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Covid : Paris-Roubaix à nouveau menacé de report Abonnés

ARTICLE. Les nuages s’amoncellent sur "l’enfer du Nord". Pour lutter contre la troisième vague qui frappe sévèrement le nord de la France, le préfet envisage sérieusement le report de la course Paris-Roubaix. Pourtant, le cyclisme professionnel a su s’adapter, face au Covid. Mais les décideurs français semblent peu réceptifs à ses arguments.

Covid : Paris-Roubaix à nouveau menacé de report
Publié le 27 mars 2021

L’histoire se répète en 2021. Tout comme l’an passé, le printemps cycliste pourrait à nouveau se voir privé de la “plus belle des classiques.” Une décision qui repose à nouveau sur les épaules du préfet du Nord et des Hauts-de-France. L’issue de la réflexion ne laisse que peu de place au doute. Mercredi, le Parisien anticipait un choix qui devait être annoncé dans les prochaines heures. Tout indiquait, selon le quotidien, un report de la course en octobre.

Une position tempérée par la Ministre des Sports Roxana Maracineanu qui expliquait jeudi, sur France Info, que rien n’était encore acté officiellement. Quand bien même, sa déclaration ne laissait guère place à l’optimisme : “c’est un département où il y a une vraie problématique sanitaire. Il n’y a pas suffisamment de lits, beaucoup de malades...Peut-être que cet événement devra être reporté.”

Lundi, au micro de France Bleu, le préfet Michel Lalande traitait la question du report, non sans une certaine désinvolture, exprimant son scepticisme quant au maintien de l'épreuve. A l'évocation du voisin belge, qui parvient tout de même à conserver ses courses en cette période délicate, c’est à peine si le représentant de l’Etat ne levait pas les yeux au ciel en répondant : “Il faudra m'expliquer la cohérence avec les gestes barrières et tout le reste". Une position dont l’analyse plonge les bénévoles de l'association Les Amis de Paris-Roubaix, en charge de la restauration des routes pavées, dans le désarroi : “Pour nous, c’est mort à 90 % (...) Le préfet ne va pas changer d’avis comme cela. C’est un coup de massue.

Une décision qui s’expliquerait par la situation sanitaire en France mais plus spécifiquement, dans les Hauts de France. L'Agence régionale de santé de la région de Xavier Bertrand vient d’alerter sur la saturation des hôpitaux, où plus de 90% des lits en soins intensifs sont occupés. La région confinée, craint l’émergence de nouveaux foyers.

Une position compréhensible, qui se heurte pourtant aux mesures sanitaires drastiques qu’a su mettre en place le cyclisme professionnel depuis un an. Les compétitions sont particulièrement surveillées, les bulles sanitaires font leurs preuves, et les cas de Covid au sein du peloton professionnel, ou de son entourage, sont rares. Quid alors des spectateurs massés au bord des routes ? D’une part, une étude de l’institut Pasteur a dévoilé la semaine précédente qu’environ 5% seulement des personnes contaminées l’avaient été en extérieur. D’autre part, l’organisateur ASO a proposé un protocole sanitaire strict visant à interdire l’accès au public dans les endroits chauds de la course, traditionnellement bondé de spectateurs, comme sur la trouée d’Arenberg ou le Carrefour de l’Arbre.

Des mesures de bon sens, aptes à satisfaire tout le monde, des spectateurs aux cyclistes, en passant par les élus locaux, mais qui ne semblent pas, pour le moment, convaincre les décideurs. Pourtant, les courses cyclistes à travers l’Europe ne provoquent aucuns drames depuis la reprise de la saison. L’Italie, pays durement touché par le Covid a maintenu la Primavera, cette classique prestigieuse qui s’élance de la Piazza del Duomo, au cœur de Milan, et qui s'achève à San Rémo. La première ville était d’ailleurs en zone rouge tandis que la seconde était en zone orange.

Bien entendu, les spectateurs plus ou moins amoureux du vélo survivront à un report ou une annulation de la course. Mais le préfet ignore-t-il à ce point qu’une partie du cœur de la France bat au rythme du sport ? Il n’est pas exagéré d’écrire que pour les habitants de la région ou pour les amoureux de vélo, Paris Roubaix est une messe à ciel ouvert. Un rituel où l’on vient célébrer “l’enfer du Nord”, un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte. Un spectacle où l’on vient scruter les visages des athlètes maculés de poussière, admirer l’agilité de ces petits êtres fragiles, ou de ces colosses, qui tressautent sur ces pavés acérés qui ne leurs laissent aucun répit. Paris Roubaix est désormais une course d’un autre temps, un temps où il n’était alors pas question de Covid ou de bon sens décisionnel.

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