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La réconciliation par le Service national Abonnés

OPINION. Pour réconcilier notre société fragmentée par le communautarisme et lui permettre de se trouver un destin commun, un service national pourrait être un début de solution. Mais, il faut pour cela sortir des fantasmes et affronter en face les défis futurs.

La réconciliation par le Service national
Publié le 4 avril 2021

Dans une analyse publiée le 16 février dernier sur le site Front Populaire, Charles Rojzman explique la nécessité pour notre Nation d’aller vers une réconciliation, travail impératif pour permettre de retrouver une véritable cohésion nationale. Et l’auteur de conclure : « Comment pourraient se réaliser concrètement ces dialogues qui, selon moi, sont aujourd’hui nécessaires pour retrouver une cohésion nationale et faire face à l’ennemi totalitaire qui veut s’emparer des âmes et des corps ? Il ne m’appartient pas de le dire ».

Il est vrai que les lieux d’échanges et de débats se font de plus en plus rares. Un problème accentué par la crise sanitaire actuelle. L’affaire Samuel Paty a montré que même l’Éducation nationale n’était plus un sanctuaire du débat. Quant aux réseaux sociaux, leurs algorithmes ne vont pas en favorisant le rapprochement des contraires. Quelle solution proposer dans ce cas pour réaliser les dialogues nécessaires entre les citoyens Français ? Car il en faudra une, ou bien ce sera la guerre civile.

Il y a un dispositif régulièrement évoqué, qui pourrait constituer un début de solution : le service national. Le problème, c’est qu’il génère autant de fantasmes que ladite guerre civile, qu’il est pourtant censé empêcher. Le premier d’entre eux est de penser qu’il suffit de réunir des jeunes de tous horizons et de les impliquer dans des activités paramilitaires pour qu’apparaisse spontanément la cohésion nationale tant souhaitée. L’erreur des projets régulièrement avancés au Parlement ou dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle est de fixer comme objectif premier à leurs « services » celui de la cohésion. Cependant, comment mesurer concrètement les résultats accomplis ? N’y a-t-il pas déjà des institutions capables de renforcer cette cohésion ? Comment inscrire cet effort dans la durée ?

Or, le service national d’antan n’a jamais été conçu comme une fabrique de la cohésion : il s’agissait d’un outil à disposition de l’État pour assurer ses missions, en l’occurrence celle de garantir la défense du pays. Il impliquait tous les citoyens (et vers la fin, les citoyennes volontaires) dans un travail au profit de la Nation. C’est cet investissement personnel au contact des Français, pour les Français, qui a été un facteur de cohésion. Voilà pourquoi un service national retrouvé doit être conçu comme un travail au profit de la Nation. Les « dialogues » dont Charles Rojzman montre la nécessité sont au cœur du monde du travail, où vous devez communiquer avec vos collègues, respecter une hiérarchie, être à l’écoute de l’usager.

Avant d’aller plus loin, il faut rappeler quelques platitudes : tout d’abord, il n’y a pas besoin d’un service militaire mobilisant 750 000 jeunes en armes aujourd’hui. Sans parler des infrastructures nécessaires à l’hébergement, les Forces armées ne pourraient pas assurer l’encadrement de ces conscrits. Il faut donc enterrer cette approche, mais conserver son principe de mobilisation : car la fonction publique souffre du manque de moyens humains dans de nombreux secteurs : pas assez d’assistantes maternelles pour encadrer les élèves à un âge où tout se joue, pas assez d’infirmières, de pompiers, trop peu de personnels pour armer une police de proximité efficace, manque de moyens humains dans les petites mairies... Les exemples sont nombreux.

Dès lors, pourquoi ne pas mobiliser la jeunesse au service de l’État et des collectivités territoriales ? Vaste chantier, me direz-vous, mais il est à la hauteur des défis immenses auxquels notre pays va devoir faire face. Car au-delà de « l’ennemi totalitaire », nous devrons probablement affronter des crises nouvelles, qu’elles soient sanitaires, économiques, écologiques, géopolitiques, sécuritaires. Il y a cependant une bonne nouvelle, c’est que nous disposons d’ores et déjà des moyens nécessaires à la création d’un service national centré sur le travail comme facteur de cohésion.

Il y a tout d’abord le service civique, qui est une véritable réussite. Depuis sa création, il a constitué un appui non négligeable à de nombreuses associations et aux collectivités territoriales. Il a montré également le désir d’engagement d’une grande partie de la jeunesse au profit du collectif. Il est tout à fait envisageable de le rendre obligatoire, d’allonger sa durée et de l’orienter au profit de la fonction publique. Ce service pourrait s’insérer dans le parcours de la jeunesse, en comptabilisant par exemple les stages effectués au profit de la fonction publique dans la durée effectuée du service, ou bien en exemptant de ce Service civique les personnes ayant un emploi, de leur sortie d’étude à leur trentième année. En outre, l’avantage du Service civique étendu est qu’il ne nécessite pas la construction de dizaines de casernes, la production de millions d’uniformes ou l’organisation d’un corps d’encadrement.

Ensuite, il faut rappeler qu’environ 100 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans diplôme ni qualification. En 2016, le gouvernement a mené une étude montrant que le coût d’un décrocheur sur l’ensemble de sa vie représente en moyenne 230 000 euros. Or il existe actuellement des dispositifs très performants qui sont le Service Militaire Adapté, le Service Militaire Volontaire, les EPIDE (Établissement pour l’insertion dans l’emploi), les réseaux E2C (École de la deuxième chance) : ils permettent aux jeunes d’obtenir une qualification ou un diplôme, de les renforcer sur les compétences nécessaires à la vie en société, et de les insérer professionnellement (avec des taux d’insertion à la sortie allant de 60 à 80%). Là aussi, pourquoi ne pas généraliser ces dispositifs à tous les décrocheurs ? Le coût de mise en place serait largement compensé sur le long terme, et j’ose même dire qu’il générerait des économies.

Enfin, un certain nombre de volontaires parmi ces 750 000 jeunes pourraient être mis à contribution des Armées. Plusieurs milliers de soldats (les chiffres varient selon les périodes) sont déployés sur notre sol dans le cadre des opérations Sentinelle et Vigipirate. Ce sont des professionnels qui mènent un combat difficile contre un ennemi aguerri : ils doivent avoir le temps de se former, de s’entraîner, et de se reposer. Aussi, les patrouilles pourraient être assumées par des appelés, de même que les gardes régimentaires et de dépôts, permettant à nos soldats de se concentrer sur leur cœur de métier.

Le coût annuel d’un tel service est estimé à environ cinq milliards d’euros, pour un an de contribution directe de 750 000 jeunes au fonctionnement de la Nation. Mais au-delà de l’aspect financier, il représente un moyen concret de soutenir le service public dans son fonctionnement, tout en renforçant la cohésion nationale, qui est devenue un enjeu fondamental de notre défense.

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