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Analyses
Classe moyenne
La revanche des idiots utiles Abonnés

OPINION. Dans ce texte, notre abonné développe une belle ode à la majorité silencieuse. Celle qui peine à se retrouver entre les clivages politiciens désuets et les dérives progressistes hors-sol. Celle qui aspire à sortir de la résignation pour reprendre sa place légitime dans la démocratie.

La revanche des idiots utiles

Pas assez riches pour aimer l’argent, pas assez pauvres pour l’être vraiment. Ils sont ce que les sociologues qualifient de Français moyens, les « gens du milieu » en quelque sorte. Ceux qui, chaque année donnent environ un mois de salaire à l’impôt parce qu’ils ont la chance d’avoir pu trouver du boulot ; ceux qui ne rentrent jamais dans les critères d’éligibilité dès qu’ils rédigent le dossier d’aides pour isoler leur maison ou refaire l’électricité ; ceux qui ne perçoivent aucune bourse pour les études du petit dernier, car encore une fois, pour quelques centaines d’euros, ils passent à côté ; ceux qui ont une voiture pour partir quinze jours en vacances et le restant de l’année s’en servent pour aller travailler ; ceux qui remboursent leurs dettes parce qu’ils ont pu emprunter ; ceux qui n’ont pas de troisième enfant car ils ont peur de ne pas pouvoir l’élever ; ceux qui trouvent les pandores trop zélés quand ils verbalisent celui qui n’a pas bien ajusté son masque sur le nez et qui condamnent ceux qui caillassent la police ou saccagent le bien d’autrui en toute impunité ; ceux qui préfèrent le discours d’Olivier Marshall à celui de Camilla Jordana ; ceux qui rêvent d’une Europe en laquelle ils ne croient pas, qui en ont assez de payer pour l’écologie punitive et se foutent royalement de l’écriture inclusive ; ceux qui ne sont pas féministes parce qu’ils ne sont pas antiféministes, qui ne sont pas antiracistes, parce qu’ils ne sont pas racistes, qui séparent sagement leurs déchets mais qui commencent à se demander à qui profite le tri : ceux qui n’ont pas voté Le Pen mais qui ne voteront pas Macron cette fois ci…

Pourquoi ? Parce qu’ils en ont assez d’être les idiots utiles. Cette variable d’ajustement courtisée par toutes les tendances, qui redoute les déséquilibres et se méfie des marchands de raisonnements.

Et pourtant, ils sont ceux qui tournent la clé de contact chaque matin pour que la France puisse avancer. Ils sont l’eau qui dort et le volcan qui sommeille. Ils ne s’embarrassent d’aucune idéologie, n’adhèrent à aucun parti, à aucun syndicat, à aucune association qui viendrait travestir leurs modus vivendi ou influencer leur esprit. Ils sont les piliers résignés mais lucides de notre société, jusqu’au jour où, fatigués et déterminés, ils seront plus lucides que résignés.

Les voici donc, ces millions de Français incontrôlables car silencieux, inclassables car trop besogneux. Oui, les voici qui attendent 2022, comme le sportif guète l’exploit, comme le renard attend sa proie. Ils écoutent sans conviction tous ces médias prescripteurs d’opinions en qui ils n’ont jamais eu confiance, laissent s’exprimer quelques artistes de variété qui essaient de vendre ce qu’ils pensent à n’importe quel prix pourvu qu’il conduise au royaume des nantis. Ils essaient de démêler l’écheveau politicien depuis ces gradins où ils observent les manoeuvres, les combinaisons, les alliances contre nature, les petits parjures, les grandes trahisons, et tout ce qui de près ou de loin participe à cette perte de confiance qui fera le résultat des élections. Car ils sont, à bien y regarder, ces Français que l’on a un peu trop sous-estimés. Quelque part dans les nuances de plus en plus perceptibles d’une véritable contestation.

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