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Paris, Poitiers, Strasbourg : quand tout opposant à EELV devient un "fasciste" Abonnés

EDITO. Paris est attaquée sur les réseaux sociaux. Avec la tendance #saccageparis, les internautes reprochent à la municipalité de laisser la ville se délabrer, ou pire, de la dégrader volontairement. Anne Hidalgo reprend alors la rhétorique de ses alliés Verts : ceux qui la critiquent sont d’extrême droite. Esquive grossière, mais efficace. Pour combien de temps, encore ?

Paris, Poitiers, Strasbourg : quand tout opposant à EELV devient un "fasciste"

La maire de Paris, Anne Hidalgo n’est pas contente. Les Verts d’EELV, non plus. Ils ont de quoi ! La démocratie flanche sous les coups de boutoir d’une population dont le tort impardonnable est de critiquer leurs moindres faits et gestes. Qu’il s’agisse de la maire de Paris, de Strasbourg, de Lyon ou bien encore de Poitiers, les élus "écolos" ont pris la fâcheuse habitude de jeter l'anathème du "fascisme" à quiconque oserait mettre en question le bien-fondé de leurs initiatives. Après tout, qui oserait dire du mal de ces maires qui ne veulent que faire le “bien” ? Forcément des populistes. Des trumpistes à n’en point douter. Voire, osons employer le terme : des « fascistes » ?

Imaginez. Touriste d’un soir à Paris, vous déambulez le long des rues. Voilà que le hasard guide vos pas sur le Champ de Mars. Il est 19 heures, le soleil n’est plus, et le ciel se teinte d’une couleur orange-pourpré. Quand soudain votre regard s’attarde sur des silhouettes qui se meuvent, furtives, à vos pieds. Ce sont des rats. Un, deux, trois, des dizaines de rats qui déambulent à ciel ouvert dans ce qui fut – jadis – la plus belle capitale du monde. Changement de décor, vous vous apprêtez à emprunter le métro, boulevard de la Chapelle, quand une forte fragrance d’urine vient chatouiller vos narines. C’est alors que vous distinguez d’étranges urinoirs à ciel ouvert, mobilier de bois entourés de végétaux morts et de flaques jaunâtres. Vous prenez alors le bus et remarquez à quel point la ville est jonchée de matériaux de chantier abandonnés, délaissé par une capitale qui se scarifie sous les tags et la crasse. Alors, écœuré, triste, vous saisissez votre smartphone, prenez un, voire plusieurs clichés, et vous les postez sur Twitter, avec le hashtag#saccageparis.

Malheureux ! Vous venez de basculer, sans le savoir, dans le camp du mal, le camp dont on ose dire le nom. Celui du populisme. Celui de l’extrême droite.

Anne Hidalgo a beau jeu de déclarer, jeudi au micro de RTL, que le budget « propreté » de Paris va doubler, la problématique de la propreté parisienne est loin d’être récente. Elle est le fruit d’un abandon lâche de la municipalité, plus pressée de flatter l’ego des classes parisiennes aisées – et déconnectées. Elle leur a sacrifié la beauté de la ville, à grand renfort d’aménagements urbains qui n’ont “d’inclusifs” que le nom et d’inaugurations de monuments qui enlaidissent Paris et la ruinent. Ou bien encore à coup de travaux bâclés et interminables, qui empêchent même les médecins de circuler en voiture dans la capitale.

Le bilan de la municipalité est difficilement défendable. Alors, la possible future candidate à l’élection présidentielle sort le joker ultime : l’invocation de l’extrême droite. Ceux qui se servent du hashtag #saccageparis utilisent, pour Anne Hidalgo “une méthode assez simple de trumpisation de la vie politique”. La mairie pointe aussi la forte “proximité avec l’extrême droite” pour tous les “gros comptes” qui ont relayé cette campagne. Une défense vaine et ridicule : Un sondage IFOP réalisé pour la Fondation Concorde, et publié le 24 janvier 2020 avançait que pour 71 % des Parisiens, la propreté était un sujet déterminant. 71% des Parisiens seraient-ils « fascistes » ?

Anne Hidalgo ne fait que reprendre les éléments de langage de ses alliés d’EELV. Ce sont eux qui ont théorisé ce concept : toute critique envers leur camp ne peut venir de l’extrême droite. On l’a vu récemment, lorsque la maire de Poitiers Léonore Moncond’hui expliquait, le 16 mars dernier, lors d’un conseil municipal, que “l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants aujourd’hui.” S’en est suivi un tollé quand les images ont été relayées le 2 avril.

Aussitôt, les Verts se sont mis en ordre de marche : “Que le gouvernement se concentre sur ses responsabilités plutôt que d’échanger ses éléments de langage avec l’extrême droite !”, a ainsi déclaré Julien Bayou, secrétaire national EELV. David Belliard, adjoint au maire de Paris, avait également répliqué de façon similaire : “LREM et l’extrême droite, pas le même maillot, mais manifestement la même passion”. Rappelons-le : devant la polémique déclenchée par la découverte de la subvention accordée par la maire de Strasbourg (EELV) à la construction d’une mosquée portée par le Millî Görüs, association islamiste et pro-Erdogan, David Belliard avait « tweeté » des mots similaires.

Les régionales approchent et les écologistes ont bien compris qu’il leur faut éviter les sujets qui « fâchent » : alors que ce type d’élection, avec une abstention généralement massive, leur est favorable, ils préfèrent s’ériger en défenseurs de la vertu et du bien.

Ils sont gentils, ils sont le bien, ils aiment la nature, les animaux, la tolérance. Qui irait attaquer quelqu’un qui veut le bien ? Qui oserait parler de sectarisme, de déconnexion du réel, d’idéologie, d’absence de considération pour le fait scientifique, de volonté malsaine d’éduquer ses opposants ? Un fasciste, à n’en point douter. Discute-t-on avec un fasciste ? Non assurément pas, on ne s’y abaisse pas. L’entre-soi, c’est tellement plus confortable.

Mais ça commence un peu trop à se voir.

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