Menu
analyses
Alsace
La communauté européenne d'Alsace vue par les Alsaciens de Front populaire Abonnés

OPINION. Faisant suite aux articles et commentaires parus sur le site de Front Populaire sur la Collectivité Européenne d’Alsace (CEA), des alsaciens de Front Populaire&Cie ont souhaité donner leur point de vue pour défendre leur région.

La communauté européenne d'Alsace vue par les Alsaciens de Front populaire
Publié le 21 mars 2021

Comme tous les membres de Front Populaire&Cie nous partageons les constats sur le déclassement de notre pays, la France et nous sommes en phase avec les solutions à proposer : nous aimons la France et notre Région avec ses spécificités « l’Alsace » que nous ne supportons plus de voir dépérir culturellement et économiquement, année après année.

Avant tout développement, quelques brefs rappels historiques.

L’Alsace devient française au milieu du XVIIème siècle car elle est annexée par Louis XIV. Après la défaite de 1870 ; elle devient allemande (avec la Moselle). L’arrondissement de Belfort est sauvé par l’armée française. Elle redevient française en 1918 jusqu’à son annexion par l’Allemagne en 1940 avant de revenir française en 1945. Ce territoire a payé un lourd tribut pendant la première guerre mondiale - il est important de dire qu’environ 20 000 alsaciens allemands ont choisi de se battre sous l’uniforme français. Mais c’est surtout la deuxième guerre mondiale qui va profondément meurtrir l’Alsace-Moselle. Sur les 130 000 incorporés de force dans l’armée allemande envoyés majoritairement sur le front de l’Est, « les malgré-nous », 20 000 sont morts et 20 000 sont toujours portés disparus. Certains ont même démarré la guerre sous l’uniforme français, puis allemand, et français dans les forces libres après avoir été récupérés dans le camps russe de Tambov. Les monuments aux morts en Alsace Moselle ne portent pas l’inscription « Morts pour la France » mais

« A nos morts ».

Il faut comprendre qu'au début du siècle passé, l’Alsacien était la principale voire l'unique langue des alsaciens : de transferts d'un pays à un autre au gré des conflits, de censure brutale des politiques culturelles allemand autant que françaises, il ne restait que 800 000 locuteurs, de l’alsacien en 2012.

(source : OLCA : http://www.olcalsace.org/fr/observer-et-veiller/le-dialecte-en-chiffres)

Cette Histoire complexe et mouvementée permet de comprendre la très forte identité régionale et le particularisme alsacien – droit local, régime concordataire, régime spécifique sur la sécurité sociale héritées du droit allemand. Elle explique également pourquoi l’alsacien apparaît à tort comme étant

« assis le cul entre deux chaises ». Comme disait un intellectuel alsacien en 1890, « nous ne pouvions pas être français, nous ne voulions pas être allemands, il restait à inventer l’Alsace ». Ce sentiment est encore fortement partagé,

Mais cette identité régionale qui se perd, a été littéralement attaquée par la mise en place de la loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions sans aucune concertation des populations locales et donc par la création de la Région Grand Est : cela a été, à juste titre, vécu comme une première trahison !

Cette région du « Grand n’importe quoi » a été majoritairement rejetée par les alsaciens – il n’est pas rare de voir apposer sur les panneaux d’entrée des villages un bandeau noir – signe du deuil que porte les alsaciens sur la perte de leur Région. Et ils ont raison, car cette nouvelle Région est trop grande, trop vaste, elle n’a pas de culture commune, d’unité même si certains politiques locaux ont récemment embauché des consultants pour inventer une histoire commune. Rien de tel qu'une belle réécriture de l'Histoire aux frais du contribuable pour apaiser les esprits …

Cette Région ne signifie rien car elle n’a pas de centre clairement identifié, l’alsacien vous dira que c’est Strasbourg, le lorrain Metz ou Nancy et le champardennais Reims ou Chalons.

