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Immigration : Amnesty International reproche à la France sa souveraineté Abonnés

ARTICLE. Dans son rapport annuel, Amnesty International épingle la France, pour sa politique sécuritaire répressive, initiée par Christophe Castaner et poursuivie par Gérald Darmanin. Mais également pour sa politique migratoire. Son tort : vouloir appliquer une position que l'ONG juge trop souveraine.

Immigration : Amnesty International reproche à la France sa souveraineté
Publié le 8 avril 2021

NB : Il est urgent de désacraliser le sujet de l’immigration. Retrouvez nos analyses, nos diagnostics et nos prescriptions dans notre nouveau numéro Front Populaire n° 4 : Immigrations, éviter le naufrage.

Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International, juge avec sévérité l’action de la France. Le mouvement vient de sortir son rapport mondial sur la situation des droits humains dans le monde, dans lequel il étrille une année marquée par “l’égoïsme meurtrier, la lâcheté, la médiocrité et des échecs aux ramifications toxiques, entre xénophobie et haine raciste”. Agnès Callamard considère ainsi qu’il y a en France, “une destruction à petit feu des valeurs qui devraient fonder toute société”. Et de poursuivre “ les derniers développements depuis (...) 2020 vont dans une direction qui est extrêmement nocive, problématique, et possiblement même dangereuse pour l'ensemble des droits et libertés en France.

C’est donc un carton rouge qui est adressé à notre pays. La faute à la dégradation continue des relations entre les citoyens et les forces de l’ordre. Déjà mis à mal il y a deux ans, lors de la crise des Gilets jaunes, cette distension des rapports entre policiers et reste de la population est régulièrement montrée du doigt par l’ONG, qui relève “des cas de recours excessif à la force”. Outre les divers dérapages médiatiques comme la mort de Cédric Chouviat, après un contrôle routier, ou bien l’affaire Michel Zecler, Amnesty International relève de manière générale la volonté de l’État de légiférer trop durement.

La loi « Sécurité globale », nouvelle stratégie de maintien de l’ordre du gouvernement rendue publique en septembre, est également évoquée pour son côté répressif, tout comme l’est la tentative d’interdire la diffusion d'image des policiers sans flou sur les visages. Sur ce point, l’ONG marche dans les pas par l’ONU. Des experts indépendants mandatés par le gendarme du monde ont pourfendu, début décembre, la proposition de loi, en l’accusant de “porter atteinte aux droits de l'homme”, notamment par l’usage de drones de surveillance.

Amnesty International, éternel opposant à la souveraineté ?

Grande défenseuse d’une planète ouverte et généreuse, au-delà de la simple naïveté, Amnesty International estime que les migrants sont les principales victimes du Covid. “Les populations qui étaient déjà les plus marginalisées, notamment les femmes et les personnes réfugiées et migrantes, sont celles qui ont été les plus durement frappées par la pandémie”, estime l’organisation. Et d’ajouter que ce prétendu état de fait est la conséquence de “décennies de politiques discriminatoires décidées par celles et ceux qui dirigent le monde.

Et la France dans tout ça ? Elle est dans le collimateur d’Amnesty International. Accusée de harceler les migrants et de faire un usage excessif de la force à Calais ou encore de refouler vers l’Italie les demandeurs d'asile. Bref, le simple fait d’appliquer la loi dont elle s’est dotée lui vaut d’être blâmée.  Par un raisonnement plus pervers encore, l’organisation explique que le Covid a révélé : “l’utilisation récurrente par la police française d’une force illégale, en particulier dans les zones urbaines défavorisées”. Tout en précisant qu’elles étaient : “peuplées majoritairement de personnes issues de minorités ethniques”. Amnesty International a su s'arrêter à temps, il s’en est fallu de peu qu’il ne soit question de racisme d’État.

À la rescousse des terroristes

Ce qui ne l’empêche pas d'aller sur le terrain glissant du terrorisme. Elle ose reprocher le zèle de la France, qui a expulsé 66 personnes de nationalité étrangère après l’assassinat de Samuel Paty. Notre tort ? Ne pas avoir procédé “à une évaluation en bonne et due forme des véritables risques de torture auxquels elles seraient exposées dans leur pays d’origine”. Que les terroristes soient rassurées, Amnesty International veille au respect de leurs droits. L’État serait également coupable d’avoir “ouvert des dizaines d’enquêtes pour « apologie du terrorisme »”. Manifestement, la lutte contre le terrorisme porte, par essence, atteinte aux droits de l’Homme.

Un rapport, finalement, sans surprise : Amnesty International attaque d’un côté, à juste titre, la dérive sécuritaire de forces de l’ordre, alimentée par le zèle du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Et pourfend à côté un État, coupable de vouloir réguler les flux migratoires sur son territoire. Une position logique pour un mouvement qui déclare en préambule de son rapport : “nous devons nous rendre à l’évidence et reconnaître que l’État-nation souverain agissant seul et pour lui seul n’est (...) plus capable de relever isolément ces grands défis planétaires”. Car pour Amnesty International, l’immigration est une fatalité. Malheur au pays qui n’adhérera pas à ce principe.

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