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Quimper s’auto-proclame “zone de liberté” LGBTQIA Abonnés

ARTICLE. La semaine dernière, Quimper est devenue la première ville française “zone de liberté” pour les personnes LGBTQIA. Une mesure symbolique qui fait échos aux “zones sans idéologie LGBT” instaurées en Pologne mais qui n’est, en réalité, qu’un coup marketing…

Quimper s’auto-proclame “zone de liberté” LGBTQIA

Quimper est désormais “zone de liberté” pour les personnes LGBTQIA (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexes et queer). Une première en France. Cette décision a été adoptée le 1er avril au conseil municipal de la ville bretonne, à la suite d’un vote symbolique, porté par le conseiller régional et municipal Karim Ghachem et par la députée LaREM du Finistère Annaïg Le Meur.

Mais alors, les personnes LGBTQIA étaient-elles cloîtrées à Quimper ? Discriminées au point d’être privées de liberté ? Qu’est-ce qui peut bien justifier cette appellation un brin pompeuse (et inutile) de “zone de liberté” ? Dans un communiqué publié par Karim Ghachem sur Twitter, l’élu considère qu’ “il est important d’affirmer et réaffirmer que dans nos territoires, chacune et chacun est libre de sa vie, que Quimper est un espace de liberté et d’épanouissement pour toutes et tous”. Ce même Karim Ghachem qui explique à France 3 que "les villes sont nos lieux de vie, où l’on doit se sentir en sécurité. Même si la décision de Quimper est symbolique, elle montre que nous nous engageons contre les discriminations."

Ce vote fait écho à celui du Parlement européen. En février, Pierre Karleskind, eurodéputé du Finistère, avait porté un débat au Parlement à propos des zones "sans LGBT" mises en place en Pologne. À l’issue d’une séance qui s’était tenue le 11 mars, le Parlement avait déclaré l’Union européenne "zone de liberté LGBTIQ", par 492 voix pour, 141 contre et 46 abstentions. Pour l’Europe, il s’agissait d’attaquer la Pologne pour sa politique vis-à-vis des personnes homosexuelles. Était alors rappelé dans la déclaration que :"les personnes LGBTIQ partout dans l’UE devraient jouir de la liberté de vivre et de montrer publiquement leur orientation sexuelle et leur identité de genre sans crainte d’intolérance, de discrimination ou de persécution."

Tout a commencé il y a deux ans, quand près d’une centaine de villes de Pologne ont instauré des “zones sans idéologie LGBT”. Ces villes, majoritairement situées dans le sud-est du pays, ont mis en place ces appellations symboliques en réaction à l’adoption d’une « Charte LGBT » à Varsovie, qui promettait un soutien aux personnes lesbiennes, gays et transsexuelles vulnérables. Bien qu’il s’agît alors de se conformer aux directives de l’Organisation mondiale de la santé, la manœuvre avait été très mal vue d’une partie profondément conservatrice de la Pologne. Le mariage homosexuel y est toujours interdit et la question de l’homosexualité reste particulièrement sensible. Il faut bien l’admettre : les discriminations homophobes sont, en Pologne, une réalité – bien plus qu’au sein de la préfecture du Finistère.

Pour Quimper, passer par un vote qui monopolisait le temps municipal était-il si nécessaire ? Sans doute pas. Il suffisait de lutter réellement contre les discriminations et non adopter une charte symbolique et vide de sens… sauf à avouer maladroitement l’existence d’une réelle discrimination envers des populations LGBT au sein de la ville. Mais il est vrai qu’un vote sur des mesures concrètes aurait sans doute moins fait parler que cette pompeuse appellation de “zone de liberté” pour les personnes LGBTQIA. L’achat d’une notoriété à peu de frais, en instrumentalisant une cause tout en prétendant la défendre, voilà ce à quoi s’est livré Quimper la semaine passée.

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