Il est clairement établi qu’une région doit être cohérente avec sa population, son Histoire, sa culture, son économie, …On nous a vendu cette région en nous disant qu’il y aurait des économies, mais

vraisemblablement il n’y en aura aucune, voire cela créerait de nouvelles dépenses. On nous a dit qu’il fallait faire comme les autres pays qui ont tous des grandes régions, mais la Sarre qui est un des 16 Landers allemand est 3 fois plus petit que l’Alsace, la Vallée d’Aoste en Italie est 2,5 fois plus petite que l’Alsace et bien d’autres.

Alors pourquoi avoir créé cette région qui n’a aucun sens qui n’apporte aucune économie et qui suscite un rejet profond en Alsace.

Alors, nos élites alsaciennes avec le concours des parisiennes ont eu une nouvelle idée : initier la Collectivité Européenne d’Alsace.

Pour se faire, un référendum sur la fusion des deux départements alsaciens s’est déroulé en 2013. Cette consultation avait pour but de créer une nouvelle collectivité unique par la fusion des deux conseils généraux, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, vers le renouvellement du Conseil d'Alsace. Bien que le « Oui » l’ait emporté, le projet a été majoritairement rejeté par les électeurs du Haut-Rhin.

D’autre part, dans le Bas Rhin, le « Oui » n’a concerné que 23% des inscrits. Les conditions nécessaires à l’approbation de ce projet n’ont pas été remplies (50% des suffrages dans les 2 départements et au moins 25% des voix des électeurs inscrits sur les listes électorales). Pour la petite histoire, un mois avant le référendum, un sondage donnait le « Oui » à 70% dans le Haut- Rhin. Ah les sondages, toujours aussi fiables ! Organisateur de la démarche, le Président de la Région Grand Est de l'époque, Philippe Richert, avait d'ailleurs un peu plus tard, payé un prix politique à cet échec en étant quasiment évincé de la politique locale. Quand les ambitions personnelles de certains ministrables entrent en contradiction avec les logiques locales, les conséquences sont parfois et à juste titre désastreuses ...

Et donc, comme nous en avons l’habitude dans ce pays ultra centralisé, au régime aristocratico- administratif où ses élites n’écoutent plus le peuple, comme les alsaciens ont dit « Non », on va quand même leur créer cette super collectivité.

Et « hoplà » (comme on dit par chez nous) : deuxième trahison … ça commence à faire beaucoup

… cela ne rappelle-t ‘il pas un certain référendum maastrichtien ?

Enfin, l’appellation Collectivité Européenne d’Alsace (CEA) apparaît pour beaucoup et c'est assez maladroit en termes d'image, une façon de mettre l'appartenance à la France en second rang derrière l’Europe.

Il faillait également choisir un logo de la CEA pour apposer sur nos plaques d’immatriculation. Pour cela, il y a eu un sondage pour choisir entre trois logos. Mais là encore, il y a eu certainement manipulation pour promouvoir le signe déjà existant de la marque Alsace (le bretzel) au détriment du vrai symbole Alsacien, en opposant le bretzel à deux drapeaux, dont le drapeau historique. Et encore une façon de saborder l’histoire de l’Alsace en mettant en avant un symbole purement marketing et mercantile. Voilà donc notre fière Alsace représentée par un symbole alimentaire et un drapeau européen, imagine t'on la Bretagne représentée par un « Kouign aman » ou la Corse par une châtaigne ?

Les compétences de cette CEA sont les suivantes : relations transfrontalières, promotion du bilinguisme, stratégie marketing territoriale, et la gestion des voies routières. A l’exception des routes, toutes ses compétences étaient déjà parfaitement gérées par les deux départements.

Le président de la CEA, Fréderic Biery, dès ses premières allocutions en qualité de représentant temporaire avant les élections a demandé le démembrement de la Région « Grand Est » :

On peut se poser la question de l'ampleur des manœuvres des politiques alsaciens pour tenter de remettre sur pied la Région Alsace. Mais en attendant, nous envisageons cette CEA comme un espace de transition et appelons de nos vœux le retour de notre Région Alsace, une Région française tournée « en même temps » (le modus operandi systémique de notre Président !) évidemment prioritairement vers la France, mais aussi inévitablement vers l’Allemagne et la Suisse.

0 commentaireCommenter