Menu
international
Arménie
En Artsakh (Arménie), l’épuration culturelle a commencé dans l’indifférence générale Abonnés

EDITO. À la suite du documentaire réalisé en novembre dernier, « Arménie, un choc des civilisations », Stéphane Simon, co-fondateur de Front Populaire, vous donne des informations que vous ne lirez ou n’entendrez malheureusement nulle part ailleurs. Dans un silence international écrasant, les édifices et les églises arméniennes sont désormais détruits en Artsakh, région conquise récemment par l’Azerbaïdjan. Comme en Afghanistan, où l’on se souvient du sort des Bouddhas de Bamiyam, dynamités. Un combat pour la mémoire et l’honneur se joue en Arménie, nous alerte Stéphane Simon.

En Artsakh (Arménie), l’épuration culturelle a commencé dans l’indifférence générale

NB : Il est urgent de désacraliser le sujet de l’immigration. Retrouvez nos analyses, nos diagnostics et nos prescriptions dans notre nouveau numéro Front Populaire n°4 : Immigrations, éviter le naufrage.

Les nouvelles d’Arménie, en particulier du territoire autonome de l’Artsakh (Haut-Karabakh) ne sont pas bonnes. Nous avions prévenu. Nous avions filmé l’horreur et la détermination de l’Azerbaïdjan à détruire les Arméniens de l’Artsakh. C’était en novembre. Avec Michel Onfray, et alors que certains se demandaient ce que nous allions faire à 4500 kilomètres de Paris, en pleine pandémie, nous avions répété que se jouait là-bas un choc des civilisations qui n’est pas sans préfigurer ce qui arrive en Europe, et en particulier en France.

La France d’Emmanuel Macron, incapable d’entraîner l’Allemagne et sa minorité turque qui soutiennent les Azéris dans cette nouvelle entreprise génocidaire, a laissé massacrer nos cousins orientaux d’Arménie, ce peuple merveilleux, véritable fils aîné de l’Église – puisque premier peuple de l’Empire romain à s’être converti au christianisme, en 301. Nous avons vu là-bas une armée de paysans et de villageois faire face à une armée azérie renforcée par le soutien turc et ses généraux, dopée par les drones Israéliens, et c’est le cœur en miettes que nous sommes rentrés de ce territoire si lointain – mais si proche à la fois – qui partage avec nous le même héritage civilisationnel.

Nous avons vu les maisons fumantes ou en ruines que les Arméniens laissaient derrière eux, et les merveilleuses églises du haut Moyen Âge, témoignages de ce que fut la vitalité judéo-chrétienne en ces terres millénaires. Nous avons témoigné de ce qui se jouait là-bas et du nouveau génocide qui s’y commet à bas bruit.

L’armée turco-azérie, avec ses lots de mercenaires sortis des rangs de Daesh, a été arrêtée, après 45 jours de massacres, par Poutine, qui depuis a déployé en Artsakh (Haut-Karabakh) une force d’interposition. Le président russe en profita pour renforcer sa présence dans la région – présence qui s’était effilochée depuis l’arrivée au pouvoir de Nikol Pashinyan, homme déterminé à en finir avec la corruption héritée des années de domination soviétique.

Nous sommes à présent en mars et alors que les canons se sont provisoirement tus, l’Azerbaïdjan n’a pas encore étanché sa soif de vengeance. Sur les territoires conquis (environ 70% de l’Artsakh autonome), les hommes du président de l’Azerbaïdjan Ilham Aliyev passent le Kärcher pour éradiquer la moindre trace de l’esprit arménien et de sa présence arménienne. Après avoir fait disparaître les derniers otages arméniens, les voilà attelés à une vaste démarche d’épuration culturelle.

Les hommes d Aliyev s’attaquent désormais aux églises millénaires. L’une d’entre elles, à Shushi (Kanach Zam) a été rasée, comme en témoigne l’image satellite plus bas, et les autres vont être expurgée de leurs inscriptions médiévales arméniennes.



C’est le combat de la mémoire qui se joue désormais. Des inscriptions gravées profondément dans la pierre au Moyen Âge (qui encadrent souvent les « pierres croix ») avec l’alphabet arménien, inventé en 410, sont enlevées au burin. Toutes traces culturelles attestant de la présence arménienne dans cette région est appelée à disparaître au profit d’une fable d’État qui ferait rire n’importe quel connaisseur de l’histoire : ce seraient des églises albanaises (sic) que les Arméniens se seraient arrogées récemment et qu’il s’agirait de « nettoyer » à présent de leur impureté. Le triste ignare Ilham Aliyev, despote de son peuple, assis sur les richesses que lui procure la vente d’hydrocarbures, joue à détruire, comme tous les tyrans avant lui, la mémoire de l’humanité. Exactement comme les talibans en Afghanistan ont abattu et ruiné les bouddhas de Bamiyan. Cette façon pour un peuple musulman de détruire l’autre, de s’attaquer à expurger même son histoire est la plus forte des interpellations à ce que devrait être la conscience universelle.

Que fait l’Union européenne ? Rien (et nous l’avons assez déploré !). Que fait l’ONU ? Rien. Que fait l’UNESCO ? Rien, et même pire : cette dernière vénérable institution a accepté des enveloppes mirifiques de madame Aliyev, désormais réputée « bienfaitrice de l’UNESCO ». En échange de quoi, l’UNESCO n’a désormais même plus le droit d’envoyer une délégation en terres « albanaises » tant que l’épuration culturelle ne sera pas terminée. Dans cette région du monde, oui, le déshonneur occidental est décidément à l’œuvre.

0 commentaireCommenter