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Les restaurants clandestins, miroir symbolique de la lutte des classes Abonnés

ARTICLE. Un reportage de M6 a révélé l’existence d’un restaurant clandestin au sein du Palais Vivienne, propriété du collectionneur Pierre-Jean Chalençon. On y entend ce dernier se targuer de recevoir le gratin de la bourgeoisie parisienne, notamment des ministres, à l’heure même où sont imposées aux Français des restrictions sanitaires considérables.

Les restaurants clandestins, miroir symbolique de la lutte des classes
Publié le 6 avril 2021

Si les noms venaient à être révélés, il s’agirait d’un scandale d’État de plus pour le gouvernement en place. Dimanche 4 avril, un reportage de M6 laissait peu de place au doute quant au lieu où prenait place des dîners clandestins. On y voit un hôtel particulier richement décoré, de nombreuses personnes non masquées profiter d’un dîner luxueux. Il s’agit du Palais Vivienne, reconnaissable entre mille par sa décoration napoléonienne, propriété du collectionneur (de Napoléon) Pierre-Jean Chalençon.

Dans ce reportage, on entend ce dernier expliquer au média M6 que « [il a] dîné cette semaine dans deux ou trois restaurants, qui sont justement des restaurants soi-disant clandestins, avec un certain nombre de ministres. » Les réseaux sociaux ont dès lors tenter de démasquer les invités du palais Vivienne en décodant le reportage. Parmi eux, des journalistes de BFM-TV…

Les internautes ont en outre déniché des récentes interviews du collectionneur nommant plusieurs de ses amis ministres dont Jean-Baptiste Lemoine (secrétaire d’État chargé du Tourisme), Franck Riester (Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité), Roselyne Bachelot (ministre de la Culture) et Gabriel Attal (porte-parole du gouvernement). Impossible de savoir pour l’instant si ces personnes ont participé à des dîners clandestins. M. Chalençon explique avoir invité Gabriel Attal, invitation déclinée « fermement » selon Marlène Schiappa (ministre chargée de la Citoyenneté).

Face à la bronca des réseaux sociaux demandant les « noms » des ministres en question et comparant la différence de traitement entre ces restaurants clandestins de « la haute » et ce pique-nique familial où on voit des gendarmes en nombre, lourdement armés, infliger trois amendes de 135 € pour avoir consommé du rosé sur la plage, le gouvernement a tenté de réagir, non sans difficulté. Marlène Schiappa a expliqué vouloir des sanctions pour les ministres concernés. Gérald Darmanin, lui, indique qu’à sa connaissance, « il n’y a pas eu de dîner ».

Face aux accusations, Pierre-Jean Chalençon nie en bloc. Ce matin encore, il a expliqué sur BFM-TV à Bruce Toussaint (lui aussi mis en cause sur les réseaux sociaux) qu’il s’agissait d’une soirée pour faire des « photos » afin de préparer des visites de la propriété à partir du 5 mai. Un argumentaire peu convaincant lorsqu’on a vu sur les images les tables dressées et surtout la présence du chef Christophe Leroy, se vantant lui aussi sur Instagram d’organiser des repas somptueux à base de caviar, de champagne et de homard. Peu importe pour M. Chalençon, qui plaide « l’humour », un « poisson d’avril » et s’insurge en même temps de la violation de domicile des journalistes de M6. Le parquet de Paris a néanmoins ouvert une enquête pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « travail dissimulé ».

Au-delà de ces considérations politiciennes, cette affaire révèle le retour fracassant – si l’on en doutait encore – des privilèges de classe, et ce à un niveau digne de l’Ancien régime. La nouvelle noblesse se goinfre au mépris des règles sanitaires extrêmement strictes qui asphyxient un peu plus chaque jour les Français et les restaurateurs qui ne demandent qu’à rouvrir pour travailler. Plus de deux ans après la crise des gilets jaunes qui a ébranlé le pouvoir, rien ne semble avoir changé entre ceux « qui réussissent » et ceux « qui ne sont rien ».

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