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Avec la crise Covid, le monde rural séduit de plus en plus les Français Abonnés

ARTICLE. Familles rurales et l’IFOP publient les résultats de deux sondages sur la perception qu’ont les Français des territoires ruraux. Les opinions sur la campagne sont de plus en plus positives, malgré le manque de service public. Ils sont de plus en plus nombreux à envisager d’y déménager.

Avec la crise Covid, le monde rural séduit de plus en plus les Français

Et si la crise du Covid devenait la bouée de sauvetage des campagnes françaises ? Dans la lignée de notre entretien sur le sujet avec Anthony Cortes, une enquête de Familles rurales, réalisée en partenariat avec l’IFOP et publiée cette semaine, démontre que la campagne jouit d’un regain d’intérêt manifeste. 72 % des personnes interrogées (1 502 personnes spécifiquement rurales, et 1 006 personnes représentatives de l’intégralité de la population) considèrent que le monde rural connaît un renouveau. C’est 29 points de plus qu’il y a deux ans, lorsque Familles rurales avait commandé la même enquête. Et ce n’est pas le seul point à connaître une évolution considérable : ils sont 66 % à considérer que les territoires ruraux sont dynamiques, contre 50 % en 2018.

Certains points font consensus : 94 % estiment que le monde rural gagnerait à être connu. Pour 80 % des sondés, il s’agit du cadre idéal. Et les personnes directement concernées, les “ruraux”, plébiscitent leur mode de vie : 97 % estiment qu’il est préférable de vivre à la campagne. Les zones rurales ne sont plus l’espace d’un fantasme épié de loin : ils sont 5 % de plus qu’il y a deux ans à envisager d’aller vivre et travailler à la campagne. Un chiffre qui concerne un nombre important de Parisiens. 45 % d’entre eux, après un an de confinement et de couvre-feu entassés dans des appartements minuscules, rêvent d’espace et de verdure.

Pour autant, si l’amélioration de l’image est notable, la fracture territoriale demeure. Le monde rural reste un monde qui, s’il attire les populations en quête de sens, de calme et de qualité de vie, souffre d’un désengagement continu de l’État. Désengagement qui a grandement explosé aux yeux de tous, lors de la crise des gilets jaunes, en 2018. Un mouvement vite ringardisé. Qu’il ait été initié par les habitants des campagnes et des zones périurbaines n’y était sans doute pas pour étrangers.

Le manque de service public et ses ramifications demeurent le point noir de la campagne. Les maternités ferment, les lits d’hôpitaux se font plus rares, de plus en plus de gares de village observent tristement les trains les traverser sans s’arrêter… C’est là tout le paradoxe de ces territoires reculés, que Marianne a laissés péricliter durant tant d’années : ils attirent, mais les citadins ont peur de perdre toutes les facilités du quotidien en y déménageant. Environ 44 % des sondés estiment que le manque de commerces est l’une des principales faiblesses du monde rural. 56 % considèrent la lutte contre la désertification médicale comme prioritaire. Ce n’est pas anodin : une étude publiée en décembre par l’Association des maires ruraux explique qu’un citadin qui déménage dans une zone hyper rurale le paiera au prix d’une perte d’espérance de vie en moyenne de 2,2 ans.

Pour autant, tout n’est pas morose : respectivement 60 % et 55 % des habitants de la campagne interrogés estiment que l’accès à internet et la qualité des télécommunications se sont améliorés. Outre le fait de voir une situation anormale enfin rectifiée (ne rêvons pas pour la fibre, il faudra encore attendre bien des années pour les départements les plus reculés), ce point est essentiel. Les confinements ont provoqué l’essor du télétravail. Là où 62 % des sondés craignent le manque d’emploi à la campagne, ce nouveau mode de travail pourrait bien être celui qui provoquera un exode de la ville aux zones rurales.

En parlant de travail, la crise du Covid aura également une vertu : celle de mettre en avant la nécessité de l’achat et de la production locale. Ils sont 93 % à attacher de l’importance à la relocalisation de la production industrielle sur le territoire national, et 74 %, prêts à payer plus cher un produit fait en France. La démondialisation, moquée encore il y a peu, n’est plus un vain mot pour les citoyens. Il ne faudrait pas que les campagnes françaises soient privées de cette opportunité historique.

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