l’assimilation prépare naturellement une contre-assimilation… « celle de l’autochtone à l’étranger, et non plus celle de l’étranger à l’autochtone. » La mise en garde est d’ampleur : assimiler ou être assimilé, il faut choisir, et si vous refusez de choisir, par moraline ou par lâcheté, c’est la démographie qui choisira pour vous.

Quel rôle a joué Jean-Paul Sartre dans la montée en puissance française de la honte de soi ? Comment le verrou affectif de l’idéologie migratoire s’est-il mis en branle après la Seconde guerre mondiale ? Comment s’est construite la promotion de l’identité victimaire ? Par quels relais une chape de plomb a-t-elle fini par coloniser les médias ? Pourquoi et comment partis de droite et de gauche se sont-ils couchés en promouvant une « intégration » édulcorée ? Pourquoi et comment la laïcité doit-elle être repensée ? Pourquoi et sur quelles bases l’idéologie migratoire post-nationale est-elle soutenue par l’Union européenne ? Pourquoi la coexistence multiculturelle n’est pas socialement viable ? Comment sortir de cette idéologie et reconstruire un cadre national politiquement viable ?

Réponses dans ce livre à la fois courageux, érudit et pédagogique. Il y a encore des gens qui pensent en France, soutenons-les !

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